‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 126 sur 355 · Ch. Labitte, Les Prédicateurs de la Ligue, ch. i · texte numérisé non relu

Ch. Labitte, Les Prédicateurs de la Ligue, ch. i

3. Y. de Thou, Hisu universelle, t. IV, p. 105 et 162. — Du Boulay, Hisu Univ. Paris., t. VI, p. 545, 550. — Crévier, Hist. de VUniv., t. VI, p. 120, 134.

saient les proviseurs à cette époque : « Le 6 octobre 1562 fut « présent vénérable el scientiûque personne Me Nicolas

• Maillard, prestre docteur régent en la Faculté de Théologie « en l'Université et chanoine en l'Église de Paris, proviseur « du collège d'HARcouRT, fondé en icelle Université, disant « comme il soit maintenant sur son parlement de cette ville ■ pour aller, par le commandement du roi, au concile, qui « sied et se célèbre en la ville de Trente en Allemagne, et « que pendant son absence il soit très requis et nécessaire « bailler ladite charge de proviseur dudit collège à quelque « honneste personnage, de la qualité qui s'en puisse bien et « valablement acquitter. A cette cause, etc. il a nommé et « commis et par ces présentes nomme et commet ledit « Allain pour son absence durant ledit voyage faire, exercer « ledit estât et charge de proviseur d'iceluy collège de Har- « codr, et tout ce qui en dépend bien et duement tomme il « appartient, et que ledit Maillard a fait par cy-devant, et « faire pouroit s'il estoit présent en personne. » Mais Alain, ne pouvant administrer seul toute la maison, se donna un collaborateur en faisant « avec les boursiers, théologiens,

* artistes et grammairiens du collège un bail à ferme des « bâtiments à un principal de louage, le 8 mai 1563. » Pour célébrer son heureux retour du concile, le 2 août 1563, Nicolas Maillard donna un écu d'or destiné au menu du repas qu'il prenait ordinairement en la salle du collège avec les boursiers théologiens. Si nous en croyons les mêmes foctums, ces festins étaient rares et n'avaient rien d'extraordinaire au collège d'HAAcouRT. Ils avaient lieu, par exemple, à l'occasion de la promotion au doctorat des boursiers de la maison. On peut en juger, d'après la mention d'un de ces dîners donné par le proviseur Maillard, en 1665, à plusieurs docteurs. Le voici dans la langue classique du temps : l&Januarii 1565 : pro cuniculo, capone, alaudis, pane et vino, etc., delatis in domum provisoris, le tout pour la somme de 41 sols4 .

1. Bib. de la Sorb., U. 132, n° 4, p. 19; n° 5, p. 29; n» 6, p. 69; n° 7, p. 70.

Essayez d'avoir aujourd'hui à Paris pour ce prix un lapin, un chapon, des alouettes avec pain et vin à discrétion1.

Une autre affaire, moins importante, avait occupé peu auparavant le collège d'HARCOURT. Elle nous montre que les statuts du cardinal d'Estouteville étaient toujours en vigueur à cette époque. Maître Jean Fine, régent de physique, c'està-dire de philosophie dans cette maison, en parcourant la liste des examinateurs pour le baccalauréat trouva que l'un des élus, Maître Denys du Pré, qui professait également la physique à Navarre, n'avait pas trois années d'enseignement. Se cachait-il sous cette découverte quelque rivalité de professeur ou de collège, comme on en voit souvent en ce temps-là? L'histoire ne le dit pas. Jean Fine dénonça l'irrégularité devant le Recteur, les procureurs et les réformateurs ou censeurs des Nations assemblés, le 19 janvier 1560, au collège de BoncourT. Les deux régents furent entendus, et, comme l'enquête constata que Denys du Pré n'était pas dans les conditions exigées par les Statuts, il fut décidé que la Nation de France, à laquelle il appartenait, procéderait à une nouvelle élection, suivant ce qu'avait prescrit le cardinal d'Estouteville : Statuimus et ordinamus ut magistri qui per singulas nationes ad examen baccalariandorvm soient eligi, de cœtero eligantur cum bona deliberatione, nec sint eligibiles magistri cujuscumque nationis ad illud examen faciendum, nisi sint in tertio anno a gradu magisterii suscepto, et hoc absque ulla dispensatione volumus, et auctorilate apostolica observari mandamus*.

Quelque temps auparavant, en 1558, Enguerrand ou Guérin Sanguin, doyen du chapitre d'ÀvRANCHEs, avait fait une fondation en faveur du collège d'HARcocRT, ainsi que le mentionnent la liste des Obits et nos factums, sans en indiquer l'importance. Nous savons seulement, par la Gallia Christiana

1. Notons que le lapin ou connin se servait alors les jours de fête, quand on invitait des convives d'un certain rang. (V. Menus du prieur de Saint- Martin-des- Champs, par S. Lace.)

2. Défetîse des Droits de l'Université, Iw partie, chap. xi. — Du Boulay, HisU Univ. Paris., t. V. p. 573.

et l'Annaliste (TAvranches, que Sanguin était de bonne famille et recommandable par sa vertu et ses talents, qui le firent employer avec succès en plusieurs ambassades ecclésiastiques4 .

Le plein exercice, en transformant les anciens collèges de boursiers en maisons d'éducation, fut l'occasion de plusieurs abus, en particulier celui du principal à louage. C'est ce que signalent les factums du collège (Î'Harcourt, à la date de 1562. On appelait ainsi le maître auquel le chef de la maison cédait une certaine partie des bâtiments du collège, « à la * condition d'y tenir l'économie, nourrir et faire instruire « les boursiers artiens, grammairiens, portionistes et camé- < ristes, et mettre des régents, et d'en rendre par an certaine « somme au collège2. » Il en résultait le plus souvent une vraie spéculation de la part de ce principal à louage, qui cher* chait à tirer le plus d'argent possible des élèves pour leur pension et à en dépenser le moins possible, soit pour leur nourriture, soit pour leur instruction, en n'accordant que de médiocres honoraires aux régents, qu'il nommait ou destituait à son gré, comme nous l'avons vu précédemment pour le régent de septième, Denys Gallet. Cet abus, qui n'existait pas seulement au collège d'HARcouRT, sera l'objet de plusieurs arrêts et ordonnances de réforme; mais il ne disparaîtra qu'au siècle suivant, quand les proviseurs prendront euxmêmes à leur charge la location des chambres et le payement des professeurs. Ils nommeront des principaux pour les aider dans la direction des pensionnaires, mais ils ne leur abandonneront plus cette direction; ils n'en feront que leurs délégués. Le proviseur, comme on le dira alors, sera et restera le principal-né du collège, malgré tous les efforts que tenteront plus tard les boursiers pour lui enlever ce titre, afin de réduire ses fonctions à un état purement honorifique. Nous verrons plus loin Jean Talpin signaler un autre abus.

S'il y eut alors des abus au collège d'HARcouRT, nous ne

1. Gallia Christ., t. XI, p. 68. — Girard, Annales d'Avranches, p. 65.

2. Bib. de la Sorb., U. 132, n° 6, p. 287, 292; n<> 4, p. 19, 20.

devons pas nous en étonner : le trouble causé dans les esprits par les querelles religieuses se faisait sentir jusque dans les maisons d'enseignement. Elles n'élaient plus aussi fréquentées ni aussi bien tenues qu'auparavant. Comme nous l'apprenons d'un document de l'époque cité par Quicherat', après une rixe qui eut lieu dans les derniers jours de décembre entre les catholiques de la paroisse Sainl-Médard et les protestants, la déroute se mit dans les collèges. Beaucoup d'élèves de la province s'enfuirent chez leurs parents, malgré la rigueur de la saison, car on était encore en hiver. L'émigration redoubla par l'effroi que jeta dans Paris Védit de tolérance rendu le 17 janvier 1562. L'autorité royale ayant reconnu le principe de la liberté de conscience, presque tout le monde crut qu'il n'y avait plus qu'à se barricader chez soi et à s'attendre aux plus grands malheurs. Comment la jeunesse n'aurait-elle pas partagé des terreurs qu'affichaient le peuple, le clergé et les grands corps de l'État? De vingt mille étudiants2 il n'en resta guère qu'un millier, dont quatre cents étaient calvinistes. Ceux-ci se gardaient bien d'appliquer à leurs adversaires la tolérance qu'ils réclamaient pour eux. De là les querelles et les violences entre les écoliers, qui échangeaient avec rage les termes injurieux de papiste et de huguenot, mis depuis peu à la mode. Le quartier latin voyait ainsi renaître les désordres d'autrefois. La guerre civile était imminente, l'affaire de Vassy allait l'allumer. Avant d'en voir les conséquences pour les écoles, rappelons les noms de plusieurs hommes distingués sortis à celte époque du collège d'HAacouiiT. Nous pouvons signaler, sous le provisorat de Nicolas Maillard : Louis d'Alençon, les Muldrac et Jean Talpin.

Louis d'Alençon fut, en 1552, régent, puis principal du collège (I'Harcourt, primarius Harcurianus, et c'est en cette qualité qu'il est cité comme Recteur de l'Université, pendant le trimestre du 10 octobre au 16 décembre 1561, selon l'usage

1. Dionysii Lambini Oratio, dans Quicherat, Hist. de Sainte- Barbe, t. II, p. 25.

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