‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 230 sur 355 · Act. Nat. Norman», Reg. II, p. 350 et suit · texte numérisé non relu

Act. Nat. Norman», Reg. II, p. 350 et suit

le craignaient les autres collèges. La liste des prix d'honneur du concours général montre bien qu'il n'y eut pas alors un très grand nombre de nominations dans ce collège, quoiqu'il fût le plus peuplé de tous. Cette discussion a du moins l'avantage de nous avoir révélé certains aspects de l'histoire de l'éducation dans la seconde moitié du xvme siècle.

Une autre question qui occupa davantage la Nation de Normandie en 1767, et qui intéressait tous les collèges de l'Université, fut le projet de créer un lieu de promenade exclusivement à l'usage des écoliers. Comme ce projet a été repris de nos jours pour combattre le surmenage intellectuel, il peut être curieux de connaître les raisons qui furent invoquées au xvuie siècle. La proposition émanait du gouvernement et avait pour point de départ certains désordres causés par les écoliers dans les promenades publiques où on les conduisait depuis l'aliénation du Pré-aux-Clercs. L'Université était consultée sur le moyen d'empêcher ces désordres en choisissant, hors Paris, un emplacement qui serait réservé aux élèves des collèges, et où ils pourraient, à leur aise, se livrer aux jeux de balle, de barres, de ballon, de battoir, de paume et autres réclamés par leur âge. Le mémoire, envoyé à l'Université par le contrôleur général des finances, de Laverdy, invoquait en faveur du projet les dangers que couraient les écoliers dans les promenades publiques : « pour leurs mœurs, à cause des mauvaises rencontres qu'ils pouvaient y faire dans une foule à travers laquelle il est difficile de les surveiller; pour leur santé, à cause de la poussière, et des petits marchands qui leur vendent des sucreries et excitent leur gourmandise en leur faisant crédit; pour leur vie, parce que, dans leurs jeux, ils rencontrent des voitures et des chevaux, qui peuvent causer des accidents. De là les querelles qui naissent entre eux et les passants, comme il est arrivé le 30 avril dernier aux Champs-Elysées. » Pour toutes ces raisons, on proposait l'acquisition d'un vaste terrain d'environ 150 arpents qui serait enclos de murs, et où chaque collège aurait pour jouer un emplacement particulier autour d'un grand carré commun à tous pour les exercices

qui demandent plus d'espace. Trois endroits étaient propices à cet établissement : à Montparnasse, entre le boulevard d'Orléans et la rue de Vaugirard ; au faubourg Saint-Marceau, près des Gobclins, et derrière la Sa Ipé trière. Le quartier des Cobelins semblait préférable, à cause du meilleur air, de la tranquillité, et du bon marché des terrains. On comptait sur la Ville de Paris pour coopérer à l'achat et à l'appropriation de cet établissement, « puisqu'elle n'a rien fait jusqu'ici pour les collèges, qui attirent un grand nombre d'étrangers dans la capitale. » Elle pourrait y consacrer une partie du produit de la loterie et des nouveaux droits. One somme de 98000 livres suffirait pour couvrir les dépenses les plus essentielles. Plus tard on compléterait l'aménagement. Quand ce projet fut proposé à la Nation de Normandie, il y rencontra une vive opposition. Il faisait renaître, à ses yeux, les inconvénients de l'ancien Pré-aux-Clercs, que l'Université avait dû aliéner à cause des désordres qui s'y commettaient. Plutôt que d'agglomérer en un même endroit toute la population des collèges, il valait encore mieux que chacun d'eux fut conduit en promenade dans un endroit différent. Comment pourrait-on contenir toute cette jeunesse qui se rencontrerait sur la même route, empêcher les querelles entre les divers collèges et les pensions? Et [une fois arrivé, comment surveiller tout ce monde sur un si vaste terrain? Les maîtres ne pourraient assumer une si grande responsabilité. Si on nomme un gouverneur pour administrer ce lieu de promenade, son autorité sera en conflit avec celle des chefs de chaque maison. N'est-il pas à craindre aussi que le collège le plus nombreux ne fasse la loi aux autres et ne les évince pour se faire du lieu de promenade une maison de campagne particulière. D'ailleurs, les dépenses dépasseront de beaucoup les prévisions : il faudra plus d'un million, ce qui ouvrira la voie à de nouveaux impôts sur les revenus de l'Université, contrairement aux arrêts du Parlement de 1754. Pour toutes ces raisons et bien d'autres, la Nation de Normandie repoussait le projet, et, afin de gagner du temps, elle en renvoyait, suivant son habitude en pareil cas, la discussion après les vacances, lors-

qu'elle serait en nombre pour délibérer. Elle défendait à tous ses suppôts de s'occuper de ce projet en dehors de ses assemblées, parce que d'après le mot d'Égasse du Boulay, elle agit, non comme une monarchie, mais comme une véritable démocratie qui obéit à ses lois, ut in democratia consulit, tractât, refert, et exequitur slaiuta. Le procureur Barbé, qui rapporte ces décisions, fut chargé d'en informer le Recteur Haltor, qui les reçut fort mal et traita le procureur de vir pessimae mentis. Le ministre de Saint-Florentin porta l'affaire au roi, qui, pour couper court à de nouvelles discussions, interdit toute délibération sur le projet de promenade. Voici la lettre du ministre au procureur Barbé :

« Sa Majesté a désapprouvé le ton et l'aigreur qui régnent dans « la réponse et la délibération de la Nation. Sa Majesté m'ordonne « de vous écrire que, si l'on continue ainsi dans l'Université de «r s'attaquer et de se provoquer d'une manière indécente, Sa « Majesté suspendra toute délibération quelconque des Nations • jusqu'à ce que l'esprit de paix et de modération soit rétabli « parmi ceux qui devraient en donner l'exemple à leurs disciples. »

Le Parlement demanda au procureur de la Nation de Normandie communication de ses délibérations. Celui-ci refusa de le faire avant d'avoir l'avis de la Nation. Sur ces entrefaites, arriva l'ordre royal de ne plus s'occuper de cette affaire, et la Nation en profita pour répondre que, ne voulant pas enfreindre cet ordre, elle s'abstiendrait de toute communication à la cour du Parlement. Le projet de promenade en resta là, et on n'en entendit plus parler4. Il en fut de môme du projet de transférer sur la rive droite le collège de Lisibui, dans lesbàtiments de l'ancienne maison professe des Jésuites, rue Saint-Antoine. Il ne manquait pas de bonnes raisons pour le faire : les familles de ce quartier réclamaient depuis longtemps un collège qui fût plus à la portée de leurs enfants. Mais la Nation de Normandie s'y opposa en vertu du pomœrium Universitatis, c'est-à-dire afin de respecter l'enceinte

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