‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 262 sur 355 · CERTIFICAT · texte numérisé non relu

CERTIFICAT

Je soussigné, ancien conseiller d'État, directeur des travaux publics de la Ville de Paris, Certifie ce qui suit :

4° Que le 26 avril 4828 je fus consulté par M. le comte de Chabrol de Volvic, conseiller d'État, préfet du département de la Seine, sur une réclamation à lui présentée par madame la comtesse A. E. de Harcourt, relativement au rétablissement sur la nouvelle façade du Collège royal de Saint- Louis, de l'ancienne inscription de Collège de Harcourt; à l'effet de rappeler que ce Collège fut fondé en 4280 sous Philippe le Bel par Raoul de Harcourt, et définitivement constitué en 4344 par Robert de Harcourt, évéque de Cou tances.

2° Qu'après avoir cherché à concilier le rétablissement de cette ancienne inscription avec celle de Collège royal de Saint-Louis, adoptée par le Conseil général de l'Instruction publique, sur la proposition du Conseil municipal de la Ville de Paris,

Il fut convenu et arrêté entre nous que, pour satisfaire aux justes réclamations de madame la comtesse E. de Harcourt en même temps que pour transmettre à la connaissance des habitants de la Ville de Paris ce souvenir de la généreuse fondation de ce Collège par Raoul de Harcourt en 4280 et Robert, son frère, en 4 34 4 ;

4° Lors de la reconstruction de la façade de ce Collège sur la rue de la Harpe, au-dessous de l'inscription de Collège royal de Saint-Louis, nous ferions graver celle-ci : ancien Collège de Harcourt , fondé par Raoul et Robert de Harcourt en 4280 et 4344 ;

2° Que lors de la démolition de la vieille façade, l'ancienne porte d'entrée du Collège serait démontée avec le plus grand soin, qu'elle serait réparée et replacée de la manière la plus convenable à l'une des nouvelles entrées du Collège, cette porte tant et si bien connue dans Paris par son ancienneté, ses sculptures et les bas-reliefs de Fortin étant véritablement devenue un monument qu'il importe de conserver pour l'histoire de cet antique et illustre Collège.

Paris, le 10 ami 1831.

Le Directeur des Travaux publics de la Ville de Paris, ancien Conseiller d'État.

Vicomte Héricart de Thurt.

Depuis celle époque, sur la façade du lycée Saint-Louis n toujours figuré la mémorable mention d' ANCIEN COLLÈGE D'HARCOURT, gloria filiorum paires eorutn1! Tant de persévérance avait obtenu sa récompense. Elle méritait bien que nous lui consacrions un souvenir reconnaissant dans cette histoire.

Ajoutons que Madame la duchesse d'Harcourt* ne s'est pas contentée de faire réintégrer le nom des d'Harcourt h sa place, mais qu'elle a voulu continuer les traditions bienfaisantes de sa famille envers notre maison. C'est ainsi que dans son testament, à la date du 17 juin 1866, elle lègue au lycée Salvt-Louis des corps de bibliothèques, des livres, quelques papiers9, et un bureau encore aujourd'hui à l'usage du pro-

1. Ainsi, à cinq siècles de distance, les noms de Saint-Louis et d'Harcourt se trouvaient de nouveau associés par les liens de la plus étroite union. Le père des fondateurs du collège, Jean d'Harcourt, avait été en effet l'ami dévoué et le fidèle compagnon d'armes de Saint-Louis dans ses croisades, comme nous lavons rappelé dans notre chapitre H.

2. La comtesse E. d'Harcourt, née Terray, devint la duchesse d'Harcourt» en 1841, à. la mort de son beau- père.

3. Ces livres et ces papiers ont été très utiles à l'auteur de ce travail. Disons au sujet des livres légués par la comtesse d'Harcourt que le catalogue qui en a été dressé compte 910 volumes classés par ordre alphabétique d'auteurs. Ces livres sont conservés au lycée Saint- Louis dans plusieurs bibliothèques placées dans l'antichambre du cabinet de M. le Proviseur. On y trouve plusieurs ouvrages importants, tels que :

V Histoire généalogique et chronologique des Maisons de France, en 9 vol. in-f°;

UHistoire de V Université, par du Boulay, en 6 vol. in-f°; celle de Crévier, en 7 vol. in-12;

Le Glossaire, de Ducange, en 12 vol. in-f°;

Les Histoires ou Descriptions de la Ville de Paris, de Jaillot, Sauvai, Brice, Piganiol;

L'Histoire de la maison d'Harcourt, par de la Roque, en 4 vol. in-f°.

\je Thésaurus linguœ lalinœ de Robert Estienne, en 4 vol. in-f°.

L'Histoire ecclésiastique de Fleury, en 30 vol. iu-12. ' V Histoire de France de Mézeray, en 3 vol. in-4*.

Le Dictionnaire de Moreri, en 10 vol. iti-f°.

Les Œuvres de Rollin, eu 28 vol. in-12.

Les Actes des Martyrs de Ruinart, en 3 vol. in-18, quelques ou-

viseur. Elle fonde aussi de nouvelles messes qui doivent être célébrées dans la chapelle par l'aumônier aux inlenl ions des fondateurs et des membres défunts de la famille d'Harcourt, notamment de son jeune fils Marie Robert, officier de marine, ancien élève du collège, décédé en 1840, à Sainte- Hélène, à l'âge de vingt ans1. Cette fondation n'a cessé d'être fidèlement acquittée par les aumôniers de Saint-Louis. On n'oublie pas au lycée le grand nom des d'Harcourt, comme les d'Harcourt n'oublient pas non plus leur ancienne maison. Ce nom n'a cessé d'èlre inscrit, souvent parmi les lauréats, sur la liste des élèves du lycée Saint-Louis, et il figure toujours avec honneur dans les banquets de l'Association.

M. le duc d'Harcourt vient de renouveler généreusement des traditions chères à sa famille en faisant les frais d'une médaille insigne qui sera distribuée aux lauréats de Y Association amicale des anciens élèves du lycée Saint-Louis. Cette médaille, qui n'était hier qu'un projet, est devenue une réalité grâce à la libéralité de M. le duc d'Harcourt et au dévouement de M. Pélicier, qui ne se lasse pas de contribuer par tous les moyens possibles à l'honneur et à la prospérité de Y Association amicale des anciens élèves du lycée Saint- Louis dont nous parlerons plus loin.

Disons maintenant un mot des différentes transformations et de l'état actuel des bâtiments de l'ancien collège d'HARcourt devenu le lycée Saint-Louis*.

Comme nous l'avons vu, le décret du 21 mars 1812 avait affecté au lycée : 1° l'emplacement de l'ancien collège d'HARcourt; 2° celui de l'ancien collège de Justice et de la maison contiguë dite le Prêtre; 5° une portion de l'ancien jardin des Cordeliers.

v rage s de philosophie, et toute une collection de classiques grecs, latins et français, ainsi qu'un certain nombre de livres de piété et de religion.

1. Blessé par accident à Madagascar, le jeune officier de marine vint mourir à Sainte-Hélène et son corps fut ramené par le même convoi qui rapportait les cendres de Napoléon.

2. Nous devons à M. Duprez, inspecteur des travaux de la Ville, la communication, gracieuse des renseignements que nous insérons ici.

En ce qui concerne celle dernière partie, le décret ne fut pas exécuté : la totalité des dépendances des anciens Cordeliers ayant été affectée à la Faculté de médecine (École de santé) par l'article 2 de la loi du 14 frimaire an III. La Faculté de médecine resta en possession de cette partie du terrain sur laquelle s'élevaient les pavillons de dissection qui confinaient aux bâtiments du lycée.

Le proviseur de Saint-Louis, M. Liez, écrivit en 1831 nu préfet de la Seine pour l'inviter, dans l'intérêt de la santé des élèves, à faire exécuter le prolongement de la nie Racine, afin d'isoler autant que possible les bâtiments du collège des pavillons de dissection. Rien ne fut changé cependant jusqu'en 1832. A cette époque, une loi du 26 avril autorisa la ville de Paris à disposer d'une partie des terrains concédés à la Faculté de médecine par la loi du 14. frimaire. La Ville était également autorisée à aliéner à son profil l'espace demeuré libre entre le prolongement de la rue Racine et le lycée Saint-Louis, qui ne dépassait pas alors de ce côté les limites de l'ancien collège de Justice. Une punie de cet espace fut en effet vendue et on y établit des réservoirs d'eau qui existent encore aujourd'hui. Ce qui restait de l'ancien couvent des Cordeliers de ce côté, fut annexé au lycée et forme la plus grande partie de la troisième cour de cet établissement.

En 1860-1861, la Ville réunit encore au lycée une partie de remplacement d'une ancienne propriété, dite hôtel des abbés de Moîesmes\ rue de la Harpe, 92, où ou installa les cuisines et la portion du bâtiment située sur la deuxième cour. Le reste du terrain fut aliéné pour y construire les maisons portant actuellement les n°* 36 et 38 du houlevard Saint-Michel.

Sur ce boulevard, qui était encore l'élroite rue de la Harpe, en 1819 et 1820, les bâtiments du collège furent en partie agrandis, reconstitués ou modifiés par l'alignement de la rue de la Harpe. On recula la façade à cette époque et on réunit au lycée 1 l'emplacement des anciennes maisons, portant les

1. V. le plan Berty, p. 66. et les plans de M. Duprez, chap. VII et plus bafl.

Yntibole ilu Ijrte £a[tit-Loui*.

n0< 88 et 84, situées à droite et à gauche de l'entrée du collège de Justice.

Toutefois, jusqu'en 1860, la façade située rue de la Harpe n'avait pas subi de transformation importante et elle était même en assez mauvais état, puisque les anciens élèves qui datent de ce temps-là se rappellent qu'elle était étayée sur plusieurs points, parce qu'on avait des doutes sur la solidité des murailles. Hais en 1860-1861, lors du percement du boulevard Snint-Michel et de la reconstruction entière de la focade sur le nouvel alignement, on ajouta au lycée ce qui restait des propriétés 96 et 98 de la rue de la Harpe et une partie de la propriété du n° 100. C'est ce qui forme aujourd'hui le logement du concierge, le vestibule du lycée et le grand escalier du proviseur. On en a seulement distrait la partie de l'ancienne Ruelle des murs du vieux Paris qui appartenait autrefois au collège d'HARCOURT1.

Enfin, du côté des immeubles de la rue Monsieur-le-Prince, une petite portion de terrain avait été, en 18*26, échangée avec le propriétaire du n° 53 (ancien hôtel d'Harcourt*), contre une autre portion formant hache dans le jardin « dit de l'intirmerie » du lycée. Nous espérons que le lycée aura un jour un dégagement complet de ce côté qui le reliera directement à la rue de Vaugirnrd et assainira ses cours et ses bâtiments, pourvu qu'on supprime aussi les réservoirs de la rue Racine.

La façade du lycée Saint-Louis, dont nous reproduisons la tranche la plus importante, d'après la Revue d'Architecture de H. César Daly, est l'œuvre de M. Bailly, doyen de la Section d'architecture à l'Académie des Beaux-Arts, connu par de remarquables restaurations de monuments anciens et la construction du Tribunal de Commerce. Certains critiques, tout en reconnaissant le classicisme de la façade de Saint- Louis, y trouvent une solennelle froideur, bonne pour le temps où il était de mode de terrifier l'enfance par le pédan-

1. V. le plan de 1778, dressé par M. Duprez, chap. VI, VII et te plan de 1798, plus haut.

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