‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 164 sur 355 · A. Douarche, L' Université et les Jésuites, ch. jun · texte numérisé non relu

A. Douarche, L' Université et les Jésuites, ch. jun

toqjours été délaissée aux religieux, chacune selon leur ordre, les Universités supplient Sa Majesté de faire défense à tous les religieux, de quelque régie, profession et ordre que ce soit, et en dérogeant à tous rescrits, bulles et concessions que Ton pourrait alléguer à ce contraire, de s'ingérer désormais, ni entremettre directement ou indirectement, sous quelque couleur que ce soit, en l'instruction publique

ou privée d'aucuns enfants de condition séculière et

faire défenses à tous les sujets, de quelque qualité qu'ils soient, ayant enfants non religieux, de les envoyer instruire aux maisons et collèges de quelque ordre que ce soit, hors le royaume, sous telles peines qu'il plaira h Sa Majesté d'ordonner ».

Targot s'élevait aussi contre les doctrines qui avaient eu cours au temps de la Ligue sur les droits du pape h l'égard des couronnes, et il demandait au roi de soumettre « tous bénéficiera, officiers et suppôts des Universités, généraux et provinciaux, gardiens, recteurs, préfets, prieurs des ordres mendiants et non mendiants et en général tous supérieurs de couvents, collèges et congrégations, séculiers ou réguliers, à un serment de fidélité déclarant qu'ils protestent que pour le temporel le roi est souverain en son État et ne peut être dépossédé ni ses sujets absous ou dispensés de l'obéissance qu'ils lui doivent ainsi que le publient et le veulent faire croire les auteurs de pernicieux écrits. » Il faisait sans doute allusion aux ouvrages des Jésuites Hariana et Bellarmin, qui avaient été condamnés par le Parlement.

Hais les propositions de Turgot ne furent pas acceptées par toutes les compagnies de l'Université. Les Etats généraux n'étaient pas moins divisés sur ces questions, car, tandis que le Tiers Étal était favorable à l'indépendance du pouvoir temporel des rois à l'égard du Saint-Siège, le Clergé et la Noblesse prétendaient réserver au pape le droit de déposer les princes, en cas d'hérésie. Les divergences ne furent pas moindres au sujet du rétablissement des Jésuites. Malgré toutes les attaques dirigées contre eux, «ils triomphèrent : on

avait affaire à trop forte partie. Cest en vain que le proviseur Turgot et le recteur Dossier, régent de théologie au collège d'IlARcouRT, à la tête d'une députation universitaire, vont trouver, en 1618, les ministres et le Roi lui-même pour empêcher l'ouverture des classes au collège <de Clermont : Tédit que les Pères avaient sollicité en leur faveur est signé par Louis XIII, et les leçons publiques sont rétablies dans leur ancien collège. M* Turgot se consola de cette déception en se consacrant jusqu'à la fin à la réorganisation de la maison des d'HARcouRT, à laquelle il laissa par son testament son argenterie, son linge, sa vaisselle et ses livres. Collegio legavit D. Turgot, nuper provisor, utpote lances, discos, orbes, vasa, lebetes, variaque ejusmodi instrumenta non pauca tum stannea cum aenea, atque etiam ferrea in commodum et utilitatem aulae communis, dit un compte de 1621 4.

G. Turgot se serait aussi consolé en raillant ses adversaires. Nous trouvons, en effet, sous son nom, parmi les manuscrits de la Bibliothèque nationale un recueil d'anecdotes, de bons mots, et de chansons, sorte de Turgotiana, dajos lequel figure une complainte latine sur les Jésuites, portant le litre de Jesuito-graphia. Cette pièce curieuse se compose de cent couplets et aurait eu pour premier auteur un certain Viallard, mais on ajoute qu'elle a été ensuite augmentée et commentée. Sa présence dans le recueil en question semble indiquer que Turgot ne fut pas étranger à ces additions. En tout cas, elle prouve que les plaisanteries dont on a souvent gratifié la Compagnie de Jésus ne sont pas nouvelles. On en trouvera un spécimen dans nos Documents annexes.

G. Turgot eut pour successeur Pierre Padet (1621-1665), dont nous avons retrouvé le portrait à la bibliothèque Mazarine*. Il est aussi dans la collection des estampes de la Bibliothèque nationale. Nous en donnons la reproduction après

Page 1