‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 239 sur 355 · Ch. Jourdain, Hist. de V Univ. t t. II, p · texte numérisé non relu

Ch. Jourdain, Hist. de V Univ. t t. II, p

2. Voir aux Documents annexes Je tableau des ôbits de l'ancien d'HAfcCôWRT, qui est Conservé aux Arch. nat. M. 134. Il y avait huit ou neuf messes chaque semaine pour les fondateurs et bienfaiteurs* iLA comtesse d'Harcourt a rétabli, en 1866, deux messes pour sa famille; pourquoi l'Association des Anciens Élèves ne fonderait-elle pas un service annuel pour ses membres décédés, comme on Ta fait récemment à l'École normale?

paît autrefois; vous voulez me mortifier, je rie le permettrai paSi » — « Serait-il possible, Monsieur? « reprend le proviseur» « je vous affirme que je n'ai jamais eu cette pensée. Pe grâce ne faites point de scandale ! » — « Non, Monsieur, je ne vous céderai pas, » répliqua Le Vasseur.

Le proviseur attend un instant, pensant qu'avec un peu de réflexion Le Vasseur se montrera plus raisonnable. Un des voisins de celui-ci le comprit, et, afin de l'y engager, lui offrit sa. place, pour lui permettre de rendre au proviseur la stalle qu'il préférait Mais Le Vasseur s'en tétant déclara qu'il savait bien ce qu'il faisait et ne bougea pas. « J'y suis, j'y reste! » — Le proviseur dut aller chercher son ancienne place en passant devant les boursiers, à la grande joie de Le Vasseur, qui se permit de sourire de sa déconvenue.

Le proviseur commence l'office et entonne un verset; il en était à la moitié, lorsqu'il prend fantaisie à Le Vasseur de chanteravec lui et de couvrir sa voix. Le proviseur se retourne et le prie de le laisser chanter seul. Le Vasseur chante encore plus fort, oblige le proviseur à se taire et achève la strophe à perte d'haleine. Le proviseur se contint, tachant par son attitude d'atténuer la mauvaise impression d'une pareille conduite. Après la messe, il fit au boursier si inconvenant les représentations les plus amicales; mais Le Vasseur les reçut si mal que Me Duval lui déclara qu'il serait déchu de tous ses droits de boursier jusqu'à ce qu'il eût réparé le scandale qu'il venait de donner à ses confrères. Il ne voulut pas cependant faire enregistrer son ordonnance avant huit jours, espérant que le coupable ne tarderait pas à manifester son repentir. On ne pouvait pousser plus loin la modération. Le Vasseur, loin d'en être touché, persista.dansson obstination et se remit dans la même stalle :

Le chantre aux yeux du chœur étale son audace.

Le proviseur engagea les amis du boursier à lui ouvrir les yeux sur les conséquences de sa faute, s'il ne revenait pas a de meilleurs sentiments. Ceux-ci ne purent rien gagner. Enfin, après a voir attendu plus de trois semaines, fort de l'assentiment

du prieur et des boursiers théologiens qui blâmaient Le Tasseur, le proviseur ordonna d'enregistrer sa déchéance. H avait trop attendu ; sa patience avait paru de la faiblesse et réveillé l'esprit d'opposition des boursiers.

La discorde, A l'aspect d'un calme qui l'offense, Fait siffler ses serpents, s'excite à la Tengeance.

Voici que le prieur Truffer prend le parti de Le Vasseur, et se révolte avec lui contre son chef, comme il Pavait déjà Tait sous le précédent. 11 trouve la déchéance du boursier illégale, entachée de despotisme, et le pousse à intenter un procès au proviseur, devant la Cour et devant l'Université :

Pour augmenter l'effroi, la discorde infernale, Monte dans le Palais, entre dans la Grand'Salle.

Le proviseur Duval fut obligé d'écrire un mémoire justificatif de sa conduite, où il déclarait, en terminant, qu'il maintiendrait la déchéance du boursier tant qu'il ne reconnaîtrait pas sa faute.

Nous ne savons pas comment se termina cette affaire. 11 est à croire cependant que le boursier se soumit et que, comme dans le Lutrin :

par un art tout-puissant,

On rendit tout à coup le chantre obéissant.

Mais il ne faut pas trop s'étonner de ces luttes contre l'autorité : car nous sommes en 1789, à la veille de la grande Révolution, qui en fera litière.

Si on avait quelquefois mauvaise tête, en revanche on avait bon cœur au collège d'HARCouRT, surtout parmi les pensionnaires. On en trouve plusieurs témoignages anecdotiques dans une sorte de Morale en action proposée alors comme modèle aux jeunes gens sous le titre de Etrennes des Écoliers*. On y racontait que « le 29 octobre 1782, les pen-

1. Je remercie M. Faucou de m 'a voir fait connaître ces anecdotes. Je serai également reconnaissant A tous les anciens élèves de Saint-

sionnaires du collège cf Harcoobt firent célébrer une messe solennelle, suivie d'un Te Deurn, à l'occasion de la naissance de Mgr le Dauphin. Ils ont ensuile délivré six prisonniers enfermés pour dettes de mois de nourrice, au Fort-FÉvêque. Parmi ces prisonniers se trouvait une femme qui n'était dans celte prison que de la veille, mais bien intéressante pour le motif qui l'y détenait. Celle femme, étant venue voir son mari, le trouva souffrant et malade; aussitôt elle s'offrit à demeurer à sa place, et força son mari de retourner chez lui, pour y trouver un repos qu'il ne pouvait avoir en prison. Le Ciel a promptement récompensé cet acte de tendresse conjugale et de générosité peu commune. »

Il paraît qu'on élait alors impitoyable pour les débiteurs de ce genre, et qu'au contraire ils intéressaient tout particulièrement les jeunes élèves d'HARcouRT : car les Étrennes des Écoliers rapportent encore, en 1790, un trait tout à leur honneur. « MM. les pensionnaires du collège d'HARcouRT ont cru ne pouvoir mieux célébrer cette année la fête de H. le Proviseur de ce collège qu'en manifestant leur sensibilité pour l'humanité souffrante. Ils ont employé en œuvres de charilé une somme d'environ 900 livres, qu'ils avaient recueillie parmi eux à cet effet. Il a été remis de leur part, le 3 juillet, 350 livres à M. de Boissy, pour opérer la liberté de sept prisonniers, débiteurs de mois de nourrice, qui ont reçu en outre chacun un secours en argent; le surplus a été destiné à une distribution de pain, pendant les mois de juillet et d'août, à cent pauvres ménages de la paroisse Saint- Hilaire, qui est celle du collège d'HARcouRT. »

La plus curieuse anecdote de ce recueil est celle qu'on lit dans le volume de 1787. Elle est tout à la fois un exemple de générosité et de modestie, qui monlre bien l'injustice du mol sanglant que La Fontaine appliquait à l'écolier de 1670 :

Louis de me signaler des documenta et des faits soit sur le collège d'HARcouRT, soit sur le lycée Saint-Louis.

Cet âge est sans pitié! Tout au contraire, celui de 1790 débordait de sensibilité suivant le ton de l'époque. m Un écolier âgé de 17 ans, étudiant en rhétorique au collège d'HARcouRT, rencontra un jour, dans une de ses promenades, un homme couvert des haillons de la misère. L'indigence et les malheurs avaient altéré, dans cet infortuné, les traits d'un ancien domestique qui l'avait autrefois servi chez ses parents. Il le reconnut avec peine, s'en approcha avec la pitié la plus vive et le plus puissant intérêt. Après l'avoir interrogé sur les causes de son infortune, à laquelle il remarqua que tes vices ni la paresse n'avaient aucune part, il lui assigne un rendez-vous secret pour le malin, au collège d'HAiicouBT. Il lui donne pour premier secours tout l'argent qu'il possédait alors, et la portion de pain destinée à son déjeuner, avec ordre de revenir Taprès-diner à son goûter. Il le charge de se loger dans une maison honnête et de lui faire connaitrel'hôtesse chez laquelle il avait choisi son gite. Il s'excuse sur la modicité des secours qu'il lui procure alors et l'exhorte à espérer, du temps et de sa bonne conduite, des jours plus calmes et plus heureux. L'hôtesse choisie et présentée au jeune homme a reçu pendant huit mois le prix de ses loyers; elle a éclairé les démarches de l'indigent et a rendu témoignage de sa conduite. L'infortuné a vécu pendant ce long espace de temps de la portion de pain destinée au déjeuner et au goûter de ce généreux écolier; mais, comme elle n'aurait pas suffi, il y a ajouté, chaque semaine, la modique somme d'argent que ses parents, en récompense de son travail, lui abandonnaient pour les plaisirs et les besoins de son âge. Cependant il retranchait méthodiquement quelque chose pour mettre en masse afin d'habiller cet honnête malheureux. Quand il a « été assez riche, il a employé l'industrie d'un tiers pour « acheter à la friperie un habit qui mit son protégé en état de « Se préseuter sans humiliation, pour solliciter quelque em- « ploi. Cependant l'impatient jeune homme s'agitait ets'intri- « guait pour lui trouver une place où il pût, en travaillant» « se procurer une vie plus douce et plus aisée. Enfin il wit le

•« bonheur de prévenir le vœu de cet indigent, qui, pour der- « nière ressource, voulait s'engager. Il Ta fait entrer comme « domestique dans une maison où sa mère avait quelques - liaisons. Celte mère, dînant un. jour chez son amie, a « reconnu ce laquais autrefois à ses gages. La curiosité t'a « portée à lui demander l'histoire de sa vie depuis qu'il avait « quitté son service: elle finissait par le récit détaillé de la a généreuse sensibilité de son fils. Jusque-là un profond « secret avait été gardé de la part du bienfaiteur, qui avait « même trompé sur cet article la vigilance de son précep- « teur. »

Voilà comment la jeunesse se montrait bonne et charitable dans notre vieille maison d'HARcouRT. Les élèves du lycée Saint-Louis continuent ces traditions, en versant chaque année d'abondantes aumônes pour les pauvres entre les mains de leur excellent proviseur.

Ces traits devaient consoler Me Duval des ennuis que lui causaient les boursiers» devenus plus exigeants que jamais. Mais d'autres sujets de préoccupation allaient l'inquiéter.

C'était d'abord ta convocation des États Généraux de 1789. L'Université ayant fait valoir ses droits à y être représentée, on procéda aux élections pour les trois ordres, et ce fut le fameux Guéroult, professeur de rhétorique d'HARcouRT, que les Facultés et les Collèges envoyèrent aux États, comme député du Tiers.

Il n'est peut-être pas sans intérêt de rappeler ici les voeux émis par les cahiers de 1789 au sujet des collèges de l'Université. Ils portent d'abord sur leur nombre, que l'on trouve insuffisant, quoiqu'il fût, dit M. Silvy, d'au moins 900 en France4, et ce vœu est consigné dans plus de soixante cahiers; puis sur la gratuité absolue de l'enseignement secondaire, qui est moins demandée cependant que la réforme précédente; sur les programmes, où l'on veut faire une part plus large aux sciences exactes, physique, histoire naturelle, chi-

L H. . Silvy, ancien conseiller d'État, Les Collèges eh France avant la Révolution.

mie; aux langues vivantes ; à l'histoire et à la géographie ; sur le choix des maîtres, la capacité et la moralité qu'on doit en exiger, les traitements convenables, les récompenses honorifiques, la retraite assurée quand l'âge ou la fatigue les forceront à quitter renseignement; sur l'émulation enfin à exciter parmi les élèves par la solennité des distributions de prix1.

Après les élections aux États Généraux, le proviseur d'HxRcoiiRT, en qualité de procureur, dut convoquer la Nation db Normandie pour la contribution du quart du revenu demandée par Necker et approuvée par la Constituante. Me Duval s'acquitta de cette obligation et fit voter 1 200 livres de contribution par son collège. Il est aussi le 5 février 1790 à la tête des professeurs et des élèves de la maison, quand les éeoles vont prêter le serment civique sur les autels de la Patrie dressés dans le district de Saint-Étienne du Mont. Mais si Harcourt, comme les autres collèges, prenait part à l'entraînement général, les éludes n'en souffraient pas trop, car il a toujours de brillants élèves, et, en 1791, il compte encore dix-sept nominations en rhétorique, et quatorze dans les autres classes, au Concours général*. Signalons seulement les noms de Le Tellier, Delisle, d'Estrouvelles, de Grandmaison, et celui de Burnouf, quatre fois nommé en seconde, présage de plus éclatants succès.

En 1791, nous trouvons aussi une autre forme de procèsverbal de la distribution des prix du Concours général. Il est rédigé en français et dans les termes suivants :

Duu, la Nature, la Loi, le Roi,

L'an 4794, le 43e jour du mois de juillet, en présence des députés de l'Assemblée nationale, du Directoire du département et du corps municipal,

René Binet, ancien Recteur et professeur de rhétorique au collège du Plessis, faisant les fonctions de Recteur;

1. E. Àllain, La Question d'Enseignement en 1789. — A. Sicard, Les Études classiques avant la Révolution. . 2. Y. Notice de M. Pierron, sur le collège d'HARCOURT. — Palmarès aux Documents annexes.

L'Université de Paris, assemblée dans la salle des écoles extérieures de Sorbonne, pour la distribution solennelle des prix fondés dans son sein,

Provenant ; 4° d'un legs de Louis Le Gendre, chanoine et souschantre de l'Église de Paris, appliqué à cette destination, du consentement des héritiers, par arrêt du 8 mars \ 746;

2° D'une donation de Charles Coffin, ancien Recteur de l'Uni* versité, et principal du collège de Doriians-Beauvàis ;

3° D'un legs de Bernard Collot, chanoine honoraire de l'Église de Paris et ancien professeur-émérile de l'Université, cette dernière fondation pareillement confirmée par arrêt du 29 mai 4758,

Après avoir entendu la harangue prononcée par Joseph-François-Marie de la Place» professeur d'humanités au collège Louisle Grand.

Proclame, dans Tordre suivant, les athlètes qui ont mérité des couronnes ou qui en ont approché*.

À côté des lauréats dont nous avons rappelé les noms, il convient d'inscrire ceux des poètes dramatiques et comiques Choudard-Desforges, Duval et Picard, du maréchal Macdo n al d, duc de Tabente, du prince Eugène de Beauharnais, de l'historien Anquetil, du philologue Boissonnade de Fontarabie, de l'humaniste Àuvray.

On connaît l'importante notice que M. Egger, qui fut luimême un élève et un lauréat du lycée Saint-Louis, a consacrée à François Boissonnade de Fontarabie, issu d'une noble famille de Gascogne, en 1774. Boissonnade, qui devint un helléniste et un philologue si remarquable, avait étudié à Harcourt et remporté au Concours général un accessit de version latine en troisième (1788), et un accessit de grec en rhétorique (1790).

Jean-Antoine Auvray fut un lauréat de rhétorique, en 1793, où il obtint trois nominations. Après la Révolution, il devint proviseur du lycée Henri IV et inspecteur de l'Académie de Paris.

1. La proclamation du Concours général de 1792 ne diffère de la précédente que par la suppression de toute mention royale. Elle commence ainsi : Tan 1792, le troisième jour du mois d'août, l'an IV* de la Liberté, et le reste comme ci-dessus. (V. Palmarès conservés à la Bib. de l'Hôt. de V. Musée Carnavalet.)

- Ces jeunes gens avaient été formés par des maîtres du premier mérite, comme Claude Guéroult el François Daireaux. Claude Guéroult enseignait la rhétorique à Harcourt, pendant que son frère Antoine, élevé aussi dans cette maison, la professait à Louis-le-Grand, quand éclata la Révolution. Ils en embrassèrent avec ardeur les principes et furent désignés au nombre des premiers élèves qui firent partie de l'École normale supérieure à l'époque de sa création (1794). La Harpe leur adressa publiquement cet éloge dans son Cours de Littérature : « Deux maîtres de l'Université de Paris ont prouvé leur modestie en venant siéger parmi vous à titre d'élèves, après avoir prouvé leur talent pour écrire et pour enseigner. » Après la Révolution, Claude Guéroult devint proviseur du lycée Charlemagnb, directeur de l'École normale et conseiller de l'Université. L'illustre Cuvier, en prenant place au conseil près de lui, disait à ses collègues : « Je suis fier de m'asseoir à côté d'un tel homme1. »

François Daireaux, qui professa les humanités à la même époque, sera, comme nous allons le voir, le dernier proviseur xI'Harcocrt.

L'abbé Duval, après avoir occupé une seconde fois le rectorat, refusa d'être prorogé de nouveau dans cette dignité, pour se consacrer tout entier à son collège. H. Pierron, dans sa Notice sur Harcourt, en 1853, disait avoir connu des vieillards qui parlaient encore à cette époque de Duval avec attendrissement. « Personne, selon eux, ne réalisa jamais plus complètement que lui le majestueux idéal d'un proviseur, la sévérité du maître tempérée par la bonté dû père. Personne, disaient-ils, né fut jamais plus digne de revêtir la simarre violette et tous ces insignes rectoraux, objets alors de tant de convoitises. 11 rassemblait des matériaux pour écrire la vie des Pères de l'Église, lorsque la Révolution vint interrompre le cours de ses travaux. Il avait compris la grande rénovation politique et sociale de 1789; mais les excès qui en furent la

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