HisU du Dioc. de Paris, t. X, p
donnant des conseils de bonne tenue, de civilité, lui parlant de ses amusements, de ses jeux, et aussi de la méthode dans le travail, et de ses devoirs envers les parents et les mailres? Hais ce qui devait encore plus la réjouir, c'était le dialogue où il consolait les écoliers, en flagellant, de sa plume railleuse, le maître fouelleur de l'époque qui « nec magis pareil nostris natibus, quam si corium esset bubulum • . La comparaison entre l'urbanité des Français et la grossièreté des Allemands n'était pas non plus pour leur déplaire. On croirait faite d'hier la peinture de la malpropreté des hôtelleries allemandes, tant elle ressemble à celle qu'on y trouve encore aujourd'hui. Sous le titre de Banquets (Convivia) Érasme rapportait des propos de table sur la religion, l'histoire, la poésie, la tempérance. Il encourageait ses lecteurs à •fuir le mensonge, l'hypocrisie, la paresse, la volupté et à s'adonner à l'amour des lettres. Malheureusement, il se permettait çà et là d'assez fortes licences; il n'était pas assez mesuré sur le compte de la vie religieuse et de certaines pratiques de dévotion. Il pouvait scandaliser les jeunes gens par ses dialogues sur les femmes, sur le mariage, par ses traits sarcastiques contre les moines mendiants, qu'il représentait injustement comme incarnant en eux tous les défauts et tous les vices.
Aussi l'engouement de la jeunesse des écoles pour les Colloques émut l'Université : la foi et les mœurs des écoliers étaient en péril; on remarquait même que beaucoup d'entre eux, sous l'influence de cette lecture attachante, négligeaient la prière et abandonnaient le culte des saints, ad preces et sanctorum cultum tardi et segnes reddebantur * . Il n'en fallut pas davantage pour exciter le zèle de la Faculté de théologie contre l'ouvrage et la pousser à en prononcer la condamnation. Toutefois nous remarquons certaines divergences de sentiment dans la délibération des Facultés du 23 juin 1528. Tandis que les trois Facultés supérieures votèrent la condamnation sans restriction, la Faculté des arts,
l. Du Boulay, HisU Univ. Paris., t. VI, p. 210.
formée des quatre Nations, proposa quelques correctifs. La Nation de Francs prononça la condamnation pure et simple; la Nation d'Allemagne demanda que les Colloques fussent seulement interdits aux écoliers, et les Nations de Normandie et de Picardie auraient voulu, sans doute pour ménager l'auteur, qu'on lui écrivit une lettre aûn de lui signaler les écarts de sa plume et de l'inviter à les corriger4. C'est que François Ier protégeait les savants et Ërasme en particulier* Aussi, tout en condamnant son livre, l'Université ne rendit pas la censure publique et ne lui infligea aucune noie infamante, telle que celle d'hérésie, comme Ërasme le reconnaît dans les lettres où il se plaint d'avoir été traité si sévèrement, edictum tamen nûllum facit haereseos mentioncm. Il avait tort de se plaindre, car Louis Berquin, le traducteur de ses Colloques, fut plus rudement traité, puisqu'on le condamna au bûcher. Plus tard, Nicolas Mercier, par d'heureux retranchements, enleva aux Colloques les licences qui les rendaient nuisibles à la jeunesse.
François Ier ne se contentait pas de protéger les savants de tous les pays, il aimait à s'en entourer et il rêvait depuis longtemps de créer pour eux, à Paris, un établissement libre où ils enseigneraient les langues anciennes. L'exécution de son projet, retardée par les événements politiques et surtout par sa captivité, fut enfin réalisée, en 1550, par la fondation du Collège des trois Langues, qui allait devenir le célèbre Collège de France. Nous n'avons pas à raconter comment cette institution eut de la peine à s'installer où elle est encore aujourd'hui, ni comment elle rencontra à ses débuts l'opposition de l'Université et surtout de la Faculté des Arts, qui obtint qu'on n'y professât pas la langue latine, de peur de voir les étudiants déserter ses collèges et ses écoles. Le grec et l'hébreu furent donc seuls enseignés tout d'abord, puis bientôt on y ajouta l'éloquence latine, les mathématiques, la philosophie, la médecine, en sorte qu'à la mort de son fondateur le