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conformer, dit-il, aux lois de l'Université, qui exclut de ses théâtres les personnages de femme. ■ Comme on avait critiqué son œuvre, il répondit que sans doute son censeur lui Tait un crime ■ d'avoir choisi une pièce sainte remplie des vérités de l'Évangile, au lieu d'une misérable comédie où toutes les bienséances seraient négligées -. Il aime mieux, d'ailleurs, avoir Tait usage d'une bonne pièce que d'en avoir composé une médiocre. Tel est l'objet du prologue en vers latins. Parmi les acteurs ligure un de la Martelière, descendant du célèbre avocat Pierre de la Martelière, qui plaida contre les Jésuites en 1611, au nom de l'Université, pour leur interdire renseignement. On y trouve aussi le nom des deux Portail de Vaadreuil, qui nul les fils d'un conseiller du Parlement qui avait obtenu de l'Université l'exploitation des messageries entre le Roule et Saint-Ouen, moyennant -iO livres de redevances annuelles (1721). Cilons encore le nom d'Armand Douté, qui pourrait bien être le fils du doyen de la faculté de médecine à cette époque.
Eu 1717, G. Dagoumer établissait au collège d'rhiicoiiiT la messe du Saint- Esprit pour la rentrée des classes, comme cela se pratique encore aujourd'hui dans l'Université. Le règlement du collège entre, a ce sujet, dans certains détails que l'on trouvera plus loin1.
Celte même année 1717, le 23 lévrier, la Nation de Normandie dépulait son procureur Régnault et quelques-uns de ses membres, pour complimenter le nouveau procureur général au Parlement, Joly de Fleury, qui venait de succéder a d'Aguesseau, appelé à la dignité de cliancelier. Joly de Fleury, el c'est à ce litre que nous Le mentionnons ici, avait été un des meilleurs élèves d'ilAHCouRT, où il étudia pour entrer dans les ordres, et joua avec succès la comédie en 1G82 et IG85. Il se destina ensuite à la magistrature, dans laquelle sa famille comptait d'illustres représentants3. Régnault lui
1. V. su* Documents annexes le teite Je ce règlement, au. Arch. nat. M. 134, M. M. «0.
2. A. Molinier, Inventaire 'te la Collection Joly de Finir!/.
fc
rappelle son passage au collège d'HARCorjRT, en lui adressant les félicitations de sa compagnie.
■ Monseigneur, lui dit-il, la Nation de Normandie vient témoi-
i gner à Voire Grandeur la pari qu'elle prend à la joie du pu-
i biic. Plusieurs de ceux qui la composent oui eu l'honneur de
<■ vous voir autrefois, dans l'un de nos plus fameux collège»,
i cultiver avec soin et avec un progrès surprenant les rares
« talents que vous avez reçus du Ciel, et que le prince qui nous
■ gouverne vous engage à consacrer au bien de l'Étal. Ils no n cloutèrent point dès lors de la puissante protection que trouve-
• raient en vous les personnes de loar profession, lorsque voire
■ mérite vous aurait élevé aui premières places de la magislra-
■ ture. C'est cette qualité de notre protecteur que nous venons
• particulièrement reconnaître et respecter en Votre Grandeur. « Puisse le Seigneurmultiplier des jours qui nous sont si pré-
• cieuietà tout le royaume I Monseigneur, ce sont là nos vœux! »
Le procureur général remercia Régnault et l'assura qu'il prouverait par ses actes qu'il aimait l'Université et surtout la Nation de Normandie. Il déclara qu'il voyait avec joie devant lui plusieurs professeurs célèbres, dont il avait suivi autrefois les leçons au collège J'Harcourt, et il adressa en particulier un mot aimable aux professeurs des Authieux, Fortin de Quédeville et Le Hélorel, qui faisaient partie de la députation ' .
En 1723, à la distribution des prix du 21 août, fut jouée la tragédie d'Absalon, avec intermèdes en musique. Cette pièce avail pour auteur Duché, de l'Académie des Inscriptions. Elle se compose de cinq actes, qui se passent sous la tente de David. Le vieux roi de Juda cherche vainement à ramener au devoir son (ils rebelle et ne peut le dissuader de courir à sa perte. Presque tous les acteurs sont de Paris, et parmi leurs noms se distingue celui de François de Pardailhan de Gondrin, fils ou parent du fameux Pardailhan de Gondrin, duc d Antin, qui était issu des Montespan. La même tragédie avait été jouée, en 1719, au collège de Mantes. L'intermède musical se compose de cinq strophes
si
it décréta Nal. Norman., t. I. p. 295 t>
d'une poésie peu remarquable. On peut en juger par ce
Celui qui met en Dieu toute »s confiance
Goûte une heureuse liberté, Ses désira sont contents, son espoir est immente, Il ne voit point de borne à sa félicite.
Ailleurs on dirait une allusion aux événements de 1723, alors que le régent était mort, faisant pince au duc de Bourbon, qui eut à lutter contre l'opinion et l'émeute à Paris :
Grand Dieu fais avorter
Les projets d'un lâche ministre, D'un roi selon ton cœur on attaque les jours, Combats contre tous eeui qui lui livrent la guerre. Fais entendre pour lui la voii de ton tonnerre.
Hâte-toi, vole à son secours, De ses humbles soupirs exauce la prière, Dissipe devant lui ses sujets insolents,
Et qu'ils soient comme la poussière Dont se joue i son gré le caprice des vents'.
Outre les élèves dont les noms viennent d'être signalés à l'occasion des visites importantes ou des tragédies que nous avons rappelées, nous devons encore mentionner le nom de Berrier, qui Taisait alors ses éludes au collège d'HancoiiRT. C'était un nom déjà connu dans la magistrature. Plus tard le jeune élève, devenu garde des sceaux, recevait le 2 décembre 1761, une députalion de l'Université qui venait le complimenter de son élévation. Aux félicitations que lui adressait le Recteur Fourneau, il répondit qu'il n'oublierait jamais qu'il avait été élève de l'Université, et, dans la conversation qui s'engagea ensuite, Robert de la Rue, procureur de la Nation de Normandie, lui rappela qu'il l'avait connu pensionnaire au collège d'HaacouitT sous le proviseur G. Dagoumer, alors que lui-même était procureur de la maison1.
Les poètes se donnent toujours carrière au collège d'IUa-
court. Le professeur de rhétorique Alexis Vallée célèbre, en 1726, comme on le fait dans toutes les autres maisons d'éducation, le mariage de Louis XT avec Marie Leczinaka :
Un peu plus tard, en 172V, il chante la naissance du dauphin Louis, qui Tut le père de Louis XVI :
Toile, Gai lia, verticem auperbum Tandem mille tihi petits TOtis Regum progenies sdest....
Comme à un autre Pollion, le poète prédit au jeune prince des jours heureux et un règne pacifique pendant lequel les épées se changeront en socs de charrue :
Per (e certa quies, honos, aalusijue Stsat perpétue throno per s vu m.
Quin Europa potena, acerliiorum BcllO prOIÎma funemni feraei
Mutabit gladioa truces aratris,
Ergo noster amor, dcciis galusquo, Princepa, vive diu, tuîsque longs PrœBteS gaudi» ciïibllB preesmur.
Hais les vœux du poète ne furent pas exaucés : le dauphin mourut, en 1765, sans avoir régné1.
Alexis Vallée, du diocèse de Rouen, né en 1655, avait d'abord étudié à Sàwte-Barbe ; puis il professa les humanités au collège Mazabin, d'où il fut appelé à la chaire de rhétorique du collège d'HARCoDHT par le proviseur Dagoumer. Il occupa cette place pendant trente-quatre ans avec un zèle infatigable. Son opposition a la bulle Unigenitiu lui attira plusieurs disgrâces, même l'exil, qu'il supporta sans se plaindre. 11 mourut à l'âge de 81 ans, en 1739*.
Mentionnons également les noms de deux professeurs d'humanités du collège d'HARcouKT, Jean François Viel et Thomas Viel. Ce dernier fut greffier de l'Université au temps du syndic Pourchot. Nicolas Joseph David, de Bayeux, auteur d'une Réfutation du système d'un philosophe Cartésien, fui aussi un élève du collège d'ilARcouRT de 1715 à 1720. Il devint professeur au collège de Ljsieux et mourut doyen de la Nation de Normandie, à l'âge de 83 ans4.
Signalons encore, à l'honneur de M' Dagoumer, l'établissement, à Harcourt, de conférences d'hébreu pour les étudiants en théologie. Elles furent confiées au professeur Fourmont, ce qui était, pour l'époque, un acte aussi courageux qu'intelligent : car l'enseignement de l'hébreu n'était pas accueilli partout avec la même faveur. Fourmont avait été chassé du collège des Trente-Trois1, parce qu'il cultivait la langue hébraïque et s'efforçait d'en inspirer le goût à ses compagnons3.
Mais, si on combattait les Jésuites, on cherchait à leur emprunter leurs procédés d'enseignement. C'est ainsi qu'à cette époque on agita dans l'Université la question de l'instruction gratuite, qu'ils avaient établie chez eux, et qui donnait d'excellents résultats au collège des Quatre- Nation s, où elle existait également. Ce fut l'objet des efforts du Recteur Demontempuys (1716), qui voulait aussi diminuer le nombre des anciens collèges établis dans le quartier latin et en ouvrir plusieurs sur la rive droite. Dans ce projet, le collège d Harcourt était un de ceux que l'on devait conserver. Le Recteur comptait sur le produit des messageries pour payer les régents, afin de les aflranchir de la dépendance des familles pour leurs honoraires. C'est ce qui fut établi en 1719 avec le concours du duc d'Orléans, et cette heureuse réforme causa une telle