‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 229 sur 355 · Acta Nat, Norman. Reg. II, p. 261 et suiv. 329 et siûy · texte numérisé non relu

Acta Nat, Norman. Reg. II, p. 261 et suiv. 329 et siûy

19 ans pour la rhétorique1. Les candidats devront assister h la messe avant d'entrer au concours, sous peine d'exclusion. Exclusion aussi pour ceux qui arriveraient en relard, une fois le concours commencé. La moindre fraude sera dénoncée au Recteur, qui jettera la composition du délinquant au rebut. Les professeurs remettront à chaque élève un bulletin signé attestant le nom du collège dont il fait partie et son numéro d'ordre sur la liste du concours. On ne prononcera plus le nom du collège avec celui du lauréat à la distribution des prix. On n'admettra à celte distribution que les élèves qui doivent y être nommés. C'est à trois heures et demie qu'elle commencera. Les lauréats entreront à la Sorbonne par la porte de la place. Les proviseurs et principaux des collèges seront chargés de veiller au bon ordre en envoyant chez leurs parents ou en promenade les élèves qui ne seront pas admis dans la salle des prix, pour éviter qu'ils ne fassent du bruit au dehors. Il parait, en effet, qu'il y avait souvent du tapage aux prix du concours: des collèges étaient siffles et conspués par leurs rivaux moins heureux.

Le rapporteur de ce règlement fait observer qu'avant de l'adopter, il serait bon d'examiner si l'on doit maintenir le concours général, après en avoir pesé les avantages et les inconvénients. On reconnaît que cette institution a eu pour objet d'exciter l'émulation entre les écoliers et les professeurs des divers collèges qui sont admis à concourir. Les chefs de ces maisons n'ont pas seulement choisi d'excellents maîtres; ils ont voulu aussi avoir de brillants élèves, et, au besoin, ils n'ont pas hésité à offrir l'instruction gratuite aux jeunes gens qui montraient des dispositions pour les lettres. Nous apprenons à ce sujet qu'on se disputait entre proviseurs et principaux les bons élèves, et que les collèges plus riches ne se faisaient pas scrupule de les enlever aux autres maisons, privant les maîtres qui les avaient formés du fruit de leurs générosités et de leurs peines. Hais, d'autre part, on constate

1. C'est, en effet, à partir de 1757 que les classes de 4e, de 5e et de 6e, sont admises au concours, qui ne dépassait pas la 3e aupararant.

l'abandon ou le petit nombre des exercices publics dans les classes. Il s'agit des thèses de philosophie et des disputes littéraires dont nous avons signalé ie sujet et l'apparat à la fin de l'année scolaire.

Le rapporteur ne croit pas que l'on doive attribuer cet abandon au concours général, puisque le même fait se produit en philosophie, pour laquelle il n'y a pas de concours. Il croit que cela tient au luxe, aux dépenses excessives qui accompagnent ces exercices, devenus une vraie fête publique par les tentures de la salle, les programmes, les invitations de présidents et de personnes de marque dont on la rehaussait. Les parents des élèves préfèrent y renoncer plutôt que d'entrer dans tous ces frais. Nul doute, d'ailleurs, que les candidats au concours ne soient capables de soutenir ces discussions littéraires comme autrefois.

Le rapporteur examine une autre objection, qui prétend que l'institution du concours général a amené les professeurs à ne s'occuper que des élèves forts qui pourront leur faire honneur. C'est un reproche que l'on a fait souvent à l'Université, mais auquel il répond en retraçant le tableau toujours vrai de la triste direction que les parents donnent à leurs enfants. Les classes sont composées souvent de 60 élèves, dont un tiers à peine est en état de suivre les leçons du professeur. Les autres en sont incapables, parce que beaucoup de parents regardent le collège comme un moyen commode de se débarrasser du souci de l'éducation de leurs enfants. Il y en a qui appliquent à t'élude des lettres des enfants qui n'ont aucune aptitude pour cet enseignement; mais il faut qu'on puisse dire qu'ils ont été au collège. Il en est aussi qui veulent que leurs fils puissent à 16 ans commencer leur droit ou entrer au service militaire, et il suffit pour eux qu'ils aient fréquenté le collège : cela s'appelle avoir fait ses études, parce qu'on a passé par les diverses classes d'une maison d'éducation.

Le rapporteur conclut en disant que le Concours général, utile à l'origine et même nécessaire, devient nuisible aujourd'hui, parce qu'il prépare la décadence des études dans l'Université. Il n'y a plus que les boursiers qui travaillent parce qu'ils

y sont forcés. On les fait redoubler* tripler leurs classes, pour les rendre plus forts. Mais, comme ils sont presque tous réunis au collège Louis-le-Grand, où il y en a quinze fois plus que dans les autres collèges1, c'est là aussi qu'on remporte le plus grand nombre de prix. Le public, qui ne juge que par le succès, entendant toujours proclamer son nom, croit qu'il n'y a que là que se trouvent de bons maîtres, et où Ton puisse faire de sérieuses études. 11 en résulte qu'on s'y porte davantage et qu'on délaisse les autres maisons. Par conséquent, comme il n'y a pas égalité dans les ressources entre les collèges, il n'y a plus d'émulation possible. Il importe cependant qu'il y ait plusieurs collèges réputés pour leurs bonnes études : car, s'il n'y en avait plus qu'un seul de cette sorte, on ne ferait plus rien ailleurs, et ce serait le retour à l'ignorance et à la barbarie, comme on le disait, en 1643, quand on défendait les petits collèges contre l'accaparement des Jésuites.

Comment éviter ces inconvénients? faut-il supprimer le concours général? Ce serait trop radical; mais le rapporteur croit que le nouveau règlement, en proposant de taire le nom du collège, ne remédiera pas à ces inconvénients. Il croit aussi que les autres articles sur l'âge, sur le serment exigé des examinateurs, sur les invitations réservées aux seuls lauréats, ne sont pas admissibles. En conséquence, il propose de fixer le nombre des candidats pour chaque collège d'une manière égale, ce qui équilibrerait les chances et engagerait les bons élèves à se répartir dans les divers collèges, n'étant pas sûrs d'être envoyés au concours s'ils appartiennent tous à la même maison. Les classes deviendront ainsi plus fortes par l'émulation que les bons sujets, dispersés un peu partout, y entretiendront2. Nous ne savons pas quelle suite fut donnée à cette tentative de réforme du concours, ou plutôt nous voyons que rien ne fut changé à Tordre de choses établi. Louis -le-Gr and n'obtint pas, d'ailleurs, autant de succès que

1. Ce collège comptait alors 500 pensionnaires et autant d'externes.

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