IV. Les Martyrs et Confesseurs de la Foi
# Mis en liberté par le bienfait d'une autre loi, a vécu dans sa famille ;
après la promulgation de la loi du 19 fructidor an V (5 septembre 1797), il n'est plus sorti de chez lui. « Mais, ajoute-t-il, une circulaire du ministre de la police générale lève tous les doutes : Je suis dans le cas de jouir de la liberté, car je n'ai jamais été déporté, ni sujet à la déportation ; je n'ai pas rempli de fonctions publiques ; le bénéfice dont je jouissais à la cathédrale de Béziers était de chanoine-archidiacre. Je demande la liberté sous la surveillance de l'administration municipa'e ». A la suite de cette pétition, mais après bien des retards, l'administration centrale, sur l'avis de la municipalité de Béziers, rapporta son arrêté du 24 vendémiaire an VII, 15 octobre 1798, et Villerase obtint de demeurer en réclusion, chez lui, à Béziers, sous la surveillance municipale.
Vint le moment de faire la promesse de fidélité à la Constitution. Avec ses quatre-vingt-trois ans, l'ancien archidiacre de Caprais ne se sentit pas la force de se transporter à la maison commune ; il demanda qu'on voulût bien lui permettre de remplir dans son domicile les formalités voulues (17 nivôse an VIII, 7 janvier 1800). On y consentit et le vénérable vieillard fit la promesse dans sa maison, devant le président de l'administration municipale.
Le département prit ensuite un Arrêté (24 pluviôse an VIII, 13 février 1800), qui rendait Villerase à la liberté, l'affranchissant de la surveillance. Fouché, ministre de la police générale, surpris de cette mesure, contraire aux lois, ordonna de rapporter l'Arrêté et de rétablir la surveillance (18 ventôse an VIII, 9 mars 1800). Sur ce, le président du département se hâte de répondre au ministie que, conformément à ses ordres, l'administration a rapporté son Arrêté (24 ventôse, 15 mars). Louis Villerase résiste à toutes ces rigueurs et nous le retrouvons plein de vie, en 1807, avec le titre bien gagné de chanoine honoraire du nouveau diocèse de Montpellier.
Cf. Arch. de THérauIt LIH, Vi.
L Ancien Clergé du Diocèse de Monipellier.
VILLERS (Louis'Marc'tÂntoine de),
né le 12 mai 1740, ancien vicaire général de Mgr Loison, évêque de Bayonne, émigra en Espagne. Après la Révolution, curé de Saint-Benoît, ancienne cathédrale de Castres (1807) ; chanoine titulaire de Saint-Pierre de Montpellier (20 août 18 14) ; vicaire général in spiritualibusy titre qui lui donnait entrée au conseil épiscopal ; décédé à Montpellier le 13 octobre 1828 ; inhumé dans le cimetière du grand séminaire. Sur sa pierre tombale on lit cette inscription :
Hic jacet Lud. Marc. Ant. de Villers
OlIM' DlŒCESlS BaJONNENSIS Vie. GEN.
POSTEA EcCLESIiE
StI BeNED. IN CIVITATE
Castrensi parochus
TANDEMaUE ECCL. CaTH. MoNS. CaNONICUS
Necnon et DD. Episcopi Vie. gen.
ObIIT die 13 MENSIS OCT.
An. Dom. 1828, 88 ann. nat.
Cf. Arch. de l'Evêché; Reg. des Décès ; — ^Imatiacb EccL du "Dép. de VHérauU pout Van i8oy; — F. Saurel; Af.V. Fotirnier,jp. 367; — J. Maffre. 'NjOS V\<artyrs, p. 313.
riRENQUE {Raymond'Marie\
prêtre de la Cavalerie, déporté d'Agde à Barcelone le 26 septembre 1792, à Tâge de 56 ans.
VlVARÈS [Guillaume),
curé de Vias, né à Cette, le 13 octobre 1735, fit de bonnes études, prit ses grades en théologie et reçut tous les ordres. Nommé vicaire à Marseillan et toujours prêt à tout, il semblait que rien ne lui coûtait. Parfaitement uni de cœur à son curé, il le soutint, avec courage dans une difficulté survenue entre lui et Tévêque, à propos des droits temporels de celui-ci ; mais Mgr de Saint-Simon ne lui en garda pas rancune et le nomma curé de Vias.
rV. Lts Martyrs et Confesseurs de la Foi.
Devenu pasteur d'une paroisse assez considérable, Tabbé Vivarès regarda comme un simple noviciat tout ce qu'il avait fait à Marseillan, redoubla de vigilance, de soins r*t d'attentions. Assidu pour l'instruction des enfants, il leur faisait de bons catéchismes. Il donnait également des prônes instructifs et touchants ; veillait sur ses malades, remplissait en un mot tous les devoirs d'un bon curé, lorsque séduit par l'idée du rétablissement de l'église à la simplicité de ses mœurs primitives, et sans consulter personne, il prêta le malheurfeux serment à la constitution .
Il reçut dans son presbytère le maire et le greffier de la commune qui venaient dresser l'inventaire des registres des baptêmes, des mariages et des sépultures, les arrêter et les transporter à la mairie (lo novembre 1792), et continua d'administrer la paroisse sans rencontrer d'opposition systématique. Il se conduisit même de manière à ne pas mécontenter les catholiques. Nous ne citerons en preuve qu'un seul fait.
Le jeudi 4 avril 1793, ^^^ ancienne religieuse des Ecoles chrétiennes, connues sous le nom de Sœurs Noires y nommée Catherine Veyre, supérieure de Vias depuis l'établissement de la maison, venait de mourir, profondément regrettée de la population tout entière à cause de son grand mérite et de sa haute vertu. Avec ses deux compagnes, elle s'était retirée, après avoir refusé le serment. Elle avait repoussé les avances que lui avait fait le curé-jureur et rendit le dernier soupir sans avoir reçu de sa main les derniers sacrements. Pour ce motif quelques constitutionnels s'opposaient à ce qu'elle fut inhumée au cimetière de la commune, avec les cérémonies accoutumées. Vivarès calma les mauvaises têtes et sans tenir compte du refus obstiné de la sœur, présida ses funérailles et accompagna le corps à l'église et au cimetière. Seulement, afin de donner quelque satisfaction aux mutins, on ne toucha point aux cloches qui demeurèrent muettes.
Du reste, la République avait trouvé le vrai moyen de leur faire garder définitivement le silence le plus absolu. Des cinq ou six cloches que possédait la commune de Vias, une seule devait être conservée pour
U Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.
l'horloge municipale et le tocsin; les autres étaient, de par la loi, condamnées à être brisées, JQtées dans le creuset et converties en canons. Le fer, le cuivre et tout ce qui pouvait être utilisé pour le service de la guerre devenait la propriété de TEtat. Vivarès eut la douleur de voir abattre toutes les croix qui existaient sur le territoire de sa paroisse, de même que la statue de la très sainte Vierge qui ornait la porte d'entrée de l'église paroissiale (20 frimaire an II, mardi 10 décembre 1793). Dans cette œuvre de destruction, l'on ne regarda point la nature des objets religieux ; qu'ils fussent en métal, en bois ou en pierre, ils subirent tous la même profanation.
Tout cpmme les statues et les croix, la sainte table de l'église paroissiale, balustrade en fer, de même que la rampe de la chaire, devaient disparaître et être portées au District de Béziers. Cette nouvelle œuvre de vandalisme s'accomplit le 23 ventôse an II (13 mars 1794).
Bien que en pleine terreur, l'église paroissiale était toujours ouverte aux fidèles et le curé remplissait encore ses fonctions sacerdotales, grâce à son serment schismatique. Il fallait bien cependant en finir, à Vias comme ailleurs, avec « la superstition » ! Vivarès se tint pour averti. Le 9 floréal an II (28 mai 1794), veille de T Ascension de Notre Seigneur, il dit sa dernière messe. Le lendemain qui était jour de décade, l'édifice sacré devenait le temple de la Raison. Le Conseil général de la commune, les membres du Comité de Surveillance et le juge de paix avec ses assesseurs se rendirent à l'église. Le président du Comité monta en chaire et lut le Rapport de Robespierre sur les fêtes décadaires et le Décret dont il est suivi. On chanta un hymne à la Liberté, puis chacun se retira.
Vivarès chassé de son église eut tout le temps de se livrer à ses réflexions. Par une contradiction flagrante, qu'on a de la peine à s'expliquer, il n'avait jamais voulu reconnaître l'évêque intrus, ni accepter l'offre que lui fit celui-ci de venir donner la confirmation dans la paroisse de Vias. Il s'était lorgé une certaine théorie pour se procurer le calme au sein de la tempête. Dieu l'en retira dans sa grande miséricorde, en soulevant
d'abord dans son esprit de vives inquiétudes sur la légèreté avec laquelle il avait prêté le serment. Ces doutes se convertirent bientôt en de grandes craintes, lorsqu'il apprit que Mgr de Saint-Simon, son véritable évoque, s'était prononcé avec horreur contre le serment. Le départ pour la déportation d'une foule de curés et d'ecclésiastiques, la fermeté avec laquelle ils quittaient tout pour sauver leur foi Timpressionnèrent profondément. Ses appréhensions se changèrent en frayeur ; il craignait que Dieu ne lui demandât compte de sa conduite, de ses sacrilèges, de ses scandales. Il partit de Vias et se rendit à Cette, son pays natal, chez son neveu, diacre, et finit par ouvrir complètement les yeux, à la mort glorieuse de Mgr de Saint-Simon.
A cette époque sanglante, l'abbé de Gohin se trouvait encore à Agde. Vivarès alla le trouver pour lui faire la confession de son infidélité et être relevé des peines canoniques dont il avait été frappé. Le grand vicaire ne se pressa pas de Texaucer. Il prit le temps d'éprouver la solidité de son retour. Le pauvre converti s'était depuis longtemps abstenu de toute fonction ecclésiastique et, en attendant son pardon, était suivant son expression « plongé dans l'huile bouillante ». M. de Gohin qui connaissait le caractère franc de l'abbé Vivarès, finit par se rendre à sa demande et lui désigna un confesseur pour en recevoir le pardon de ses péchés et l'absolution des censures. Mais comme le serment avait été public, la rétractation devait l'être également et avoir pour théâtre l'église même de sa paroisse : la chose était facile, à cette époque les églises commençant à être rendues au culte.
Le curé fit annoncer dans Vias qu'il désirait s'expliquer en présence de tous les habitants. L'afBuence fut énorme ; tout le monde se rendit à la messe, même les plus fervents catholiques, persuadés de la droiture des intentions de leur curé. Le dimanche 26 juillet 1795, avant le Credo de la première messe, il monta en chaire et en termes clairs et précis, rétracta le serment qu'il avait eu le malheur de prêter. Avec profusion de larmes, il demanda pardon à ses paroissiens des grands scandales qu'il
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leur avait donnés et finit son discours d'une manière si touchante et si persuasive que tous, même ceux qui l'avaient abandonné, lui rendirent leur estime et leur ancienne confiance. Désormais fidèle et sans respect humain, il s'appliqua de tout cœur àramener ceux qu'il avait lui-même , induits en erreur.
Depuis sa rétractation, il ne prêchait plus que les larmes aux yeux, ayant toujours sa chute devant lui. Est-il besoin de dire qu'un revirement si complet déplut singulièrement aux Constitutionnels ? Ils s'attachèrent à l'épier pour le surprendre dans ses fonctions et peu s'en fallut qu'ils ne le saisissent un jour qu'il allait porter les derniers sacrements à un moribond. On ne doit pas oublier qu'à ce moment la paroisse de Vias était la seule de l'ancien diocèse d'Agde où le culte fut exercé publiquement par un prêtre légitime.
Se voyant étroitement surveillé et dans Timpossibilité la plus absolue de remplir ses devoirs de pasteur, sans s'exposer au danger imminent de la profanation des choses saintes, il quitta secrètement son domicile et se cacha chez une de ses paroissiennes, madame veuve Gay-Farjon, qui lui avait courageusement offert l'hospitalité. Cependant on le croyait caché dans sa propre maison. Un mandat d'arrêt fut décerné contre lui par l'Administration du canton d'Agde (15 germinal an IV, lundi 4 avril 1796).
Les gendarmes de la brigade d'Agde se rendirent à Vias et fouillèrent sa maison avec le plus grand soin et, comme de juste, les recherches restèrent infructueuses.
Peu après, celui qui en avait été l'objet, craignant d'être découvert et de compromettre sa bienfaitrice, changea d'asile et partit secrètement pour Cette. Il rendit, dans son pays natal, d'immenses services à la religion, attendu qu'il n'y avait dans cette ville, à ce moment, que des prêtres jureurs.
Dénoncé par ceux-ci, il fut saisi et déféré au Département, comme rétractant. Enfermé d'abord dans la prison d'Agde, et ensuite condamné
IV, Ias Martyrs et Confesseurs de la foi.
à la réclusion (son âge le dispensant de la déportation) et enfermé dans l'ancien monastère de la Visitation, à Montpellier, où il arriva le 6 brumaire an VI (27 octobre 1797).
Par une pétition adressée au Département, il demanda, vu ses infirmités et sa pauvreté, à revenir dans sa famille, sous la surveillance des Autorités. L'Administration centrale transmit la pétition à la Municipalité de Cette. Celle-ci répondit : « Vivarès, né à Cette, n'y a résidé que quelques mois après sa rétractation et a cherché à fanatiser les esprits. Il était prêtre à Vias au commencement de la Révolution. Il troublerait Tordre si Ton autorisait son retour à Cette. C'est un ennemi bien connu de la République. Il agiterait lés brandons c'e la discorde et relèverait l'espoir contre-révolutionnaire des fanatiques religieux » (7 floréal an VII, 26 avril 1799).
On le maintint sous les verrous jusqu'après le 18 brumaire. Rendu à la liberté, il reprit avec une nouvelle ardeur les fonctions du saint ministère (1800). Dénoncé pour ce motif par un municipal, il fut arrêté chez lui par des gendarmes et conduit devant le Département. Celui-ci le rendit à la liberté, trouvant irréguliers la dénonciation et l'Arrêt faits de sa personne. L'Administration municipale de Cette prit une délibération très énergique par laquelle elle réclamait contre la mise en liberté de Vivarès. Il avait rétracté son serment, la loi ordonnait donc qu'il fut enfermé dans la maison de réclusion. El, sans plus différer, on l'y envoya, et on écrivit au préfet pour le mettre en garde contre les démarches qu'on pourrait entreprendre en faveur de ce rétractant. Cependant cette captivité devait avoir une fin et le 22 prairial an VIII (11 août 1800), le préfet prenait un Arrêté qui rendait Vivarès à la liberté, sous la surveillance de la municipalité de la commune de Montpellier.
A la sépulture de la directrice de l'hospice, à Cette, Guillaume Vivarès se permit d'officier dans la chapelle de l'établissement « en habits sacerdotaux ^. Deux cents individus environ composaient l'assistance, dont faisaient partie bon nombre de jeunes filles vêtues de blanc et d'au-
U Ancien Clergé du Diocise de ManipeJier.
très personnes « à la manière des anciennes dominicaines ». Le commissaire de police et l'adjoint surviennent et font cesser la cérémonie, disant que la Loi était manifestement violée, attendu que la chapelle de l'hospice n'avait pas été désignée comme devant servir à l'exercice du culte ; et aussitôt ils se mettent en mesure « d'infliger un juste châtiment à celui qui présidait les funérailles * (le"" avril 1801) La vraie raison, non pas de l'interruption de la cérémonie funèbre, mais des poursuites exercées contre Vivarès, c'est que cet ancien curé de Vias avait rétracté son serment constitutionnel et passait pour fanatiser les esprits.
Cf. Arch. de l'Hérault, V. Toîice du Culte, — F. Saurel, Hist. reîig, du dép. de r Hérault, IV. 45. — J. Duvkrn, Livre de Raison, passim.
FIFARÈS,
curé de Vias, neveu du précédent, né comme lui à Cette. Après avoir terminé ses études au séminaire d'Agde, il résida dans cette ville jusqu'à la Loi du serment constitutionnel.
Un jugement du Tribunal criminel de l'Hérault le condamna à 500 livres d'amende et à deux ans de prison dans la Maison de Détention, pour avoir répandu une chanson injurieuse pour la Nation et la Constitution (18 août 1792). Il n'était encore que diacre. Son oncle aurait voulu Tattirer à Vias ; mais le jeune ecclésiastique partit, avec M. Olive, son curé, à Cette, le suivit en Espagne et le soutint jusqu'à sa mort, arrivée le 8 décembre 1792, fête de l'Immaculée Conception (Foir l'Art. Olive),
Peu après, il reçut du gouvernement espagnol l'ordre de quitter la Casa de la Selva, qu'on trouvait trop rapprochée de la frontière, et on l'interna à Tarragone. Le cardinal-archevêque de cette ville, ayant reçu de M. de Gohin, vicaire général du diocèse d'Agde, des lettres démissoires pour l'abbé Vivarès, lui conféra la prêtrise.
La paix religieuse avait été rendue à l'Eglise de France et l'abbé Vivarès était toujours à Tarragone ; mais comme le diocèse de Montpellier avait alors besoin de prêtres et de bons prêtres, le conseil épiscopal de
rV. Lts Martyrs et Confesseurs de la Foi.
Mgr Fournier décida (9 février 1808) qu'on lui écrirait pour l'engager à revenir ; ce qu'il s'empressa de faire.
A son retour en France, il lut nommé curé de Vias, à la place et sur la demande de son oncle.
Cf. Pour les deux Vivarès : Ms. de Tabbé de Gohin, Etat du Clergé séc. et rég. du Dioc. d*xA^de, p. 18. — Arch. de l'Hérault, L. 442, 443; — Ms. de Soulier, I. 317. — Ms. de Tabbé Gôurgon.