Y. Rathery, Journal de VInst. publiq
fallut pas davantage pour provoquer une émeute formidable de l'Université. Elle dura plusieurs jours, pendant lesquels les Artiens s'assemblaient en armes, attaquant les maisons voisines du Pré-aux-Clercs, les détruisant par le fer et la flamme, maltraitant le lieutenant criminel et ses archers, quoiqu'on eût jeté en prison l'a u leur présumé du meurtre. Le procureur général et le Parlement prirent alors des mesures rigoureuses, saisirent un grand nombre d'écoliers, firent pendre au milieu du Pré-aux-Clercs l'un des plus séditieux et informèrent le roi, alors absent de Paris, de ce qui se passait. Comme les désordres continuaient, il fut prescrit de fermer les portes des collèges à six heures du soir, de murer ou de griller toutes les fenêtres des chambres basses qui donnaient sur la rue, enfin d'enlever toutes les armes offensives qu'on trouverait dans les chambres des étudiants. Par ordre du roi, le Pré-aux-Clercs fut confisqué, les leçons publiques furent suspendues, les étudiants étrangers expulsés, et les élèves externes des collèges chassés de l'Université. La consternation était générale parmi les écoliers, d'autant plus que le lieutenant civil, prétendant qn'on lui avait jeté des pierres en passant rue de la Harpe en face des collèges de Baveux et de Narbonne, voisins du collège d'HARCouRT, avait forcé les portes de ces collèges et enlevé treize prisonniers pour les conduire au Chàtelet. Il fallut qu'une dépulation de l'Université, parmi laquelle nous voyons figurer Turnèbe et Ramus, professeurs royaux, vint à la Fère-en-Tardenois plaider la cause des coupables devant Henri II. Le roi s'apaisa, fil révoquer les mesures de rigueur qui avaient été prises et surseoir à l'exécution des écoliers condamnés à mort par le Parlement. Hais cet épisode termine ce qu'on pourrait appeler Y âge d'or du Pré-aux-Clercs1. à partir de ce moment, les écoliers cessent d'avoir leurs coudées franches sur ce
1. Du Breul, Antiquité* de Paris, p. 386. — - Fôlibien, Hist. de Paris, t. II, p. 1025. — Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. VI, p. 490. — Crévier, Hist. de l'Unie, t. VI, p. 30. — Waddington, Ramus, p. 114. — Rathery, Journal de l'Inst. publig., 1856. — V. P. C. Fournel, Le Vieux Paris : fêtes, jeux et spectacles.
terrain, et l'Université songe sérieusement à l'aliéner pour accroître ses revenus, comme nous l'avons dit en parlant de la Nation de Normandie4. En 1558, il va servir de lieu de réunion aux calvinistes, qui viendront y chanter les psaumes composés par Marot. Au xvme siècle, il aura disparu pour faire place aux nouveaux quartiers qui donneront une plus grande extension à la ville de Paris, délivrée de l'étroite enceinte qui l'enserrait de ce côté.
L'émeute de 1557 ne nuisit pas seulement aux divertissements du Pré-aux-Clercs, elle fit également tort aux manifestations bruyantes du Lendit, une des plus grandes solennités universitaires d'autrefois. Son institution remontait au commencement du. xne siècle, alors que, l'Église de Paris ayant obtenu un morceau de la vraie croix, elle indiqua, entre le village de la Chapelle et Saint-Denys, plus tard (1444) à Saint-Dents même, un lieu, locus indictus, VIndict et par corruption Lendit, où chaque année l'évêque et son clergé, le Parlement et les maîtres de l'étude, se rendaient processionnellement au mois de juin, le premier lundi après la saint Barnabe. El, comme une foire s'était établie en ce lieu, à la faveur de la fête religieuse, les écoliers et les régents prirent l'habitude d'y accompagner le Recteur à cheval, marchant sur deux lignes, enseignes déployées et tambours battants sous prétexte d'y vénérer les reliques de Saint-Denys qu'on ne leur montrait pas, et d'y faire la provision de parchemin ou de papier qu'ils devaient noircir pendant l'année.
Un vieil auteur trouvait que cette promenade ressemblait à la cavalcade que faisait la jeunesse romaine, qui avait lieu dans le cirque certain jour de l'année, et que Virgile avait célébrée au cinquième chant de Y Enéide sn montrant Ascagne à la tête de la jeunesse1. « C'était le temps, comme le rapporte Crévier, où l'honoraire se payait aux régents par les écoliers, qui, ayant mis leur présent dans une bourse, une orange ou un citron, l'apportaient en pompe au son des fifres et des