LE COLLÈGE D'HARCOURT AD XVIP SIÈCLE
(Quatrième siècle harcurien.)
La réforme de l'Université à la fin du XVIe siècle. — Les proviseurs Turgot et Padet rendent an collège d'Harcourt son ancienne prospérité. — Établissement de la communauté des pensionnaires. — Luttes contre les Jésuites. — Une tenta-
' tive de sécularisation de l'enseignement. — Les solennités harcuriennes. — Le panégyrique du roi Louis XIII au collège
• d'Harcourt. — L'organisation du collège. — Provisorat de M* Fortin. — Querelles avec les boursiers; un coup d'état scolaire. — Une révocation de principal. — Constructions nouvelles. — Les revenus du collège. — Le gallicanisme au collège d'Harcourt. — Provisorat de M° Jean Le François. — La déclaration de 1682 et le Cartésianisme. — Acquisitions nouvelles. — La comptabilité et l'aspect du collège. — Visites de personnages illustres; élèves remarquables; les compli-
. monts de des Authieux; discours de rentrée des classes. — Le. théâtre au collège d'Harcourt. Tragédies de Boéce, Romulus, Sédécias.
Nous avons laissé le collège cTHarcourt au moment où, à la fin du xvie siècle, il élait remis entre les mains du proviseur Georges Turgot, en 1599, après la déposition du ligueur Raoul Nepveu. Avant de suivre ses destinées sous cette nouvelle direction, nous devons dire un mol de la réforme que Heuri IV entreprit alors dans l'Université. Comme l'a dit un historien de l'enseignement, « le nouveau roi de
* France, sans être un érudit, n'était pas étranger à toute « culture; il avait été nourri aux lettres grecques dès son en- « fance; il n'ignorait pas surtout que le plus solide appui « d'un gouvernement qui se fonde repose sur l'instruction1 ».; Aussi, raconte de Thou, « dès que Paris fut rentré dans « l'obéissance du roi, ce prince, après avoir rétabli le bon « ordre dans cette capitale et fait revenir le Parlement, avait « songé à réformer l'Université, dont la discipline avait beau-
1. H. Lantoine, Hist. de V Enseignement secondaire, p. 5. - <
« coup souffert pendant les guerres civiles; il chargea de ce a soin Renaud de Beaune , archevêque de Bourges, grand-
* aumônier de France, aussi recommandable par sa science « que par son expérience consommée; et dès lors, de concert « avec quelques autres commissaires nommés par Sa Majesté, « ce prélat travailla avec zèle k cette réforme. Ils consultèrent « pour cela les doyens et les principaux aux Arts, en Méde-
• ci ne, en Droit et en Théologie, et surtout le Recteur. Ce fut « de leur avis, qu'après avoir reconnu par la lecture l'examen « des lois et statuts donnés, cent cinquante ans auparavant, « sous Charles VII, par le cardinal d'Estouteville pour la « réforme de la même Université, qu'il était important, pour « le progrès des sciences, d'y faire quelques additions, expli- « calions et changements, on dressa de nouvelles lois, de « nouveaux statuts, qui, en vertu de lettres patentes de Sa « Majesté furent homologués au Parlement le 3 septembre » 1598. La Cour commit en même temps le président de « Thou, Lazare Coqueley et Edouard Holé, conseillers, « pour procéder à l'exécution1 ». On dit. aussi que les doyens des Facultés, les procureurs des Nations, les proviseurs et principaux des collèges furent consultés au sujet de celte réforme, élaborée pendant trois ans, c'est-à-dire à partir de 1595. Par conséquent, le proviseur Turgot et son principal Padet durent être appelés à donner leur avis dans les projets qui furent discutés devant les commissaires royaux. C'est bien, en effet, du pouvoir civil qu'émane celle entreprise de réformation. Jusque-là l'autorité pontificale ou ecclésiastique en avait pris l'initiative et conservé la direction; mais cette fois elle n'apparaît point, elle chef de l'État seul intervient. Toutefois les droits de l'Église furent respectés, parce que l'on n'osa pas faire, la réforme aussi radicale qu'elle était proposée par cerlains auteurs, qui voulaient réduire à huit les cinquante-huit collèges ou écoles de l'Université de Paris * . Les
1. De Thon, Hist. univ., lit. CXXIII, p. 419, Éd. de Londres.
2. V. le curieux Mémoire de ftf. l'abbé Rance sur La Réforme de l'Université de Paris sous Henri IV.
cinquante collèges mis ainsi à l'écart, et celui (THarcocrt était du nombre, devaient servir à loger et à nourrir les petits boursiers qui suivraient les leçons des grands collèges afïcctés au plein exercice, parce quïls étaient plus vastes et mieux situés. Mais on renonça à ce partage parce qu'on craignit d'agir contre les intentions des fondateurs de ces maisons, dues, pour la plupart, à des personnages ecclésiastiques et conGrmées par des bulles du Saint-Siège. Il importait alors de ne pas s'aliéner ce dernier, comme le dit l'auteur d'un projet de réforme1, attendu que • nous n'estions pas encore en bon mesnage avec le Saint-Père, » car l'absolution du roi ne fut prononcée qu'à la fin de 1595.
La réforme porte sur toutes les Facultés ; mais nous n'avons à nous occuper que de ce qui concerne l'organisation des collèges.
Elles recommande d'abord aux chefs des maisons d'enseignement de choisir des maîtres estimables par leur science, leurs mœurs et leur zèle pour l'instruction de la jeunesse. Ils devront encore veiller à ce que leurs élèves remplissent leurs devoirs religieux envers Dieu et leurs devoirs sociaux envers le roi et les magistrats.
Au point de vue de la discipline, les nouveaux statuts prescrivent aux maîtres une fermeté aussi éloignée des pratiques brutales des anciens temps, remarque H. Lantoine , que d'une indulgence excessive; et aux élèves le respect et la soumission envers leurs maîtres. Ces mesures plus douces étaient sans doute inspirées par les protestations de Rabelais et d'Érasme contre l'abus de la fustigation3.
Le latin est toujours la langue classique par excellence; les écoliers ne doivent pas parler français, et un surveillant est chargé de dénoncer au chef de la maison ceux qui manqueraient à cette obligation, pour qu'ils soient punis. Les auteurs suivis dans les classes sont les mêmes que nous avons déjà
1. De V Estât de V Université et des moyens de la régler, cité par M. Rance.