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IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi

toutefois le prieur resta dans le pays jusqu'au mois de septembre de la même année, caché dans des maisons hospitalières. Il disparut alors pour ne pas compromettre ses hôtes. Un grand nombre de familles réclament l'honneur d'avoir protégé le saint prêtre. Les fidèles se rendaient secrètement près de lui pour recevoir les soins de son ministère ; il allait aussi, à la faveur de la nuit, porter les secours de la religion à ceux qui ne pouvaient arriver jusqu'à lui .

Un jour, de grand matin, comme il disait la messe dans une maison, entouré de quelques personnes discrètes, des hommes armés apparurent brusquement sur le seuil de la chambre qui lui servait de chapelle, au moment de la consécration. Au bruit qu'ils firent, le prieur se retourna vivement et plus préoccupé du respect qu'on doit à l'auguste victime que du péril qui le menace, il dit d'une voix assurée et pleine d'autorité : « x genoux! C'est le montent solennel de la consécration! ». Domptés par l'accent convaincu et le courageux maintien du prêtre, les patriotes s'inclinent en silence et disparaissent bientôt, honteux de leur conduite. Mais la retraite de l'homme de Dieu était découverte ; il fallut quitter le sol de la République et partir pour l'Italie .

Il en. revint le 23 vendémiaire an V (14 octobre 1796) et arriva à Gignac, vers 10 heures du soir. Le surlendemain, jour de dimanche, il célébra la messe dans une église champêtre, à laquelle assistèrent quelques personnes pieuses, visita d'anciennes connaissances, et s'empressa de donner de ses nouvelles à un de ses amis de Turin, M. Guastaldi.

Sa lettre, timbrée de Gignac, fut interceptée à la poste et envoyée au ministre de la Police générale. « Il n'est pas d'expression assez éloquente, lui écrivait-il, pour vous peindre l'accueil ^que l'on m'a fait. Autant les habitants de Gignac avoient embrassé le mauvais parti, autant ils l'abhorrent. Ils étaient affamés de me voir. L'intrus^ est en possession de la paroisse; mais personne ne va à sa messe. Il y a ici un bon prêtre qui a été persécuté et qui exefce publiquement. »

I Larche.

29] L*ANaSN CLRItGÉ OU DIOCÈSE DE MONTPELLIEE.

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Le même chaleureux accueil lui était réservé à Paulhan, son ancienne paroisse, dont il était absent depuis plusieurs années. Cest luimême qui nous l'apprend dans une lettre interceptée encore par la police, datée de Paulhan et portant le timbre de • Pézenas. Elle est adressée à M. Sicardi, prêtre à Turin. Lui parlant de Paulhan, il dit que sa présence a fait revenir le peuple à la foi catholique et que, malgré son peu de mémoire et son bégayement, tout le monde se range autour de lui.

Ces deux lettres de Tabbé Serre étaient suffisantes et au-delà pour émoustiller le zèle du ministre Cochon. Ordre est aussitôt donné et transmis de faire les plus actives recherches et d'arrêter le réfractaire. Le commissaire du Directoire Exécutif près le canton d'Aspiran, sous la dépendance duquel se trouve la commune de Paulhan, répond le 21 pluviôse an V (9 février 1897) : « La colonne mobile ne peut point être employée utilement et la gendarmerie ne fera guère plus, tant Tesprit public est prononcé en faveur de ce réfractaire. Je me rendrai avec la gendarmerie à Paulhan, afin de contenir le peuple. » Le prieur demeura introuvable et vécut retiré dans la maison de l'abbé Sérane, ancien prieur de Vailhan. La paix revint enfin et le bon pasteur eut le bonheur de se voir entouré de ses chères ouailles. Soumise et docile, la population qui s'était laissée entraîner,s'efforça de faire oublier ses erreurs passées. Vénéré comme un saint, aimé comme un tendre père, le généreux confesseur de la foi, ne cessa dès lors de répéter : « Et maintenant, Seigneur, laisse:^ aller votre serviteur en paix; parce que vies yeux ont vu le salut de votre peuple ». Il s'éteignit doucement le 6 novembre 1801, dans la maison Sérane. Son corps fut enseveli dans l'église paroissiale, avec le concours du Frère Jean-Pierre, chartreux deMougères et de l'abbé Cosie, curé de Roquessels.

Cf. A. Delouvrier, Hfst, de Taulhan.— Arch. de l'Hérault, LIH M4 «t V. Police des Cultes; — F. Saurel, Hist. relig. du dép. de l'Hératdt, III, 278.

SERRES (Jean-Henry-Claude),

né à Montpellier le 12 décembre 1743, était fils de Claude Serres, con-

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