‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 161 sur 355 · Bib. nat.f Factum de Jacques de TŒuvre · texte numérisé non relu

Bib. nat.f Factum de Jacques de TŒuvre

3. Ce collège dépendait de la Sorbonne et avait été fondé par Robert de Sorbon : aussi l'appelait-on la Petite Sorbonne. Il disparut

ment qu'il est nommé, en 1634, Recteur de (Université et désigné, en 1643, pour être le précepteur du jeune roi Louis XIV. Par une exception ami rare qu'honorable, il resta deux années entières en possession de la dignité de Recteur et en profita pour dresser l'inventaire des litres de l'Université. Mais ce qui lui valut surtout l'estime et la sympathie de ses collègues, ce fut l'ardeur et le succès avec lesquels il poursuivit la campagne entreprise par l'Université contre les Jésuites. Enfin, en 1648, il obtint la chaire de grec au Collège royal. Son nom est resté attaché à duux grandes œuvres de l'époque : la Bible polyglotte de Guy Michel le Jay, dont il revit le texte grec, et son édition grecque-latine des Œuvres de saint Cyrille d'Alexandrie, en sept volumes in-folio. Il mourut chanoine de Laon, en 1650 *.

Parmi les régents d'HARCouRT, que nous avons mentionnés plus haut, nous trouvons encore trois professeurs du Collège royal : Nicolas Bourbon, Pierre Valons et Jean Tarin.

Nicolas Bourbon, né en 1574, à Vandœcvre (Aube), était le fils d'un médecin, et petit-neveu d'un latiniste distingué du même nom. Il vint de bonne heure étudier à Paris sous la direction de Jean Passerat, que l'on regarde comme un des auteurs de la Satyre Ménippée. Il enseigna la rhétorique en plusieurs collèges et en particulier au collège d'HAitcooRT, où il fut appelé par le proviseur Turgot. 11 succéda à Georges Critton au Collège royal, en 1611, et donna sa démission en 1619, pour entrer dans la congrégation de l'Oratoire. Nous le voyons ensuite chanoine de Langues, puis membre de l'Académie française, en 1637, où il Tut, dit-on, préféré à Pierre Corneille. Il a laissé des harangues et des poésies latines remarquables. Une de ces poésies dirigée contre le Parlement,

pour faire place aux nouveaux bâtiments de la Sorbonnb, élerèa par Richelieu. L'église actuelle de la Sorbonne occupe en grande partie remplacement de l'aucian eoUéga dt Qalvi. (Grévier, £tft. <U ÏUnio., t. I, p. 500.)

1. Gevjat, Mémoire sur U Collège royal» <™ P. Ckapotia, Misu de Lomman+Bmm*** ~, Bib, <fe U &erb„ U. 13* s* & *» $> % ***tm-

<fu snje* àe la réforme du Lendit, était si mordante qu'ette loi valut quelques jours de prison. On raconte qu'il avait une mémoire prodigieuse et qu'il savait par cœurYMsUrire universelle de Jacques de Thon. L'auteur du Menagiana rapporte qu'il souffrait d'une insomnie presque continuelle; c'est ce qui donna lieu à cette épitaphe :

Perrigilis tandem laxatus caroere vita»,

Borbonius campoa oessit ad Elysios.

Dlic populea stertit securus in umbra,

Posthabitis vatum lusibus atque jocis.

Vos, Orpheu, Musaaque, nro ne rumpite somnum,

Hune oculi8 nunquam Tiderat ante suis1.

Cest à Pierre Talens que N. Bourbon transmit sa chaire du Collège royal, en 1619. Valons était Hollandais, né à Groningor, en 1561. Attiré à Paris par la renommée de l'Université, il y vint terminer ses études et s'y trouva si bien qu'il se fit naturaliser Français. 11 professa en plusieurs collèges et notamment à Harcouet avant d'entrer au Collège royal. On a de lui un grand nombre de discours et de pièces de vers latins consacrés à célébrer les événements glorieux de l'époque, comme l'entrée de Henri IV à Paris et la prise de la Rochelle. Si ses harangues latines sont oubliées aujourd'hui, elles eurent cependant au xvue siècle leur heure de succès, car c'est à une de ces harangues adressée au chancelier d'Aligre pour le féliciter, en 1625, sur son élévation à cette dignité, que Ton dut alors l'achèvement des constructions du Collège royal. Le latin était encore bon à quelque chose en ce temps-là1.

Jean Tarin, originaire de l'Anjou, est né à Beadfort, en 1590. Il commença ses études chez les Jésuites du collège de la Flèche et montra de si heureuses dispositions que les Pères firent tous leurs efforts pour l'attacher à leur compagnie. 11 les quitta pour venir prendre ses grades à l'Université de

1. V. Goujat, Mémoire sur le Collège royal. — Nicôron, Mémoire pour servir à VBist. des Hommes illustres, t» XXVI.

fc V. flkmfet, Mémoire jwr le Collège royal. -~ Niiéron, i. XXXVI.

Paris. Il aurait été alors précepteur du jeune François de Thou qui 0ut une fin si tragique, puis professeur de rhétorique au collège cTHarcourt, ce qui s'accorde avec ce que nous disions plus haut de la présence des trois frères de Thou parmi les pensionnaires de celte maison au temps du proviseur Turgot. Tarin devint même principal du collège et, en 1626, nous le voyons Recteur de l'Université. H la soutint dans ses luttes contre les Jésuites et empêcha l'extension de leur collège de Clermont. Il fut moins heureux quand il voulut soumettre à sa juridiction le Collège royal, qui ne dépendait que du roi et du grand aumônier de France. Ses prétentions furent repoussées, ce qui ne l'empêcha pas d'être nommé professeur royal, en 1656. Les biographes de l'époque, ne tarissent pas en éloges sur le caractère aimable et le savoir profond de Tarin. « Plût à Dieu, dit Gui Patin, que « je susse autant de grec et de latin qu'en savait J. Tarin I « Il savait tout, il était vraiment panepistemon, aussi bien «. qu'Ange Politien ; c'est un abîme de science et un des sa- « vants du monde; je n'ai jamais vu un tel prodige1. » J. Tarin a laissé sur les Pères de l'Église grecque des travaux estimés, notamment sur Origène. On a aussi de lui des discours et des poésies de circonstance dans lesquels il célèbre les personnages et les événements de son temps. Dans le Miscellanea Menagiana on le proclame le roi de la grammaire. Ses qualités et ses talents furent signalés au roi Louis XIII, qui voulait en faire un évêque. Mais Tarin était modeste et ne se croyait pas appelé à l'état ecclésiastique. Il remercia le roi de ses offres et contracta mariage. Trai modèle des universitaires de l'époque, il vivait simplement, travaillait beaucoup et se montra toujours dévoué pour ses amis et ses proches. Il mourut dans sa quatre-vingtième année, en 1661 *. ' Nous ne parlons pas ici de Quintaine, ni de Padet, parce que nous les retrouverons plus loin.

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