‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 258 sur 355 · V. Chauvin, Hist. des Lycées et Collèges de Paris · texte numérisé non relu

V. Chauvin, Hist. des Lycées et Collèges de Paris

Ordonnance royale qui crée au collège Saint-Louis une dotation de bourses pour ces internée.

ORDONNANCE du Roi qui autorise la translation dans le Collège Royal de Saint-Louis d'une partie des fondations faites par la ville de Paris dans les Collèges Royaux de Reims, Amiens, Orléans et Rouen, et qui règle l'emploi de la somme affectée par cette ville au paiement des bourses qu'elle entretient dans divers Collèges Royaux1.

Du 24 mars 1824.

LOUIS, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, a tous ceux qui ces présentes verront, salut.

Vu la proposition faite par le Conseil général du département de la Seine, dans la séance du 17 novembre 1823.

Vu l'avis du Conseil Royal de l'Instruction publique en date du 1 7 février 1 824.

Sur le rapport de notre ministre secrétaire d'État au département de l'Intérieur,

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

1 ° La ville de Paris est autorisée à fonder dans le Collège Royal de Saint-Louis dix bourses entières, vingt t rois-quart s de Bourses, et vingt demi-bourses.

20 Cette fondation sera effectuée au moyen de la suppression d'une portion des bourses entretenues par la ville dans les Collèges Royaux de Reims, d'ÂMiENS, ({'Orléans et de Rouen.

3° En conséquence, l'emploi des 140 962 fr. 5o qui, aux termes de notre Ordonnance du 25 décembre 181 9, sont affectés par la ville de Paris au paiement de bourses dans les Collèges Royaux, est fixée comme il suit :

1. Recueil des Lois et Règlements concernant V Instruction publique, t. VIT, p. 311 et suiv.

Collège Royal de Henri IV.

10 bourses entières 9 000 » l

20 bourses 3/4 13 500 » ■ 31 500 »

20 1/2 bourses 9000»!

Collège Royal de Louis-le-Grand.

10 bourses entières 9 000 » )

20 bourses 3/4 13 500 » J 31 500 »

20 1/2 bourses 9 000 »> )

Collège Royal de Saint-Louis.

10 bourses entières 9 000 » )

20 bourses 3/4 13 500 » > 31 500 »

20 1/2 bourses 9000»)

Collège Royal de Versailles.

10 bourses entières 7 500 » i

20 bourses 3/4 11 250 » } 26 250 »

20 1/2 bourses 7 500 » i

Collège Royal de Reims.

4 bourses entières 2 600 » )

7 bourses 3/4 3 412 50 } 8 612 50

8 1/2 bourses 2 600 »)

Collège Royal d'Amiens.

4 bourses entières , . . 2 600 »l

7 bourses 3/4 3 412 50 f 8 612 50

8 1/2 bourses 2600»)

Collège Royal d'Orléans.

4 bourses entières 2 600 » )

7 bourses 3/4 3 412 50 [ 8 612 50

8 1/2 bourses 2 600 » J

Collège Royal de Rouen.

2 bourses entières 1 500 » )

2 bourses 3/4 1 125 » } 3 375 »

2 1/2 bourses 750 » )

Total 149 962 50

4° Le placement des nouveaux boursiers dans le Collège Royal de Saint-Louis aura lieu, soit par suite de l'extinction des bourses supprimées, soit par translation dans ce Collège, conformément au travail gui sera fait à ce sujet par notre Grand-Maître de l'Université.

5° La translation n'aura lieu qu'en faveur des enfants âgés de moins de douze ans, dont les parents solliciteraient cette mesure.

Les autres élèves continueront à jouir de leurs bourses jusqu'à l'âge prescrit, époque à laquelle elles seront éteintes pour les Collèges Royaux d'ÂMiENS, Orléans, Reims et Rouen, où elles ont été supprimées.

6° Notre ministre secrétaire d'État au département de l'Intérieur est chargé de l'exécution de la présente Ordonnance.

Donné en notre château des Tuileries, le 24 mars de l'an de grâce I824, et de notre règne le XXIXe.

Signé : LOUIS.

Par le Roi,

Le ministre secrétaire d'État au département de l'Intérieur,

Signé : CORBIÈRE.

Nous nous demandons maintenant comment il arriva que le nom d'HARcouRT prononcé, à deux reprises, dans l'ordonnance royale du 10 août 1820, qui n'en emploie pas d'autre pour qualifier le nouveau collège, fit place au nom de Saint- Louis? D'où vint l'initiative de cette substitution qui dépouillait une famille d'un titre glorieux dont elle était en possession depuis plus de cinq cents ans?

Était-ce pour être agréable à Louis XVIII, comme autrefois les Jésuites avaient voulu plaire à Louis XIV, en donnant à leur collège de Clermont le nom de LOUIS-LE-GRAND ; comme un collège libre de la Restauration prit le nom de Stanislas que portait aussi le roi ?

Voulut-on, par une sorle de trilogie, glorifier parmi les collèges rétablis sur la montagne Sainte-Geneviève, les trois plus grands noms de la monarchie française, en ajoutant celui de Saint-Louis à ceux de Henri IV et de Louis-le-Grakd? Ou

bien le vocable de la chapelle de l'ancien d'HARcouRT, l'un des premiers sanctuaires dédiés à saint Louis, suggéra-t-il la pensée de cette dénomination nouvelle? Nous n'avons pas trouvé d'explication sur ce point. Une note, sans signature, adressée à la famille d'Harcourt et conservée dans les papiers de notre lycée, dit seulement ceci : « On n'a trouvé, relativement à la dénomination nouvelle du collège, que la délibération suivante, prise par MM. les membres du Conseil royal d'instruction publique, séance du 12 septembre 1820 : la commission décida que le nouveau collège qui sera rétabli dans le local de l'ancien collège d'HARcouRT portera le nom de collège royal de SAINT-LOUIS. »

D'autre part, dans le discours d'installation du personnel de Saint-Louis prononcé par l'abbé Nicolle, membre de la Commission de l'instruction publique, faisant fonction de Recteur de l'Académie de Paris, nous lisons ces mots : « Il « manquait à Paris une grande école qui portât le nom du

« protecteur de la France Ce vide, Messieurs, vient d'être

« rempli, et le collège royal de Saint-Louis, s'élevant à côté « de ceux de Henri IV et de Louis-le-Grand, va offrir à la « jeunesse, presque dans le même lieu, les trois noms qu'elle « doit le plus vénérer, chérir et admirer. »

Mais ce que nous savons bien, par deux mémoires conservés à Saint-Louis, c'est que la comtesse d'Harcourt, au nom de sa famille, réclama énergiquement contre un changement qui lui enlevait un de ses plus beaux titres de gloire.

Comment se fit-il, cependant, que cette réclamation, de sa part, ne se produisit qu'au bout de quatre ans, en 1824? Prévoyant cette objection, elle y a répondu ainsi: « Diverses circonstances ne nous ont pas permis de réclamer plus tôt, puis l'ordonnance royale n'a paru, ni au Moniteur, ni au Bulletin des Lois, et la famille d'Harcourt en a totalement ignoré le contenu jusqu'au moment où elle s'est occupée des recherches nécessaires, tant sur ce qui s'était passé en dernier lieu, que sur la fondation originaire du collège. » Et d'ailleurs, ajoule-t-on, « le collège d'HARcouRT comptant encore bien plus

de siècles que le collège Saint-Louis ne compte d'années, la prescription est toute en sa faveur » .

Nous ne remarquerons pas qu'à défaut de l'ordonnance royale, le Moniteur avait consacré, en 1820, deux articles, 19 et 24 octobre, à la nouvelle organisation de l'ancien collège d'HARcouRT sous le nom de collège Saint-Louis. Hais, si, pour des motifs que nous ne connaissons pas, la famille d'Harcourt ne s'émut point de suite de ce déni de justice envers les siens, elle mit une grande ardeur à en poursuivre la réparation. Nous pouvons en juger par les nombreuses réponses que la comtesse d'Harcourt reçut aux mémoires, lettres et démarches de toute sorte auxquels elle recourut pour faire restituer officiellement son nom à la maison que ses ancêtres avaient fondée.

Dans ses Mémoires elle rappelait leur désintéressement, les services qu'ils avaient rendus à l'État, leurs établissements4 pour « l'éducation publique en un temps où elle était encore si négligée, » et comment il appartenait à la famille d'Harcourt de revendiquer « le droit de voir le premier collège de l'Université porter un nom qui rappelle de si honorables souvenirs t. On faisait valoir fort adroitement qu'on pouvait conserver au collège le nom de Saint-Louis en y ajoutant celui d'HARcouRT. « Cette alliance concilierait les anciens et les nouveaux souvenirs, et sans doute le saint roi lui-même, sous son chêne de Vincennes, l'eût ordonné ainsi, s'il eût permis toutefois que son nom fut substitué à celui de ses sujets. » Enfin le plaidoyer, pro dotno sua, se terminait en invoquant un dernier motif, celui des messes établies dans la chapelle du collège, par Robert d'Harcourt pour son frère Raoul premier fondateur de la maison : « N'est-ce pas encore, disait-on, une dette de l'Étal et de la famille*? »

Toutefois, avant de produire sa réclamation, la comtesse d'Harcourt écrivit au proviseur du collège Saint-Louis,

1. Outre le collège cTHakcourt, celui de Lisieux fut aussi fondé par un d'Harcourt, Guy, étêque de Lisieux, en 1336.

Page 1