Martin, Athenœ Normannorum, manuscrit à Caen
cèse de Rouen el ancien boursier du collège d'HARCoimT, où il demeura dix-neuf ans en cette qualité et y fut contemporain des sept boursiers que nous avons énumérés plus haut, à la date de 1535. Mous savons aussi qu'il avait le titre de docteur en théologie, et qu'il figura pour ce motif à la réunion des docteurs convoqués par le président de Thou au sujet de la thèse de Tanquerel. Les renseignements que nous avons pu recueillir sur son administration nous le montrent comme un proviseur modèle, résidant fidèlement au collège et veillant avec soin sur les intérêts de la maison. Pour témoigner luimême combien il lui était attaché et désirait assurer son avenir, il fonda plusieurs Obits sous son nom et légua au collège le fief de Raffouel, près de Gisors (Eure)4.
Nous avons encore trouvé aux Archives nationales, à la date du 9 mars 1568, sous le proviseur Alain, une pièce intitulée : Amortissement par Charles IX, roi de France, des fiefs de la Hâte et la Hédouimere, moyennant 10 éeus d'or acquîtes par les Messieurs du collège d'HARCotJRT, outre 200 livres payées, en 1522, portant exemption du ban et de F arrièreban1.
Nous avons vu que Jean Alain devint proviseur cTHarcourt en 1564. Or, à celle date marquée par la réforme du calendrier, qui fixait le commencement de Tannée civile au 1er janvier, au lieu du 25 mars, s'ouvrait un nouveau collège, qui allait devenir l'objet de longues luttes dans l'Université. Comme nous verrons bientôt des harcuriens prendre part à ces luttes, nous rappelons ici la fondation du collège de Clkrmont, établi par les Jésuites, dans la rue Saint-Jacques, derrière la Sorbonne, le 15 février 1564, sous le nom de Collegium Claromontanum Societalis Jesu* Bientôt, en effet, l'Université réclame, au nom de ses privilèges, contre cette fondation accomplie sans son autorisation, et intime Tordre
1. Bib. de la Sorb., U. 132, nM 2, 3, 4, 5, 6 et 7; U. 10, Réplique, p. 23, 28, 31, 32.
2. Arch. nat., S. 6443. On sait que Y amortissement était la permission accordée par le roi, moyennant une taxe, aux gens de mainmorte, de posséder des immeubles»
aux Jésuites de fermer leur collège. De là un procès retentissant devant le Parlement, plaidé avec éloquence et esprit par Etienne Pasquier, avocat de l'Université, et avec beaucoup d'habileté par Pierre de Versoris, avocat des Jésuites. L'avocat général Jean-Baptiste du Mesnil, d'un talent non moins remarquable que celui des précédents, porta la parole pour les gens du roi et se prononça en faveur de l'Université. Mais le président Christophe de Thou fit pencher la balance au profit des Jésuites, en maintenant le statu quo par.arrêt du 5 avril 1565, déclarant la cause appointée, c'est-à-dire en suspens. Aucune des deux parties n'était condamnée, la solution du procès était ajournée indéfiniment. Les Jésuites pouvaient continuer leurs lectures publiques au collège de Clermont jusqu'à nouvelle attaque de leur irréconciliable adversaire l'Université4. Les occasions ne manqueront point, surtout quand les luttes religieuses auront cessé d'ensanglanter la France.
En attendant, on se bat aux portes de Paris, en 1567, contre les protestants, qui ont cherché à s'emparer de la personne du roi. Vaincus à Saint-Dents, la cour leur accorde la paix de Longjumeau (1568). Mais la conséquence de cette seconde guerre civile se fait sentir parmi les écoles. L'Université ne se contente plus, comme en 1562, d'exiger une profession de foi des principaux et des régents, elle leur enjoint de faire une enquête sur les croyances des élèves de leurs collèges et « de déclarer ceux chez qui ils trouveraient des opinions contraires à la religion1 ». Le Parlement lui-même se mêle de la partie et ordonne des visites dans les maisons d'enseignement, par arrêt du 21 août 1568, pour en expulser les huguenots. Aussi la dépopulation de l'Université, qui avait commencé avec les premiers troubles, s'accroît tous les jours davantage, et elle ne cessera pas jusqu'à la fin de la guerre civile. Les écoles vont revoir les tristes jours de la guerre de Cent ans, c'està-dire le pillage, l'abandon et la ruine.
1. A. Douarche, L'Université de Paris et les Jésuites, ch. v.
2. Bib. de la Sorb., Arch. de l'Université* reg. 23, fol. 610, cité par Quicherat, Hist. de Sainte-Barbe, t. II, p. 32.
Le collège cTHarcourt ne sera pas l'un des moins éprouvés pendant celte période lamentable de notre histoire. Jean Alain meurt, au mois d'août 1568, dans sa chambre de proviseur, disent nos factums\ et ceux qui viendront après lui, n'imitant ni sa Gdélité à la résidence, ni la sagesse de sa conduite, compromettront l'existence de la maison par leur négligence ou leurs menées politiques.
C'est Olivier de Quittebeuf qui est élu pour lui succéder (1568-1581). Plusieurs listes de boursiers d'HARcouRT, que nous avons insérées plus haut, mentionnent son nom aux dates de 1546 et de 1552, parmi les contemporains d'Alain, de Huldrac et de Tanquerel ; elles le signalent aussi comme ayant gardé quinze ans sa bourse au collège, où il prit le grade de docteur en théologie. Il appartenait au diocèse d'ÉvREux et était sans doute originaire de la paroisse de Quittebœuf (Eure), où se trouvaient situés les biens dont les revenus avaient été affectés à l'entretien d'une prébende à Évrbdx. La Gallia Christiana mentionne, en effet, à la date de 1511, que le pape Alexandre TI permit à l'évêque d'ÉvRjeux, Raoul du Fou, de disposer des revenus du canonicat d'un Quittebeuf en faveur des enfants de chœur de la cathédrale1, Nous apprenons, d'autre part, qu'il fut chanoine d'ÉvREux et vicaire général de Claude de Sainctes, évêque de ce diocèse de 1575 à 1591. On sait que ce prélat, qui avait fait partie de la députation des théologiens envoyés au Colloque de Poissy, devint, dans la suite, un des plus farouches partisans delà Ligue. Il vendit, en 1581, l'hôtel des évêques d'EvREux situé au faubourg Saint-Antoine à Paris, pour soutenir les factieux. Henri IV l'assiégea à Louviers, où il s'était retiré, s'empara de sa personne et le lit juger à Caen. Il fut condamné à mort parce qu'on trouva dans ses papiers un écrit qui approuvait le meurtre de Henri III et affirmait qu'il était licite de tuer le roi de Navarre. Henri IV commua sa peine en une prison
1. Bib. de la Sorb., U. 132, n° 4, p. 21, et aussi Registre des Prieurs, Arch. nat., M. M. 451.