‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 148 sur 355 · Bib. de la Sorb., n° 4, p · texte numérisé non relu

Bib. de la Sorb., n° 4, p

Christian on, curé de Saint-Innocent, en 1591. Enfin un dernier fait, qui éclaire la situation du collège au même temps, c'est la restitution des biens du collège d'HARcouitT, en 1595, qui avaient été confisqués par le roi comme bien de rebelles, c'est-à-dire de ligueurs. Nous avons retrouvé aux Archives nationales les actes de mainlevée du fisc sur ces biens par lettres patentes du roi, et nous en donnons la copie dans nos documents annexes. C'est au prieur du collège, Thomas Lamy, distinct du proviseur de ce nom dont nous avons parlé plus haut, au principal Denys Guillot et aux boursiers que ces lettres patentes sont adressées, ce qui prouve encore l'absence du proviseur de la Bigne.

A la mort du proviseur Marguerin de la Bigne, le ligueur Raoul Nepveufut élu pour lui succéder (1597-1598): Déjà auparavant la Ligue avait eu au collège d'HARCouRT un de ses plus fougueux représentants, en la personne de Georges Critton, qui y professait les humanités, en 1583.

Critton était un Écossais, né en 1555, qui vint de bonne heure étudier à Paris. Il arriva de son pays sans ressources, n'ayant sur sa mute pour nourriture que les fruits ou les épis de blé qu'il pouvait cueillir, et pour abri que la chaumière ou rétable qui lui servait de refuge. Il trouva moyen de se faire admettre comme boursier au collège de Boncourt où il commença sa théologie, puis il apprit le droit et alla l'enseigner à Toulouse. Il en revint, en 1582, prit le grade de docteur en droit et entra dans le barreau. Voyant qu'il ne réussirait pas à s'y faire une place avantageuse, il se tourna du côté de l'enseignement et obtint une chaire au collège d'HARcourt, en 1583, par In protection de son compatriote Jean Hamilton qui devint Recteur de l'Université, en 1584 '. Nous avons encore la harangue que Critton prononça en prenant possession de sa chaire de régent. Il observe, en commençant, que l'Université est fort dépeuplée, auditorum in Academia est par cita s, puis il rappelle qu'il doit à Jean

1. Goujet, Mémoire sur le Collège royal. — Niceron, Mémoires. t. XXX VII, p. 346.

Hamilton la position qu'il occupe, et, se comparant aux compagnons d'Ulysse qui oubliaient leur patrie chez les Lotophagcs, il déclare qu'il se trouvait si bien à Paris qu'il perdait le souvenir de son pays, surtout depuis qu'il lui était permis de s'adonner à l'enseignement de la jeunesse. Au lieu de l'aridité du droit qu'il avait appris et professé à Toulouse, il a le bonheur de s'entretenir avec Cicéron, Térence, César et Salluste, dici non potest quanta perfundebar voluptale, cum Cicérone, Terentio, Cacsare, Sallustio colloquens. 11 ressemble au navigateur qui entre au port après un long voyage, où il a été en proie au mal de mer, aux assauts des vents et aux violences de l'hiver; enfin il va se délasser dans les agréables jardins des humanités et en savourer les fruits délicieux. Il fait l'éloge de l'étude des lettres et des hommes distingués qui les enseignent, parce qu'elles sont la base des autres sciences, en particulier de la science du droit, suivant l'axiome qui dit : nemo bonus legista, nisi prius bonus humanista. Il célèbre les noms de plusieurs professeurs remarquables, et parmi eux figurent ceux de Bossulus qui fut principal du collège d'HàRcounT sous Harguerin de la Bigne, et de l'Uarcurien Jean Deniset, dont nous avons parlé plus haut, qui devint Recteur de l'Université, en 1574. Il termine naturellement en glorifiant le collège d'HARcouRT dont la réputation est si bien établie, dit-il, qu'il ne s'agit plus de l'augmenter mais de la conserver, tanta Harcuriani nominis fama concitata, ut non tam Mi de parta existimatione augenda quam de eadem conservanda. Comme témoignage de cette réputation, il rappelle que c'est de préférence au collège d'HARcouRT que le roi Henri III avait choisi un précepteur pour son neveu4. Il s'agit de Jean de Rouen, qui fut professeur de rhétorique au collège d'HARcouRT, précepteur du duc d'Àngoulême, un fils naturel de Charles IX, et Recteur de l'Université en 1575. Son biographe nous dit qu'il fit pendant trois ans la classe à quatre cents élèves au collège d'IÛRcouRT, car

1. Georgii Crittonii Oratio Luteciœ habita in Collegio Harcuriano.

on n'estimait pas savoir la rhétorique si on n'avait pas suivi ses leçons1.

Critton professa ensuite aux collèges de Boncourt et de Lisieux, puis son dévouement à la cause de la Ligue le Gt nommer par le duc de Mayenne professeur de langue grecque au Collège royal, en 1595. Aussi quand il fut question de la réforme de l'Université, sous Henri IV, il se signala par son opposition à ce projet. Il voulait que l'on conservât les Minervalia, qui se célébraient encore dans les collèges à la fin du xvi" siècle, comme au temps de Louis XI. Pendant plusieurs jours, au commencement de chaque semestre, sous prétexte de payer à leurs maîtres la rétribution convenue, les écoliers désertaient les classes et se livraient à des festins et à des débauches qui étaient une source de désordres, dont les suites ne manquaient pas d'être fâcheuses. Ces Minervales étaient, dit un écrivain du temps, de vraies bacchanales, bacchanalia cum minervalibus commisceantur*. Les maîtres se mêlaient à leurs élèves et par leurs exemples encourageaient leurs excès. Ils mettaient, comme on dit, la main à la pâte, en préparant eux-mêmes les banquets, se transformant en boulangers, bouchers, cuisiniers, échansons, faisant fonction de plats valets, doctores classicos esse pistores, listas, lanciones, pincernas; quid dicam? Servos omnium abjectissimos, et banquetant avec accompagnement de chants, de guitares, de flûtes et de tambours. On conçoit que les réformateurs de l'Université fussent décidés à supprimer de telles réjouissances. Critton cependant s'y opposa et sa résistance fut telle que le Parlement dut intervenir pour faire cesser la querelle qu'il souleva contre le censeur Richer, au sujet des réformes projetées. 11 ne fut pas plus heureux dans les thèses qu'il présenta pour se faire agréger à la faculté de droit, en 1607. Il finit cependant par y être admis, en 1609, et il mourut, en 1611, à l'âge de cinquante-six ans, ne laissant après lui que des harangues et des poésies latines composées pour diverses circonstances.

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