IV. L^s Martyrs et Confesseurs de la Foi
le 3 décembre 1766. Il appartenait à une famille chrétienne qui Téleva dans les sentiments de piété. Il grandit au foyer domestique, étant à la fois un sujet d'édification pour ses parents ainsi qu'à ses camarades de village, auxquels il se faisait un plaisir d'enseigner le catéchisme. Le curé de Murât le remarqua, en fit son enfant de prédilection et le proposa un jour à l'évêque de Castres, qui était de passage, comme un jeune adolescent exemplaire. Le prélat s'intéressa à lui et le fit entrer au séminaire, où il ne tarda pas à donner des signes manifestes de \ocation ecclésiastique.
Il venait d'être ordonné prêtre quand la Révolution éclata et nom^ mé vicaire de l'abbé J.-F. Bel, à Saint-Gervais. Il y resta jusqu'aux mauvais jours et se retira dans sa famille. Son père, inquiété à cause de lui, fut conduit à Castres, mis en prison et traduit devant le tribunal révolutionnaire. Ses juges lui demandèrent pourquoi, dans sa maison, il récelait un prêtre réfractaire. Il leur répondit : « Quand un pauvre demande l'hospitalité, on la lui accorde. Pouvais-je la refuser à mon fils? » Après quelques jours de détention, on lui permit de rentrer dans son domicile ; mais son fils en était parti.
Plein de vie, de force et de santé, il se signalait par un zèle vraiment apostolique. De jour et surtout de nuit, il parcourait les montagnes du Tarn, de TAveyron et de l'Hérault, disant la messe dans les hameaux, confessant, prêchant la constance dans la Foi.
Un jour, comme il cheminait le long d'un sentier, dans la commune de Saint-Martin de Turippi (Aveyron\ il vit deux individus, devant lui qui suivaient la même direction. 11 n'en continua pas moins son chemin. Arrivé à quelques pas de ceux qui le précédaient, il est interpellé par eux. Ils lui demandent s'il ne connaissait pas le réfractaire Roque. « Oh oui ! citoyens, répond-il, bien plus, je sais où il se trouve. » Sans se troubler. Roque les aborde et leur administre une belle volée de coups de bâton et pendant qu'ils sont étourdis de la secousse, il disparaît.
Une autre fois^ se trouvant dans les mêmes parages, il tomba aux mains de quatre bandits, qui le saisirent par son manteau, au moment
IJ Ancien Clergé du Diocèse de MonipeJier.
où il franchissait un mur. Heureusement il fut secouru en ce moment par son compagnon de route, qui n'était autre qu'un déserteur de Barre.
A la même époque, pendant qu'il célébrait la sainte messe dans cette dernière localité, on l'avertit de l'approche d'une bande de patriotes. La messe finie, il sortit, prit la route de Gos et faillit être arrêté par des gendarmes qui, ne pouvant le saisir, lui tirèrent un coup de fusil. La balle ne porta point, grâce à l'agilité du réfractaire.
L'abbé Roque traversa de la sorte la période révolutionnaire; se prodiguant pour le salut des âmes, affrontant tous les dangers, sillonnant la montagne en tous sens, de Lacaune à Saint-Gervais, de Belmont à La Salvetat ; allant dans tous les hameaux, dans toutes les métairies et séjournant habituellement dans une cabane de berger.
Après un long séjour en Italie. Jacques-François Bel, curé de Saint- Gervais, rentra dans sa -paroisse [Voir l'art, ^el) et y trouva son courageux vicaire qui, lui, ne s'était pas déporté. D'un commun accord, ils firent la promesse de fidélité ; mais bientôt, craignant d'être allés trop loin dans la voie des concessions, ils se rétractèrent publiquement dans leur église paroissiale (t 5 février 1801). Dès le lendemain, ils notifièrent au maire leur courageuse démarche, par une lettre au bas de laquelle ils apposèrent tous deux leur signature et que nous avons reproduit en son entier dans l'article biographique consacré à l'abbé Bel.
L'abbé Roque se vit dans la nécessité de se séparer de son digne curé, pour prendre la direction de la paroisse d'Hérépian ; mais après la mort de l'abbé Bel^ il revint à Saint-Gervais en qualité de curé et de successeur de celui dont il imitait la vertu. Il y resta de longues années; mais enfin, accablé par l'âge, il se démit de ses fonctions, tout en continuant à-d résider à Saint-Gervais, ne vivant plus que pour Dieu. H mourut le 13 août 1849.
Sa charité était telle qu'il se dépouilla de tout, de son vivant, en faveur des pauvres et des bonnes œuvres. Il ne laissa guère que le nécessaire pour parer aux frais de ses funérailles.