IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi
ou bien encore pour servir de témoin aux actes importants des familles notables du pays avec lesquelles la sienne était en relation.
Colognac manquait de procureur-syndic. Les habitants se réunirent pour procéder au choix d'un titulaire ; protestants et catholiques, d'un commun accord, désignèrent le curé-prieur pour occuper cet emploi (5 février 1786). Deux ans plus tard, ils le choisirent pour les représenter devant les tribunaux (14 juillet 1788) ; enfin, à la veille de la Révolution, les habitants de la commune de Lasalle, lui témoignant la même estime et la même confiance que ceux de Colognac, l'élurent pour un de leurs représentants à l'Assemblée diocésaine qui devait se tenir à Alais, deux jours après (6 janvier 1789).
Comme tant d'autres esprits, droits et généreux, Solier s'était montré dès le principe chaud et zélé partisan des réformes sociales ; mais peu à peu son ardeur se modéra et finit par se refroidir. La déclaration qui lui fut demandée des biens dépendant du bénéfice dont il était titulaire depuis près de trente ans ne fut pas étrangère à cette reculade (28 février 1790). Ses tristesses allèrent augmentant quand, à la suite de difficultés dans l'exercice de ses fonctions de procureur, quelques personnes osèrent l'engager à donner sa démission. Blessé de l'ingratitude de ses concitoyens, il se retira sur le champ. Ce fut une désolation générale ; mais le prieur résista à toutes les sollicitations qui lui furent adressées et ne voulut point revenir sur sa parole.
Survint bientôt le moment où Solier dut prendre une détermination à propos du serment constitutionnel. Il le prêta dans son église, en présence de la municipalité, le 30 janvier 1791, mais sous la réserve des objets qui dépendent essentiellement de l'autorité spirituelle. Ce n'était pas ce qu'on voulait. Le serment devait être absolu, sans conditions ni réserves. Bientôt un ordre du district de Saint-Hippolyte enjoignit au prieur de lire en chaire trois lettres de Tévêque-intrus du département du Gard. Sur son refus, ces prières furent lues à l'issue de la messe du prône par un officier municipal (5 juin 1791).
V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.
Le prêtre catholique, fidèle à son Dieu et à sa Religion, considéré dès lors comme « un fanatique, un despote, un charlatan », se vit dans la nécessité d'abandonner son presbytère et sa paroisse. Il se rendit d'abord à La Roque-Aynier, village situé à une faible distance de Ganges (30 octobre 1791) et le même jour célébra la sainte messe dans l'église Saint- Jean^ celle de Sainte-Madeleine étant sous les scellés.
Le i"" novembre, il dit encore la messe, mais dans le château, et les dimanches 6, 13, 20 et 27 du même mois, en plein air, au plan du château, à cause de la multitude des fidèles accourus des environs. Le (( réfractaire » instruit que des ordres avaient été donnés pour son arrestation cessa de se montrer en public.
Solier s'était retiré dans sa famille à Lasalle, où il ne fit pour ainsi dire que passer, et se hâta d'aller demander un asile aux forêts et aux cavernes des Cévennes ; si bien qu'on perdit complètement ses traces et qu'on le considéra comme ayant pris la route de l'étranger. Il ne tarda pas cependant à manifester sa présence sur le territoire de la République.
On avait convoqué une réunion royaliste, pour le dimanche 15 janvier 1792, à Saint-Jean de Buèges, petite localité voisine de Saint-Martin de Londres. On devait s'y occuper des moyens d'opérer un rassemblement de 18.000 hommes, de faire une collecte pour l'entretien et l'armement de cette troupe ; de cacher des armes et des munitions dans les cavernes du pays ; bref, d'opérer une contre-révolution, de concert avec les chefs du Camp de Jalès. Jean-Louis Solier, poursuivi pour ce fait, s'était d'abord caché^ mais reparut bientôt, purgea sa contumace et fut acquitté.
II reprit aussitôt ses relations avec Claude Allier, « directeur général et grand aumônier du troisième Camp de Jalès, mais sans jamais prendre aucune part aux actes liberticides ». Prêtre réfractaire, il n'avait prêté son serment que sous les réserves les plus expresses. Pour ce motif,déclaré sujet à la déportation (pluviôse an II, février 1794) et, peu après, porté sur la liste des émigrés (30 ventôse an II, 10 mars 1794), « il infestait