‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 241 sur 355 · V. chap. Ier, p · texte numérisé non relu

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3. Ce prix Coignard était le prix d'éloquence latine, fondé en 1762, par J. B. Coignard, imprimeur du roi, en faveur des maîtres es arts de l'Université, à laquelle il désirait ainsi témoigner sa reconnaissance. Il voulait seulement que ni le syndic, ni les imprimeurs de l'Université ne fussent invités à la distribution de ses prix, ce qui ne put être accepté. (V. Conclusions de la Nation de Normandie, t. II, p. 205.)

4. M. Daireaux, professeur au lycée et archiviste de Coutances.

harcourt-sàint-louis. 28

Nicolas, assisté pour marraine de Anne Quesnel, son épouse, lesquels ont avec nous sigoé cedit jour et an.

Ch. Leloup, Jourdan.

Anne Quesnel.

Ce fut ie proviseur Daireaux qui dirigea le collège jusqu'en 1795, et qui eut la douleur d'assister à l'agonie du vieux d'fiARCouRT, condamné à disparaître, comme tant d'autres institutions bienfaisantes emportées en même temps par la tourmente révolutionnaire. Il y avait toutefois encore à cette époque de nombreux habitants dans le collège, si nous en jugeons d'après l'état dressé, sans doute pour le Directoire du déparlement, par Me Daireaux1. Ainsi on y comptait soixante-six personnes appartenant à l'administration, au professorat, au personnel des boursiers ou au service de la maison. 11 y avait seulement, sur les cinquante-deux bourses, douze titulaires absents et six places vacantes. Les revenus étaient de 39 774 livres 10 sous. Gomme on le voit, la situation était à peu près la même qu'au temps du proviseur Fortin. Dans ce compte ne figure pas l'évaluation des pensionnaires, qui ne relevaient que du proviseur, sauf à en faire bénéficier la maison. Nous savons cependant qu'ils étaient nombreux.

En 1792, le troisième jour du mois d'août, l'an IV de la Liberté, comme on disait alors, les prix du Concours général furent encore distribués à la Sorbonne sous la présidence du maire de Paris, Petion, assisté des députés de l'Assemblée nationale, du Directoire du déparlement, du corps municipal et de l'ancien Recteur Binet. Harcourt eut vingt et une nominations et applaudit l'élève Burnouf, qui fut son neuvième prix d'honneur. On raconte qu'à l'appel de ce nom, on vit s'avancer un tout jeune adolescent, de très petite taille, un de ces enfants aux yeux vifs, au teint coloré, à la physionomie éveillée et intelligente, comme la Normandie en four-

1. Ces renseignements et les suivants sont empruntés à quelques papiers du collège d'HARcomiT conservés au lycée Saint-Louis, que son excellent proviseur, M. Joubin, nous a fait connaître. V. aux Documents annexes.

nissait de tout temps à Habcourt1. C'était le futur réformateur des éludes grecques, qui, après avoir vécu péniblement pendant la période révolutionnaire, commis au district de Dieppe, deviendra membre de l'Institut, professeur au Collège de France, inspecteur général de l'Université. Ses suc ces au Concours général n'étaient pas nouveaux : déjà, en 1791 en seconde il avait obtenu quatre nominations. En 1792, le triomphe fut complet, car il remporta, outre le prix d'hon neur de discours latin, le second prix de discours français Mais il fit des jaloux, et voici ce que nous apprenons d'un témoin oculaire, son camarade Poiret. Ce récit nous fait con naître l'esprit des collèges à cette époque1.

« En 4792, les élèves de quelques collèges de Paris, notamment ceux des collèges Louis-le-Grand et de Mazarin, entraînés par plusieurs de leurs camarades et séduits par les principes révolutionnaires, s'occupaient plus de questions politiques et sociales que de leurs études.

« Admirateurs crédules des fougueux démocrates, ces imprudents jeunes gens ne voulaient reconnaître d'autres guides que ceux qui les avaient entraînés dans une voie si fatale ; ils mettaient en action les idées de leurs chefs. Ennemis de toute contrainte, ils ne reconnaissaient plus la nécessité de Tordre et de la discipline, ni surtout celle du travail; ils voulaient, disaient-ils, jouir d'une

Îdeine et entière liberté: aussi prenaient-ils des congés quand bon eur semblait, et, désirant faire partager à tous leurs condisciples les bienfaits de cette prétendue liberté, ils se rendaient souvent, sous la conduite de leurs chefs, dans les collèges dont les élèves, restés attachés à l'ancien ordre de choses, ne pouvaient se décider à partager leurs opinions; ils ouvraient les portes des classes, forçaient les élèves d'en sortir et de prendre malgré eux des congés extraordinaires. Ces actes d'insubordination se sont plusieurs fois renouvelés.

« Avec de semblables dispositions, quels succès pouvaient-ils espérer à la an de l'année scolaire? Ne devaient-ils pas voir avec

1. Notice de M. Pierron, et Choix de Lettres éCE. Burnouf, p. 356.

2. Nous le devons A la bienveillante communication de M. Léopold Delisle, qui nous a aussi indiqué plusieurs documents intéressants, que nous avons utilisés au cours de ce travail. Nous le remercions ici tout particulièrement, et avec lui madame Delisle, petite-fille de Burnouf, d'avoir bien voulu nous envoyer ces Souvenirs de Jeunesse de son illustre grand-père, que nous insérons en respectant scrupuleusement le tangage du témoin.

indifférence, ou plutôt avec répugnance, arriver la cérémonie annuelle de la distribution des Prix du Grand Concours ? Leur conduite antécédente pouvait-elle leur donner le moindre espoir d'avoir quelque part à cette distribution?

« Aussi, quand arriva ce jour (3 août 1792) si impatiemment attendu par ceux qui espéraient être récompensés de leur persévérance dans le travail, on vit ces prétendus amis de la liberté, ou plutôt ces amis de la paresse, se présenter à l'entrée de la salle de la Sorbonne, où devait se faire la Distribution des Prix. A peine introduits dans cette salle, ils firent entendre des cris injurieux et menaçants contre les élèves des autres collèges qui s'étaient refusés à suivre la ligne de conduite qu'ils avaient voulu leur tracer; mais ces cris ne suffisaient pas encore pour faire connaître leurs intentions hostiles ; il fallait une démonstration positive, elle eut lieu.

a Quelques-uns, munis d'un long bâton, au bout duquel ils avaient placé une éponge trempée dans l'encre, s'introduisirent dans la galerie qui entourait cette salle et promenèrent cette éponge sur les inscriptions indiquant le nom de chaque collège. Les collèges d'H.vircouRT et de Navarre eurent les premiers cet honneur.

a Cet acte, qui n'était autre que le prélude d'actions plus blâmables encore, fut accueilli, d'un côté, par de grands éclats de rire, et d'un autre, par des cris d'indignation. On remarquait à la tête de ceux qui s'en étaient rendus coupables leur chef ordinaire, un jeune homme qui, depuis, crut sans doute pouvoir faire oublier cette faute de sa jeunesse en prenant parti pour le gouvernement de la Restauration avec la même ardeur qu'il avait mise à soutenir ses idées révolutionnaires. C'était Martaill ville, qui fut rédacteur du Drapeau Blanc, journal fondé par lui et bien connu par ses opinions antirévolutionnaires : Quantum mutatus ab Mo !

« II était depuis peu élève boursier du collège de Louis-le- Grand; il avait sans doute oublié ses anciens condisciples du collège (J'Harcourt, avec qui il avait fait ses premières études, et auxquels il avait fait alors une heureuse et honorable concurrence.

« Les mômes cris qui, au moment de l'ouverture de la salle, avaient été poussés par une partie des élèves, se renouvelèrent du même côté lors de rentrée des officiers de l'Université et des membres de la Municipalité, ayant à leur tête le maire Pétion, qui jouissait d'une grande popularité.

« Pétion, surpris, comme tous ceux qui l'accompagnaient, d'un bruit aussi inaccoutumé dans une pareille circonstance, s'élança sur la chaise qui lui avait été préparéo et réclama, par ses gestes, un silence qu'il eut bien de la peine à obtenir. Il parvint enfin à adresser à tous les élèves indistinctement une allocution, dans laquelle il les engagea à la modération et au calme; ce fut inutile-

ment : ceux sous l'influence desquels se trouvaient les élèves perturbateurs avaient un trop grand intérêt à ne pas laisser prévaloir les sages conseils du maire : leur amour-propre en eût trop souffert.

« Enfin, après les discours d'usage, arriva le moment de proclamer les noms des lauréats. Le premier nom fut celui de Jean- Louis Burnouf, qui fut accueilli par les vifs applaudissements d'une grande partie dos assistants; mais aussitôt ce nom prononcé, et au moment où l'officier de l'Université chargé de la proclamation se disposait à nommer le collège dont Burnouf était élève, sa voix fut couverte par les cris de ceux qui avaient décidé que le nom du collège d'UvRcouirr ne serait pas prononcé. Toutes les instances, soit des membres de l'Université, soit de ceux de la Municipalité, pour ramener le silence furent inutiles; à chaque nouvelle nomination, toujours les mômes cris. Bien rarement on entendit proclamer quelques noms des élèves de l'opposition.

« La cérémonie terminée, les élèves du collège d'HARCouRT, qui avaient particulièrement à redouter do la part de leurs adversaires quelques actes do violence, dont ils avaient d'ailleurs été menacés hautement, à cause du prix d'honneur que venait do remporter leur camarade et ami, s'empressèrent de l'entourer, et, à la sortie de la salle, ils so pressèrent à ses côtés; ils l'aidèrent à porter le glorieux fardeau dont il aurait eu peine à se charger seul, et l'accompagnèrent jusqu'au collège, dédaignant de répondre aux grossières injures que leur adressaient ceux qui n'avaient réussi qu'à demi dans leur projet de désordre.

a Entrés dans la cour du collège, ils conduisirent leur ami chez le proviseur; celui-ci lui adressa sur ses succès, qui, disait-il, faisaient autant d'honneur au collège qu'à lui-même, des félicitations, qu'il reçut avec cette modestie dont il ne s'est jamais départi, et dont il a donné des preuves continuelles dans tout lo cours de sa vie si laborieuse et toute dévouée à l'instruction de la jeunesse: vertu malheureusement trop rare, qui lui a mérité l'estime de tous ceux avec qui il a eu des rapports, et l'amitié durable de ceux qui ont eu le bonheur de vivre dans son intimité1. »

Nous venons de voir dans quelles dispositions se trouvaient un grand nombre d'écoliers, a l'époque révolutionnaire. Ils en partageaient les idées avec l'entraînement do leur âge, et, pour mieux obéir au mouvement, ils demandaient à l'assemblée des représentants de la commune de Paris que l'ouver-

\. Souvenirs d'un témoin oculaire, qui n'a mis aucune exagération dans ce récit, et qui pourrait, à cet égard, en appeler à ceux de ses camarades du collège qui furent témoins des incidents ci-dessus rapportés. - N.-C. Poiret.

ture des vacances fût fixée au 14 juillet, afin, disaient-ils, que, * dans ce jour à jamais mémorable, il leur fût donné de se voir réunis à leurs parents el de leur exprimer les sentimenls qui animaient toute la capitale. » La commune de Paris ne pouvait qu'approuver « le noble enthousiasme qui enflammait ces jeunes cœurs », comme l'écrivait le président de la municipalité, Briôre de Surgy, au Recteur de l'Université, afin d'appuyer la pétition des écoliers. Le Recteur dut s'incliner, et les vacances furent avancées au 12 juillet. On travaillait alors aux préparatifs de la troisième fête de la Fédération. Les écoliers voulurent y prendre part, et ils s'en allèrent manier la pioche et la pelle au Champ -de-Mars. « Je ne puis offrir que ma sueur à la patrie, disait l'un d'eux, mais je la répands de bien bon cœur? » Un certain nombre de ces jeunes terrassiers patriotes vint même faire tapage à la porte du collège de Navarre, parce que les élèves de cette maison n'avaient pas paru dans leurs rangs. Il fallut pour ceux-ci parlementer el se justifier devant le district d'un tel manque de civisme1.

En même temps aussi, car les dates se confondent dans cette période si pleine de faits, des réformes scolaires étaient proposées de toutes parts, dans les Facultés, les Nations el les collèges; c'était partout une fièvre d'innovation et de changement qui s'emparait des maîtres aussi bien que des élèves. Les vieux usages, les vieilles cérémonies étaient abandonnés. L'ancien élève du collège d'HARCouivr, Talleyrand (septembre 1891), membre de la Constituante, présentait un projet de réorganisation de l'instruction publique tendant à sa sécularisation complète au profit de l'État. Il établissait trois sortes d'écoles, les écoles primaires, les écoles de districts et les écoles spéciales. Paris ne devait plus avoir que six collèges de district. Condorcet, qui vint ensuite (avril 1892), renchérit sur le projet de son collègue, en proposant cinq degrés d'instruction ; puis Michel Lepelle* tier préparait son plan à1 éducation nationale de tous les

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