‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 257 sur 355 · COMMISSION DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

COMMISSION DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Collège royal de Saint-Louis.

Aujourd'hui à dix heures M. l'abbé Nicolle1, aumônier du Roi, membre de la Commission de l'Instruction publique, chargé des fonctions rectorales de l'Académie de Paris; M. Guéneau de Mussy et M. l'abbé Éliçagaray, membres de la Commission; MM. Budan et Mazure, inspecteurs généraux des études; Taillefer et Létendarl, inspecteurs de l'Académie de Paris, sont partis du chef-lieu de l'Université pour se rendre au Collège royal de Saint-Louis. Cette députation, in-, troduite par MM. les Proviseur et professenrs de l'établissement, a occupé les places qui lui étaient réservées. Après la lecture des arrêtés de la Commission qui nomment aux différentes chaires, M. l'abbé Nicolle, président de la députation, s'est exprimé à peu près en ces termes :

« Il manquait à Paris une grande école qui portât le nom du protecteur de la France. Grâce au souverain, ami des lettres, dont il est l'ornement et la gloire; grâce à la sollicitude du magistrat éclairé auquel il a confié le soin de sa capitale, ce vide, Messieurs, vient d'être rempli, et le Collège royal de Saint-Louis, s'élevant à côté de ceux de Henri IV et de Louisle-Grand, va otfrir à la jeunesse, presque dans le même lieu, les trois noms qu'elle doit le plus vénérer, chérir et admirer. « Cette maison ne pouvait pas s* ouvrir sous des auspices plus heureux : elle nait en même temps que l'enfant auguste destiné à perpétuer la postérité de saint Louis; et peut-être

1. L'abbé Nicolle, originaire de Rouen (1758), précepteur des enfants du comte de Choiseul-Gouffier, ambassadeur à Constantinople, alla l'y rejoindre & la Révolution, passa avec lui en Russie, y fonda plusieurs collèges, en particulier celui d'Odessa où il devint l'ami du gouverneur, le duc de Richelieu. De retour en France, en 1821, il fut Recteur de l'Académie de Paris, rétablit la Sorbonne, devint précepteur du duc de Bordeaux, refusa l'épiscopat et mourut en 1835.

est-il permis de croire que les bénédictions qui descendent du ciel sur le royal berceau, s'étendront aussi à une école consacrée au père des Bourbons.

« Quelle prospérité, d'ailleurs, ne pouvons-nous pas espérer pour une maison dirigée par un chef qui a déjà donné de si grandes preuves d'habileté, qui a laissé des regrets si vifs, si profonds à ses premiers élèves, et qui sera secondé si puissamment par des maîtres dont le zèle égale le talent. Sous un tel chef, avec de tels coopérateurs, nous verrons croître une nombreuse jeunesse, élevée dans la crainte de Dieu, dans l'amour des enfants de saint Louis et dans le respect pour les institutions qu'ils ont données à la France. C'est ainsi que ce Collège remplira bientôt les destinées brillantes auxquelles il est appelé et ajoutera un nouveau lustre à l'Académie de Paris, dont sans doute il ne sera pas le moindre ornement. »

Ce discours a fait une vive impression sur les assistants.

H. Thibault, Proviseur, a répondu :

« Appelé par la Commission de l'Instruction publique à l'honneur inattendu de fonder un grand établissement, qui semble, dès son origine, fixer les regards et les espérances de la religion, de l'État et des familles, nous acceptons toutes les charges, toutes les obligations, toute la responsabilité que nous impose une mission aussi glorieuse. Eh! comment hésiterions-nous, quand déjà nous savons avec quelle facilité il nous sera permis, chaque jour, de recourir à l'expérience, d'invoquer les lumières et l'autorité de la Commission de l'Instruction publique, et particulièrement de celui de ses membres que les Collèges royaux de Paris se félicitent d'y voir exercer les fonctions rectorales? Comment hésiterions-nous, en considérant cette élite de professeurs si distingués, et, quoique jeunes encore, déjà si connus par leur zèle, par leurs talents et par leur sagesse, et une maturité qui ne se rencontre ordinairement que dans un âge plus avancé. Ces professeurs, dont le choix a été pour la Commission royale de l'Instruction publique un objet d'attention et de complaisance particulières, n'ofïrenl-ilspas, en effet, une garantie certaine des plus grands succès en tous genres ?

« Inconnu à la plupart d'entre eux, placé à leur tête sans avoir d'autre litre à leur estime que la confiance dont je suis honoré, je m'associerai à leurs travaux, et peut-être à leur gloire, en établissant avec eux, dans ce Collège, une discipline tout à la fois ferme sans rigueur et paternelle sans faiblesse. Toute mon ambition, Messieurs, et vous en serez bientôt convaincus, est d'être, nu milieu de vous, un père de famille, heureux des témoignages d'affection qu'il s'efforcera d'obtenir, et dont l'autorité ne se rendra jamais plus respectable qu'en faisant respecter la vôtre.

« Vous avez compris comme moi, Messieurs, tout ce que la religion, tout ce que l'auguste dynastie qui nous gouverne, ont droit d'attendre d'un établissement qui porte le nom sacré, qui est placé sous la protection immédiate du père des Bourbons. Le Collège Saint-Louis doit être, et il sera, nous le promettons à l'honorable députa lion de l'autorité qui nous donne aujourd'hui le pouvoir d'enseigner ; nous le promettons aux dignes magistrats qui représentent ici le gouvernement, qui nous protège, et la ville de Paris, qui a relevé avec tant de magnificence les murs de cette maison; oui, ce Collège, tout en entretenant le feu sacré des lettres et des sciences, sera la terre classique des doctrines religieuses et morales, apanage antique de la fille aînée de nos rois, que l'Université de France regarde comme la plus belle portion de son noble héritage; doctrines salutaires, qui seules peuvent assurer le bonheur et la tranquillité des peuples, parce qu'elles sont le seul fondement inébranlable de l'autel et du trône.

« Animés de cet esprit, pénétrés de ces sentiments, nous verrons les bénédictions d'en haut descendre sur nous et fertiliser nos travaux. C'est pour obtenir ce premier bienfait du Ciel que nous allons invoquer les lumières du Saint-Esprit ; nous conformant ensuite aux dispositions exprimées dans la circulaire de la Commission, du 6 de ce mois, nous remercions Dieu d'avoir exaucé les vœux de la France en lui accordant ce royal enfant dont le berceau est pour la patrie un trésor si précieux; trésor d'amour et d'espérance, confié à la fidélité des Français, et surtout de ceux qui sont chargés de

développer dans l'âme des jeunes gens le germe de tous les sentiments honnêtes, de ces sentiments conservateurs de l'ordre social, et du bonheur des générations présentes et futures. »

L'installation des fonctionnaires étant terminée, la dépulation de l'Université, le Proviseur, les professeurs et toutes les personnes invitées à la cérémonie se sont rendus à la chapelle du Collège pour y assister à la messe du Saint-Esprit. M. l'abbé Burnier de Fontanelle, doyen de la Faculté de théologie, délégué par S. Éro. M*r le cardinal archevêque de Paris pour la bénédiction de cette chapelle, a officié. La messe a été précédée du Veni Creator, et suivie de YExaudiat. Un Te Deum a été ensuite chanté en actions de grâces de l'heureuse naissance de S. A. R. M*r le duc de Bordeaux.

Le même journal nous apprend que l'on n'était pas fixé à l'origine sur le nom historique qui serait donné au collège rétabli par ordonnance royale. Sur ce sujet il contient, à la date du 29 août 1820, une lettre originale de M. Amar, conservateur de la bibliothèque Mazarine et professeur émérile de l'Université. Après avoir rappelé que les noms de Charlemagne, Henri IV, Louis-le-Grand, Bourbon ont été donnés aux autres collèges, il ajoute : « Un seul nom manquait encore à ces grands noms, celui du monarque qui mérita d'associer sa renommée littéraire à celle de Léon X, et qui par la splendeur et l'utilité de ses monuments a préparé les deux plus beaux règnes de la monarchie, ceux de Henri IV et de Louis XIV, le nom enfin du monarque restaurateur des lettres, François I-r. C'est celui que j'ai l'honneur de proposer pour l'ancien collège d'HARCouRT. »

En 1821, le duc d'Angoulême accorda au Collège royal de Saint-Louis cinq prix spéciaux pour les meilleurs vers célébrant la naissance du duc de Bordeaux1.

En 1823, on y admit des internes qu'il n'était pas possible de recevoir auparavant, et, en 1824, nous trouvons une

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