Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. VI, p
2. Du Boalay, Hist. Univ. Paris., t. VI, p. 659, 954. — Grévier, Misu de rUniv., t. VI, p. 139. — Waddington, Ramus, p. 150-155.
Enfin Jean Talpin, dont nous avons parlé plus haut, à propos du cumul des boursiers, était du diocèse de Coutances, et, après avoir fait ses études au collège d'HARCotJRT, avait pris le grade de docteur en théologie dans l'Université de Paris. Il composa un livre remarquable intitulé : Y Institution du Prince chrestien, qu'il dédia à Charles IX, ainsi que le fait connaître YÊpitre au roi datée du collège d'HAitcouRT, le 25 septembre 1567.
Après avoir rappelé au roi quels sont les devoirs d'un bon prince envers ses sujets, il s'élève avec force contre l'abus commis parles étudiants riches ou pourvus de bénéfices, qui détenaient des bourses établies pour les écoliers pauvres. Puis il observe qu'il serait à souhaiter que « le roi et les pré- « lats fissent instruire et nourrir nombre d'enfants de bon « esprit », et il ajoute qu'il serait bon aussi que « le roy « commandast que les collèges dotés de revenus suffi sans < tant par ses ancestres roys que par autres riches et grands « seigneurs, fussent entretenus selon leur première instilu- « lion, c'est que les bourses qu'on appelle et revenus desdits « collèges ne soient plus baillez aux riches, mais seulement « aux pauvres, en faveur desquels ces dits collèges avoient été « fondez; et maintenant les riches avares par leur faveur et « crédit les déjettent de leur légitime droit et possession. « Mais, qui est bien pis, on trouvera une manifeste simonie • en plusieurs.... Et outre ce ils prennent ce qui est deu aux « vrais pauvres, qui est une espèce de larcin, voire plustost « de sacrilège1. • Ces protestations ne devaient pas avoir à cette époque plus de succès que les réformes proposées par Ramas, qui demandait de réduire le nombre des collèges et des régents, d'abréger le temps des études et d'en diminuer les frais, de faire payer les professeurs par l'État, de rétablir les écoles publiques de philosophie de la rue du Fouarre, laissant aux collèges les leçons de grammaire, de rhétorique et de logique; de mettre en honneur l'étude des artz mathé-
1. Talpin, Institution d'un Prince chrétien, p. 67, 68. V. aussi Bib. de la Sorb., U. 132, n° 6, p. 52.
ma tiques, qui sont, disait-il, le premier des arts libéraux. Puis il passait en revue l'enseignement donné de son temps dans les diverses facultés, le critiquait parfois sans mesure, et il indiquait les abus à corriger et les progrès que le droit, la médecine et la théologie devaient réaliser pour augmenter la gloire de l'Université de Paris. Sur bien des points Ramus avait touché juste, et la plupart de ses vœux seront accomplis dans la suite; on a même repris récemment son idée de changer l'orthographe de la langue française; mais en 1562 ses projets de réforme furent mal accueillis, et ils contribuèrent, avec ses attaques excessives contre la scolastique, qu'il ne comprenait pas, à indisposer des collègues que son caractère acerbe avait si profondément blessés, qu'on les accusera d'avoir participé à sa mort lors de la Saint-Barthélémy* .
Signalons encore la renaissance du théâtre dans les collèges à cette époque. On sait qu'Etienne Jodelle avait inauguré en 1553, au collège de Boncourt, les pièces classiques par la tragédie de CUopitre et la comédie d'Eugène ou la Rencontre. Il fut suivi dans cette voie; car nous trouvons, à la date du 21 décembre 1563, la représentation, au collège d'HARCouRT, de la tragédie d'Achille, composée par Nicolas Filleul, poète normand de Rouen, auteur de plusieurs pièces de théâtre dédiées à la reine, sans doute Elisabeth d'Autriche, femme de Charles IX*. Malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu retrouver cette tragédie.
En 1564, le proviseur Maillard mourait, et les boursiers du collège d'HARcouRT lui donnaient pour successeur Jean Alain (1564-1568). Nous avons vu que celui-ci avait joui de la confiance de son prédécesseur, qui non seulement l'avait choisi comme principal des Artiens, mais l'avait encore délégué pour administrer le collège à sa place, pendant qu'il assistait au concile de Trente.
Nos factums nous apprennent qu'il était originaire du dio-
1. Waddington, Ramus, p. 140 et suiv.— Compayrô, HisU critiq. des Doctrines d'Education, t. Ier, p. 139 et suiv.