IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi
plémentaire de Tan IV (19 septembre 1796). Il y est dit que Poujol ne possédait rien qu'il ne se plaignait de rien, et qu'il ne demandait rien.
Du couvent de la Visitation on le transféra dans l'ancien collège des Jésuites et puis au couvent des Ursulines (aujourd'hui la Maison Centrale). Ce dernier changement de détention s'opéra le 4 floréal an V (23 avril 1797) et permit au prisonnier de Jésus-Christ de célébrer la sainte messe.
Ceci ne pouvait convenir aux schismatiques. Dispersés par la Terreur, ils commençaient à se montrer de nouveau et à reprendre leur culte sacrilège. Jaloux de la grande influence exercée du fond de sa prison par le digne curé de Saint-Pierre, ils demandent son éloignement et Tobtiennent. Du Département on écrit au ministre de la Police générale : « De tous les prêtres réfractaires du Département de l'Hérault, le plus fanatique et le plus dangereux est le nommé Poujol, détenu dans la Maison de Réclusion, à Montpellier. Cet individu, plus que septuagénaire, se prétend nanti des pouvoirs du ci-devant évêqiie pour absoudre tel ou tel cas, etc. En sorte que par ce moyen et par les rapports qu'il a depuis très longtemps avec une partie des citoyens de la commune de Montpellier, il entretient leur esprit de fanatisme et de désobéissance aux lois 97 ».
On demandait, en conséquence, sa translation dans la Maison de Réclusion d'un autre département que celui de l'Hérault (8 frimaire an VII, 28 novembre 1798). On obtint du ministre plus qu'on ne lui demandait. Celui-ci donna Tordre de faire partir l'abbé Poujol pour l'ile de Ré et « afin d'éviter que cet individu, fanatique à l'excès, ne soit enlevé par ses prosélites, j'ai cru nécessaire de le faire escorter par un détachement composé de trois brigades de gendarmerie et de quinze hussards. Il partira de Montpellier le 15 de ce mois (de nivôse an VII, 4 janvier 1779). » C'est ce qu'écrivait le commissaire central de THérault à ses collègues de l'Aude et de la Haute-Garonne (9 nivôse an VII, 29 décembre 1798).
L'Ancien Clergé du Diocèse de Monipellier,
Le jour du départ, un piquet de 25 hommes de troupe de ligne était sous les armes à la Maison Commune, prêts à dissiper tout rassemblement. On saisit tous les papiers du réfractaire, « ceux qu'il portait sur lui, au dire des agents de l'administration, prouvaient que les reclus avaient des relations avec l'extérieur. » Les objets relatifs au culte furent également retenus, puis vendus au profit de la caisse des dépôts de la trésorerie nationale.
On le mit en route au jour convenu, pour Bordeaux, où il parvint après une halte à Toulouse. Il ne fut plus question de T'invoy^r à l'île de Ré ; on comprit sans doute ce qu'il y avait de barbare à traiter de la sorte qn vieillard, dispensé par son âge de la déportation . On trouva suffisant de le tenir éloigné de Montpellier et, sur un ordre du ministre de la Police générale (8 brumaire an VIII, 30 octobre 1799), on lui fit rebrousser chemin jusqu'à Castelnaudary, où on le plaça sous la surveillance municipale (16 brumaire an VIII, 7 novembre 1799).
Cependant, Fouché, ministre de la Police générale, croyait que l'on pouvait sans inconvénient permettre à l'abbé Poujol de rentrer à Montpellier. Ce ne fut pas Tavis du préfet Nogaret. Voici, en effet, ce qu'il écrivait à ce magistrat :
« Citoyen Ministre, vous m'informez que vous avez donné à mon collègue du Tarn l'autorisation de délivrer un passeport à Jean-Pierre Poujol, prêtre septuagénaire, à l'effet de se rendre à Montpellier et d'y demeurer en surveillance. Sa présence à Montpellier produirait des effets dangereux. Lors de sa détention dans la Maison de Réclusion, il se prétendait nanti des pouvoirs du ci-devant évêque, pour absoudre tel ou tel cas -dans sa prétendue religion. 11 étoit consulté par ses pareils et aucune cérémonie religieuse ne s'exerçoit sans ses ordres ; en sorte qu'il se faisoit révérer comme un oracle et entretenoit par ce moyen un esprit de fanatisme et de désobéissance aux lois relatives à la police des cultes. C'est sur la demande de la Députation de IHérault que vous avez jugé à propos de le placer sous la surveillance de la municipalité de Castelnaudary;
rV. Lts Martyrs et Confesseurs de la Foi.
et si les membres qui composaient cette Députation ont préféré de vous proposer de le faire résider dans cette commune plutôt que dans celle de Montpellier, c'est qu'ils le connoissent pour le prêtre le plus fanatisé qu'il y ait dans la République et qu'il est plus dans le cas d'exercer son empire sur l'esprit de citoyens de Montpellier que sur celui des habitants du Tarn, où il n'est pas connu comme à Montpellier. Les mêmes motifs qui m'ont déterminé à ne pas écouter la demande qu'il m'avoit faite me portent à le laisser où il est. 11 y jouit de la même liberté qu'il auroit à Montpellier et il n'y fait pas le mal qu'il feroit dans cette commune, surtout aujourd'hui que les cultes prétendus sont exercés en oertains lieux. » (4 vendémiaire an IX, 12 octobre 1800).
Sans tenir compte de cette lettre du préfet, le ministre fait partir l'abbé Poujol pour Castres, accompagné d'un officier basque, qu'il devait nourrir et payer, non seulement pendant le voyage mais encore pour son retour. Le curé de Saint-Pierre était logé à Castres, chez un médecin nommé Pujol, et célébrait les saints Mystères dans la chapelle de la Présentation où il prêchait à huis-clos.
Autorisé enfin à rentrer à Montpellier, il partit de Castres, muni d'un passe-port (24 novembre 180 1) et reparut dans son pays natal après le Te Deutn du Concordat.
A la réorganisation du culte, il fut réintégré dans ses fonctions pastorales, à la grande satisfaction de ses paroissiens. Dès son arrivée, l'abbé Poujol se présenta chez l'évêque Mgr Rollet qui l'entretint pendant plusieurs heures, le retint à sa tablp, le confirma dans les titres qu'il tenait de Mgr de Malide et lui demanda de faire partie de son conseil épiscopal.
L'intrépide confesseur de la foi mourut peu de temps après (2 juillet 1804), laissant derrière lui le souvenir de ses travaux, de ses souffrances et de ses vertus. Il était âgé de 86 ans, 5 mois et 12 jours. Il fut inhumé dans l'église paroissiale de Jacou. Sur sa tombe on lit :