I. Lts Constitutionnels
PAYEN (Sévenn),
né en Picardie, était sorti de la Congrégation de Saint-Lazare et devint
* aumônier de Religieuses. Mgr de Saint-Simon qui Tavait nommé curé de la paroisse Saint-Etienne d'^Agàe, eut bientôt à se repentir de ce choix et à reconnaître qu'il avait eu la main malheureuse. La grande affaire de ce pasteur n'était pas de paître ses brebis, mais de les tondre. Par esprit d'avarice, il ne voulut pas avoir ses vicaires à sa table; de ses premières économies, il acheta une terre, qu'il fît défricher et planter en vigne et qu'il revendit ensuite, pour établir en commun avec son frère, qui vivait dans son pays natal, un commerce pour la vente des vins de Languedoc. Avec la Révolution, ce curé-négociant se voyant dans la nécessité de sortir de France, s'il ne faisait pas le serment inspiré par la Constitution, et désireux de toucher une pension de 1500 francs, au lieu de sa modeste congrue de 500 fr., ne balança pas. Il monta en chaire et prêta le serment demandé, au grand scandale des paroissiens et à l'immense douleur de Mgr de Saint-Simon. Plusieurs fois en public, soit dans son église, soit ailleurs, il ratifia sa démarche schismatique, s'applaudissant de l'avoir faite après réflexion, disant et écrivant que la Constitution civile du Clergé tendait à réformer les abus de l'Eglise et à la ramener à sa beauté première.
Peu.de temps après, Mgr de Saint-Simon était chassé d'Agde et le ci-devant curé de Saint-Pons, Pondérons, élu par des gens sans mission, évêque du département de l'Hérault. Payen s'empressa de reconnaître l'intrus et d'aller à sa rencontre, en habit de chœur, précédé de sa croix paroissiale, accompagné de tout ce que la ville possédait alors de prêtres et d'ecclésiastiques assermentés (Laifon, Rolland, Conte, Couaix et autres', le conduisit à l'église cathédrale et paroissiale de Saint-Etienne. Payen, nommé curé des trois paroisses d'Agde se tint toujours en relation officielle avec lui. Cependant il était mal payé par la nation, méprisé des habitants, balfoué par les gens en place et sommé de remettre à la municipalité son titre de curé et même ses lettres de prêtrise .
Il prit le parti de s'éloigner momentanément et de se rendre en Picardie, où l'appelait son commerce de vins, devenu languissant à la suite de la mort de son frère. Là, il eut le désagrément de n'être bien vu de personne, à cause de son serment prêté à Agde. Il avait laissé la paroisse aux mains de quelques jureurs, Rolland, Bertrand, Conte.
Bientôt il conçut le projet d'y revenir, et fît publier par des amis qu'il s'était rétracté dans son pays. Son but en agissant de la sorte était de se concilier la bienveillance du grand vicaire de Gohin alors chargé de l'administration du diocèse. Celui-ci ne se laissa pas prendre au piège, ne crut point à la rétractation dont on ne donnait aucune preuve authentique, et lui écrivit même à Abbeville, non pour le rappeler à Agde, mais au contraire pour l'en détourner, l'assurant du mépris général qu'avaient pour lui les habitants de cette ville.
Malgré cette lettre peu flatteuse pour son amour-propre,Payen revint dans son ancien domicile. Son premier soin fut de se présenter à ce grand-vicaire, dans l'espérance d'être réintégré dans sa cure et de recevoir les mêmes pouvoirs que l'on accordait aux prêtres catholiques. Sur le refus catégorique et absolu qu'il en reçut, il se retira et, sans tenir compte des brefs du Souverain-Pontife, portant contre lui et ses semblables l'excommunication et la perte de toute juridiction, il reprit toutes ses fonctions curiales, au grand déplaisir de l'ex-capucin Conte et de Rolland, prêtres assermentés, qui virent en lui un simple concurrent. Un secopd schisme s'opéra donc dans Saint-Etienne même; l'ancien curé, prétendu rétracté, et les constitutionnels, Conte et Rolland. Il y eut, au physique tout comme au moral, autel contre autel dans la même église, où les deux parties célébraient à différentes heures. Conte et Rolland se servaient de l'autel de la paroisse à neuf heures, et Payen à dix heures, de l'autel du chapitre. Tel fut Taccord passé entre les prêtres des deux catégories, accord scandaleux, suivi d'éclatants désordres. Conte et Rolland affectaient de se mettre en retard, pour empêcher Payen de commencer à l'heure convenue, si bien que souvent, au lieu de