V. aux Documents annexes
un élève d'ilARcouRT, Anloine Marin Lemierre, qui remporta plusieurs prix de poésie à l'Académie française et y entra en 1781. Ses succès au collège lui valurent, en sortant, d'être attaché, comme secrétaire, à la personne du fermier général Dupin. Il l'accompagnait, en 1745, dans un voyage en Allemagne quand il lui arriva une aventure où il faillit mourir de peur. Il avait fallu s'arrêter en route dans un hôtel tellement rempli de monde, à cause d'une foire qui se tenait dans la localité, que le fermier général eut grand' peine à obtenir une chambre pour lui, et que son secrétaire dut se résigner à passer la nuit sur une chaise dans un coin de la cuisine. Minuit venait de sonner, il n'avait pas encore fermé l'œil, quand une servante s'approcha de lui et moyennant Gnances offrit de lui trouver un lit. Lemierre accepta et suivit la servante au fond du jardin jusqu'à un pavillon, dont elle lui ouvrit la porte. La chambre sentait bien un peu le moisi; mais, à la guerre comme à la guerre, notre poète avait sommeil, un lit se dressait devant lui, il s'en contenterait. La servante le quitte et ferme la porte à clef, avant qu'il ait eu le temps de s'y opposer. Mais il avait une manie, celle de refaire son lit avant de se coucher. En passant sa main sous les matelas, il. rencontre dans la ruelle un objet froid et rigide, il prend le chandelier pour s'en rendre compte et recule épouvanté : c'était ,un cadavre. Le chandelier lui avait échappé des mains, il se trouva dans l'obscurité, et ce fut en vain qu'il secoua la porte, appela, cria : il ne put sortir; force lui fut d'attendre le jour dans cet horrible tète -à -tête, et quand, au matin, la servante vint lui ouvrir, elle se sauva effrayée en voyant le visage livide et convulsé du jeune homme. A ses cris, Dupin accourt, et le voit en proie au délire et à la ûèvre. Il demande des explications; on lui apprend qu'un peintre était mort la veille à l'hôtel, et qu'on avait déposé son cadavre dans le pavillon du jardin, pour ne pas incommoder les voyageurs. Lemierre fut malade deux mois, et cette nuit tragique avait blanchi ses cheveux et flétri ses traits, au point que ses amis ne le reconnaissaient plus.
Enfin, ce qui prouve qu'il y avait toujours des représenta-
lions dramatiques à Harcoort, c'est la quittance d'une location de chaises, moyennant 42 livres, pour une tragédie jouée en ce collège, à l'occasion de la Distribution des Prix, le 19 août 1750.
Depuis longtemps nous n'avons pas rencontré de fondation au collège cTHarcocrt. En voici une, que nous avons retrouvée, et que nous mentionnons ici.
Un ancien pensionnaire cTHarcocrt, Le Sauvage, professeur de philosophie au collège de Montaigu, venait alors en aide à la maison qui l'avait élevé. Il lui léguait par son testament, en 1739, une maison située rue Saint-Étienne-des- Grès, louée 180 livres par an, et en outre 80 livres de rente sur les aides et gabelles qui lui appartenaient. Il faisait un legs plus important à la Nation de Normandie, dont il avait été doyen, et, chose plus curieuse, il fondait au collège d'HARCouRT une messe haute avec officiant, qui devait être célébrée le 15 février, jour anniversaire de la naissance de Louis XV, et suivie d'un Te Deum d'action de grâces, « pour remercier le Ciel d'avoir fait à fa France et à l'Europe un don si gracieux! » Les officiants devaient être choisis par le proviseur parmi les grands et les petits boursiers, pour rappeler l'éducation que le testateur avait reçue au collège d'HAUcouRT. On y invitait le Recteur de l'Université et les proviseurs des Quatre Nations à y paraître en robe rouge et avec tous les dignitaires et suppôts de la faculté des arts. Tous ces assistants recevaient à l'issue de l'office uue distribution proportionnée à leur rang. On n'oubliait personne, pas même le portier, qui sonnait la cloche à l'arrivée et au départ du Recteur, ni le porteur des coussins du Recteur1. On peut excuser cette adulation posthume du fondateur en se rappelant qu'à cette époque Louis XV, qui sera bientôt appelé le Bien-Aimé n'avait pas encore perdu l'affection de ses sujets.