IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi
cependant toujours de sa présence la terre de la liberté », n'ayant désormais d'autre asile que les profondeurs des forêts et les antres des montagnes. Il voit avec douleur son pays s'engager dans la voie du despotisme et de la persécution religieuse. Loin de fuir, il entreprendra une lutte inégale, dans laquelle il devra succomber, tôt ou tard. Il le sait; n'importe; il prêchera la résistance. « Opposons^ s'écrie-t-il, la force à la torce ! »
Le doux agneau s'est changé en un lion terrible. Le prieur-curé de Colognac est devenu le brigand sans peur. Il n'a pas « jeté le froc aux orties » ; il Ta soigneusement plié en un paquet pour s'en servir à l'autel et dans l'administration des sacrements. Il célèbre la messe toutes les fois qu'il en a la possibilité ; mais, crainte de surprise, deux solides pistolets sont à sa portée. Les saints mystères accomplis, les ornements liturgiques et tous les objets servant au culte disparaissent. Il redevient chef de sa compagnie, composée de 70 ou 80 individus, à laquelle parfois s'adjoignent à son insu de véritables brigands, ne craignant ni Dieu ni diable, déserteurs, réquisitionnés insoumis et autres.
CommCL il ne sortait guère que de nuit, bien des gens ne l'avaient jamais vu et ne le connaissaient en aucune manière. C'est ce qui explique le peu de succès des recherches ordonnées pour se saisir de sa personne. Tout le monde est en l'air. Les routes, les montagnes, les forêts sont sévèrement surveillées ; chacun est au poste qui lui a été assigné, prêt à s'emparer, vif ou mort, du fameux Sans-Peur, et pendant ce temps, lui se tient bien tranquille dans sa retraite. Il écrit aux autorités pour se plaindre des « horreurs et des calomnies » entassées dans les ordres lancés contre lui. Il se justifie des accusations d*être « à la tête d'une troupe de brigands qui pillent les campagnes et assassinent les passants dans les grands chemins ». Prêtre dévoué- à son ministère, il n'a jamais donné l'occasion au moindre blâme.
Le chef politique du parti contre-révolutionnaire dans nos contrées luttait avec un courage inébranlable depuis dix ans contre la persécution religieuse, lorsque le samedi 24 février 1801, dans une maison de Saint-
V Ancien Clergé du LHocise de Montpellier,
Martial (près du Vigan) il fut traîtreusement livré aux troupes envoyées à sa poursuite. Conduit aussitôt à Nîmes, avec un déploiement de force considérable, dans la crainte d'un enlèvement et traduit devant une commission militaire, il fut rondamné à mort.
Ramené au Vigan pour y être exécuté, il écrivit de sa prison à un de ses parents : « Je viens, mon cher cousin, d'être condamné à mort pour un fait dont j'avais été acquitté à Montpellier. Je ne croyais pas qu'on pût porter deux fois sa tête sur un échaffaud pour un même délit. Mais, Dieu soit béni ! J'accepte, comme il convient à un ministre de Jésus-Christ, cette mort, avec résignation à la volonté de Dieu. La mort temporelle est bien peu de chose pour l'expiation de mes péchés ; mais le bon Dieu ne demande pas l'impossible, et comme je sais que sa miséricorde est infinie, j'espère qu'il ne me traitera pas comme je l'ai mérité. La mort du bon larron, la pénitence de Madeleine, me donnent la plus grande confiance qu'il voudra bien me traiter comme eux. Je demande à tous pardon de mes tautes...
« Adieu, on vient me chercher; priez pour moi. Solier, prêtre. »
Une foule nombreuse et recueillie, avide de voir comment finirait le brigand Sans-Peur, était accourue à ce lugubre spectacle. Celui-ci apparut bientôt, la démarche assurée, chantant «i pleine voix le psaume D^iserere mei, T)eus, et occupa la place qu'on lui marqua ; mais, paraît-il, sans tenir trop compte de la pose recommandée.
Au dernier moment, le chef du peloton dit à un gendarme d'aller mettre le patient dans une certaine attitude qu'il lui indiqua. « Je ne puis en aucune façon me charger de cette triste besogne, répondit celui-ci, c'est le prêtre qui m'a fait faire ma première communion ! »
Un instant après, le patient croisa les mains sur le front et tomba. Jean-Louis Solier, ci-devant prieur de Colognac, chef politique des contre-révolutionnaires, surnommé le brigand Sans-Peur, avait courageusement expié sa longue résistance. Une femme pieuse réclama le corps qui