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LETTRE

DE MONSEIGNEUR L'ÉVÊaUE DE MONTPELLIER

^U CHANOINE F. SAUREL

ÉvÊCHÉ Montpellier, 21 août 1902,

DE

Cher Monsieur le Chanoine,

Lorsque en 1894, le vénérable archiprêtre de Saint-Etienne d'Agde conçut et réalisa, d'une façon si solennelle le projet de célébrer, après un siècle écoulé, la grande mémoire de Mgr de Saint-Simon, dernier évêque d'Agde, je fus si touché de cette initiative et de cette imposante cérémonie que je me crus obligé d'en témoigner immédiatement ma reconnaissance à M. Tabbé Beauguil, en le nommant mon vicaire général honoraire. L'autorité spirituelle de Mgr de Saint-Simon revivait en moi, par suite de cette communication surnaturelle, dont le sacerdoce est la source : il me parut juste d'acquitter la dette de gratitude que mon vénéré prédécesseur ne pouvait plus payer.

Vous avez fait plus que M. Beauguil. Aux belles et savantes études

V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier.

que vous avez déjà publiées sur Mgr de Villeneufve, sur Mgr Fournier,

sur la reconstitution du diocèse après la Révolution, vous allez ajouter

cinq volumes sur VtAncien Clergé du Diocèse actuel de Montpellier. Là se

trouve recueillie l'histoire mémorable de la crise encore inachevée, par

laquelle la religion catholique est. éprouvée depuis un siècle dans notre

pays. Là revivent les figures héroïques de ceux qui furent fidèles jusqu'à I

l'exil et la mort; là se montre, dans une ombre miséricordieuse, la

physionomie de ceux qui, après une heure d'illusion ou de faiblesse,

sortirent courageusement du schisme constitutionnel et rétractèrent un

serment dont ils n'avaient pas soupçonné la portée et le vice; là enfin

sont marqués d'une note justement sévère les infidèles et les apostats,

flétris par l'épithète de jureurs, et que la postérité nomme avec mépris.

On ne pourra feuilleter ces cinq volumes remplis de renseignements sans admirer l'étendue de vos recherches, l'abondance et la sûreté de vos informations, l'exactitude et l'inflexible orthodoxie de vos jugements.

Pour moi, fier de mes prédécesseurs, si fermes et si zélés, sensible aux mérites des vénérables Confesseurs de la Foi, dont les exemf)les doivent être nos modèles, pénétré de reconnaissance pour le service si grand que votre patiente érudition rend au diocèse, en lui faisant connaître les vertus et quelquefois aussi les erreurs de ses ancêtres du siècle passé, je vous donne avec joie le titre dont M. l'archiprètre Beauguil a été honoré. Soyez vicaire général honoraire; soyez-le longtemps, et que les jeunes prêtres apprennent de vous à rendre leur maturité et leur vieillesse elle-même fécondes par le travail, la dignité constante du caractère et l'application aux saints exercices de la piété sacerdotale.

Agréez, cher Monsieur le Chanoine, mes dévoués et affectionnés respects en N. S.

f Fr.-M.-A. de Rovèrié de Carrières,

Evéque de Montpellier,

DU

LES APOSTATS

DU

LES APOSTATS

Si, dans le diocèse de Montpellier, Timmense majorité des ecclésiastiques séculiers et réguliers, fidèles au dictamen de leur conscience, avaient avec indignation et courage refusé le serment constitutionnel; s'ils avaient préféré la réclusion, la déportation et la guillotine; bon nombre d'autres s'étaient plies à tous les serments qu'on leur avait demandés.

Ces malheureux dévoyés peuvent être rangés en trois classes.

Les premiers eurent le bonheur de rentrer dans le bon chemin et d'expier dans les prisons et les persécutions de tout genre leur faiblesse d'uii moment. Comme le prince des Apôtres, ils avaient renié leur maître; mais, comme lui, ils eurent la générosité de se relever.

Nous avons inscrit leurs noms dans celle de nos publications qui a pour titre Les Martyrs et Confesseurs de la Foi,

D'autres, pour se relever, attendirent la fin de la tempête. Tout danger ayant disparu, ils se soumirent à l'évêque légitime, acceptèrent de rentrer dans les cadres du clergé diocésain et reçurent le nom de Rétractants, Mais, disons-le en passant, leur retour ne fut pas toujours exempt de faiblesses et donna parfois des inquiétudes à l'autorité, l'obligeant à frapper ces mal convertis de réprimandes, de punitions humiliantes et même d'interdit.

La troisième catégorie de ces jureurs persévéra jusqu'à la mort dans le schisme, et continua d'être désignée par l'appellation de Constitutionnels, Ces derniers malgré leur endurcissement avaient en général respecté leur caractère .

Dans leurs rangs cependant se rencontrèrent des ^Apostats qui méprisèrent et répudièrent ce noble caractère autant qu'il était en leur pouvoir. Blasphémateurs de leur foi, en rupture de'discipline, ils s'étaient placés d'eux-mêmes en dehors de la hiérarchie ecclésiastique. C'étaient des citoyens, des fonctionnaires publics, des gens abandonnés aux passions de Thomme, se jetant parfois dans les partis politiques. Comment leur conserver encore le nom de prêtres ? Et pourtant, comme par une ironie de leur destinée, le caractère indélébile du sacerdoce continue à peser sur eux, en dépit de leurs abjurations, de leurs mœurs, de leurs scandales.

La Convention a cherché, trouvé et mis en avant tous les moyens de séduction pour les faibles. Les prêtres jureurs et apostats sont pensionnés en vertu de ses décrets. Si ces prévaricateurs ne veulent ni prêter le serment, ni renoncer à leur état, elle leur fournit un moyen légal pour se préserver de toute peine, même de la réclusion et de la déportation. Ils n'ont qu'à... se marier ! et l'impunité leur est assurée. Eh quoi ! L'impunité ? Oui, et la protection de toutes les administrations. Mais la loi républicaine elle-même a établi des formalités préalables ! — -

ni. Les ^Apostats.

Qu'importe ? Dans le cas où, à raison de ces prolégomènes obligés, le mariage n'a pu être contracté, la publication des bans, faite à la commune, pourra suffire !

Heureusement ces mariages, sacrilèges et nuls devant l'Eglise et devant Dieu, furent peu nombreux. Il va sans dire que presque tous ces scandales d'apostasie, se produisirent sous la terreur, en face de la guillotine, du 5 septembre 1793 au 9 thermidor an II (27 juillet 1794).

Nous devons à l'histoire de dire la vérité. Nous allons donc dresser du mieux qu'il nous sera possible, après nos recherches longues et consciencieuses, la liste des Apostats du diocèse de Montpellier, morts dans leur obstination. La tristesse dans le cœur, nous dirons leurs faiblesses, sans cependant insulter à leur mémoire. Qui sommes-nous pour juger notre prochain ? A Dieu seul appartient le jugement et nous savons qu'il le rend toujours dans sa justice, tempérée de miséricorde.

^LDEBÉRT (Jacques-Hippolyie),

curé de Prades. Déprêtrisation (3 décembre 1793).

Cf. Trocès-verbaux de V Assemblée administrative j tome IV, p. 351.

.JLRIC (Pierre-Gabriel),

prêtre originaire du diocèse de Rodez, remplissait, en 1768, les fonctions de pro-secrétaire auprès de Mgr de Durfoit, et l'accompagnait habituellement dans ses visites pastorales. Il avait été pourvu de la cure de Saint-Denis-de-Ginestet (14 février 1771). Jureur. Invité à se rendre à la séance de l'Assemblée administrative de l'Hérault (20 juillet 1792), pour y déposer, dans une afiiiire de Lansargues, commune où il avait son domicile, il' renouvela son serment. De concert avec le maire de Lansargues et Radier, curé de cette paroisse, secrétaire-greffier, il dressa l'inventaire des habits « dits sacerdotaux » et autres « instruments du culte ». Le 4 frimaire an II (24 novembre 1793)^ après avoir prononcé un discours philosophique, il déclare renoncer à l'état de prêtre et dépose

V Ancien Clergé du Diocèse de Montpellier,

entre les mains des administrateurs du département ses lettres d'ordination, qui sont envoyées de sa part au président de la Société populaire, pour être livrées aux flammes. Pension : 1.200 livres.

Cf. Arch. de l'Hérault, L. 358; — Procès-Verbaux des Séances de V Assemblée administrative, tome IV, p. 306.

kALTABESSE (Jacques)^

curé de Tréviers, déprêtrisation (29 novembre 1793).

Cf. 'Procès-verbaux des Séances de V Assemblée administrative, IV, 334.

^ANSELME (François),

prêtre de Cette. Déprêtrisation (14 décembre 1793).

Cf. Procès-verbal de^ V Assemblée administrative, IV, 410.

^RDIGNAC,

ancien professeur de théologie chez les Dominicains, avait dirigé successivement plusieurs maisons de son Ordre. Il était, au dire de M. Soucaille, aussi modeste que distingué. Le bureau d'administration du collège de Béziers, ayant à renouveler le personnel de cet établissement, désigna le P. Ardignac pour remplacer M. Millié, principal sortant (25 février 179 0. Le nouveau principal, à la têie des professeurs et régents, prêta le serment et fut avec eux installé le 25 mars suivant. Son traitement de 700 livres, augmenté de 150 livres comme bibliothécaire, et de 150 livres comme trésorier, atteignait la somme de i.ooo livres. Il ne termina point Tannée classique et se retira le 2 août 179 1, préférant Tétude de la théologie aux détails de l'administration et aux tracas de la surveillance. Il accepta cependant, mais tout à fait d'une manière provisoire, la chaire de philosophie, puis, il devint un des vicaires épiscopaux de Pondérons. Il publia un écrit intitulé :« Avis aux Electeurs ». (Béziers, Fusier, 179 1, in-i2.) Membre de la Société des Amis de la Constitution, de Béziers, il

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