Arch. nat., S
saient, dit Lebeuf, un crû que Ton appelait vin du rot4. Il ne faul donc pas nous étonner que nos Harcuriens aient fait plusieurs acquisitions importantes de ce côté, comme nous l'avons déjà constaté au chapitre précédent.
Au commencement du xvi° siècle un vent de dénigrement jet de révolte soufflait contre l'Église. Certains humanistes, faisant le jeu des promoteurs de la réforme protestante, attaquaient les institutions les plus respectables du catholicisme, sous prétexte d'en dénoncer les abus. C'est ainsi que le prince de ces lettrés, Ërasme de Rotterdam, jaloux des lauriers de Luther, ne se gênait pas dans ses livres pour tourner en dérision la vie monastique et la piété chrétienne. Parfois même il poussait le rire jusqu'à la licence, et la lecture de ses écrits devenait d'autant plus dangereuse que tout ce qui sortait de sa plume était l'objet d'une admiration enthousiaste. Les papes et les monarques correspondaient avec lui; on se disputait ses moindres lettres, et on lui décernait partout les titres les plus glorieux. Aussi, quand parurent ses Colloques, un imprimeur avisé de ce temps-là, Simon de Colines, pressentant un beau bénéfice à réaliser, tira l'ouvrage à vingt-quatre mille exemplaires, d'un format portatif et élégant, comme le raconte Érasme, dans une de ses lettres : ad viginti quatuor millia Colloquiorum in modum enchiridii, sed eleganter. L'art de la réclame était déjà connu : l'éditeur répandit le bruit que la Sorbonne s'apprêtait à condamner les Colloques; il n'en fallut pas davantage pour que tout le monde voulût les acheter et les lire. On vil bientôt l'ouvrage d'Érasme entre toutes les mains, et les plus avides à le dévorer furent les écoliers des collèges, qui délaissaient leurs livres classiques pour s'en délecter, l'emportaient, le commentaient en classe et en récréation.
Comment n'auraient-ils pas été flattés par le soin que prenait un si grand esprit de ^adresser tout particulièrement à la jeunesse, lui traçant dans la langue de Cicéron des règles de savoir-vivre, lui rappelant les formules de politesse, lui