‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 275 sur 355 · Discours de M. Maze, au Banquet de · texte numérisé non relu

Discours de M. Maze, au Banquet de

3. Banquet offert à M. Évelart, par ses anciens élèves du lycée Saint-Louis, 1885.

lycée Saint-Louis, en 1850. Nous ne résistons pas au plaisir de citer ce passage qui esl de l'histoire pour cette maison.

Notre vieux Collège d'Harcourt n'avait pas de façade monumentale; son mur et sa porte d'entrée, tristes comme une prison, se trouvaient dans la rue de la Harpe, une voie étroite, escarpée comme un chemin de montagne, et dont le silence n'était guère troublé qu'aux heure? de l'arrivée et de la sortie des externes. A quelques pas de là, sur une petite place qui n'existe plus, s'élevait l'ancienne fontaine Saint-Michel, dans le goût du xvue siècle, sculptée et vermiculée comme une écorce de melon, où je vois encore, sur une plaque de marbre, ce distique de Santeuil. composé à la gloire de la savante montagne Sainte-Geneviève :

Hoe sub monte suos resera t sapientia fontes ; Ne taruen hanc puri respue fontis aquam.

C'était là du vieux, du très vieux Paris, et tout le quartier, où restaient beaucoup de maison» à toit pointu et à tourelle d'angle, sentait le moyen âge. Faut-il le dire? On retrouvait un peu cette impression d'archaïsme dans l'intérieur du Collège, et même jusque dans les études. Nos professeurs, parmi lesquels on comptait beaucoup de vieilles gens, étaient tous très respectueux des traditions, grands observateurs des formes; ils faisaient leurs cours, la toque sur la tête et drapés dans la robe noire. On cultivait avec amour le vers latin ; le Jardin des racines grecques fleurissait encore.

Je n'évoque point ces choses disparues pour les railler, croyezle bien. Elles avaient beaucoup de bon. Ces vieux maîtres, aux manières surannées, étaient pleins de bonté paternelle. Si j'ai encore quelques bribes de grec dans un coin de la mémoire, c'est que j'ai su par cœur mes décades ; et c'est peut-être pour avoir inutilement < pioché > mon Gradus et fait de détestables vers latins, que j'ai fini par me décider, comme dit Pancrace, dans le Mariage forcé, pour la langue vulgaire et maternelle, et que j'ai écrit en vers français.

Dans ce milieu patriarcal, mon enfance s'est écoulée. Externe paresseux, mais un peu excusable d'être paresseux, parce que j'étais un enfant débile et maladif, je venais, deux fois par jour, au lycée, ayant à peu près Gni mes devoirs; mais, toujours en retard, je ne savais pas mes leçons et je promettais à mes parents de les apprendre en traversant le Luxembourg. L'intention était bonne, mais le jardin était délicieux et invitait à la flânerie. Il y avait là, au printemps, de si beaux feux d'artifice de fleurs, et, à l'automne, de si merveilleux couchers du soleil derrière les arbres dépouillés! Ah! le Luxembourg a bien nui à mes études! Les étalages des bouquinistes leur ont aussi fait beaucoup de tort. On eu trouvait partout, des casiers bondés de livres, dans ces antiques

ruelles du Pays Latin; et c'est là que j'ai feuilleté, que j'ai lu les poètes, tous les poètes; car alors je n'avais que tes joies de l'enthousiasme, et pas encore les tristesses du goût. Bref, j'arrivais au lycée avec l'éblouissement de vingt vers de Victor Hugo ou d'Alfred de Musset, admirés à la hâte dans un volume entrebâillé, ou avec une branche de lilas « chipée » à la Pépinière et écrasée entre les pages de ma grammaire deBurnouf. Mais, lorsque j'étais en classe et qu'on me priait de décliner mon verbe grec ou de passer au tableau, plus personne 1 je gardais le silence d'un cancre! Et M. Pierron, le bon traducteur des tragiques grecs, qui m'estimait quand même, à cause d'une ode d'Horace, 0 fons Bandusiœ, spkndidior vitro, traduite un jour par moi en vers passables, levait les bras au ciel en disant : « Ah ! si vous vouliez! » et notre savant professeur de mathématiques s'écriait, avec une conviction profonde et un fort accent du Midi : « Mon povre M. Coppée, il « vaudrait mieux pour vous n'avoir pas fait votre première corn- « munion que de ne pas savoir la géométrie! »

Vous le voyez, mes jeunes amis, je n'ai pas de bien brillants souvenirs de collège à vous raconter ; et cependant j'aime mon vieux lycée, je garde un sentiment attendri pour mes professeurs. Pourquoi? C'est qu'il m'a fallu, par la suite, regagner le temps perdu, reprendre en sous-œuvre l'édifice peu solide de mon instruction, veiller près de la lampe devant les livres jadis dédaignés, et conquérir avec sujétion, par une studieuse jeunesse, ce que mon enfance, moins négligente, eût pu s'assimiler facilement et comme par jeu. Depuis lors seulement, j'ai compris que, dans toute intelligence, môme dans celle d'un artiste, le travail doit être le frère du rêve, et j'ai béni mes anciens maîtres; alors je leur ai su gré des pensums qu'ils m'avaient infligés ; alors je leur ai été reconnaissant de leurs remontrances, faites d'une voix que leur indulgence naturelle avait peine à rendre sévère; alors surtout j'ai senti germer et fleurir dans mon esprit les semences qu'ils y avaient jetées. Et aujourd'hui dans mes heures les plus rudes de travail littéraire, quand je me sens succomber dans ma lutte avec la pensée et avec le style, bien souvent une noble et belle page, jadis éloquemment commentée devant moi, mais, hélas! écoutée d'une oreille distraite, surgit dans ma mémoire. Le fragment classique, — pure el ferme prose ou vers harmonieux, — est pour moi un précepte et un modèle à la fois; tout en me décourageant par sa beauté, il m'exalte, me remplit d'ardeur, et ranime Finspiration défaillante. Je songe alors que ce sont mes vieux maîtres qui ont semé en moi ces admirables fleurs de la pensée humaine et je sens mon cœur déborder pour eux d'une gratitude infinie.

Ces témoignages de reconnaissance des anciens élèves envers leurs maîtres ne sont pas les seuls hommages qui soient

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rendus» au lycée Saint-Louis, à ces hommes laborieux ei dévoués. Lorsque l'un d'eux, après avoir fourni une longue carrière, se détermine à prendre une retraite bien légitimement acquise, ses collègues tiennent à célébrer dans un banquet fraternel les services de leur ancien '. Rien de plus cordial et de plus touchant que ces adieux universitaires ! Chacun s'empresse de prêter son concours à cette fête de famille et, au rendez-vous Bxé, on est nombreux autour de celui qui en est le héros. Serait-il le plus humble des professeurs, il occupe la place d'honneur à la table où le proviseur et tous les invités viennent s'asseoir. Bientôt l'heure des toasts est arrivée. Le chef de la maison est le premier à célébrer le dévouement du vieux professeur qui a consacré trente ans et souvent plus de sa vie aux rudes labeurs de l'enseignement. Le plus ancien de ses collègues prend la parole à son tour et fait l'éloge du vétéran, qui va goûter dans la retraite un repos bien mérité par ses travaux et forme des vœux, au nom des convives, pour qu'il jouisse longtemps de ces années de paix et de loisir qui sont réservées à sa verte vieillesse. Celui-ci répond à ces hommages fraternels, en évoquant dans une prose pleine de l'éloquence du cœur, et parfois aussi dans la langue des dieux, les souvenirs d'un passé qui ne fut pas pour lui sans charmes, et d'un enseignement auquel il ne renonce qu'à regret, tant est grande chez ces vieux maîtres l'habitude de se dévouer au service de la jeunesse. Alors le Champagne pétille dans les verres, et chacun élève sa coupe en l'honneur du collègue qui descend noblement de sa chaire, comme le vieil athlète de Virgile déposait le cesle du combat :

. . . . hic victor cestus artemque repono.

C'est ainsi que dans ces dernières années les professeurs du lycée Saint-Louis ont célébré la retraite ou le départ du

1. Autrefois, dans l'ancienne Université de Paris, les professeurs avaient droit à Véméritat, c'est-à-dire à une pension de retraite au bout de vingt ans d'exercice. Aujourd'hui il faut avoir professé trente ans ou atteint sa soixantième année, à moins d'infirmités ou de raisons exceptionnelles. (Lois et arrêtés de 1853.) V. notre chap. I, p. 36.

lycée pour de plus hautes fondions, de leurs anciens collègues, MM. Combette, Evelart, Haurat, Vintéjoux, Labbé, Reynolds et Rives. Ce dernier a voulu même répondre en vers aux compliments qui lui étaient adressés et rappeler en ces termes la fraternité qui règne parmi le personnel du lycée :

Dans la noble maison que vous rendez prospère,

Un long séjour me fut permis :

Je n'y reçus jamais l'affront d'une âme altière; —

Je n'ai trouvé que des amis.

Si pour certaine gloire une haine implacable

Partout doit poursuivre nos pas, Qu'on cherche ailleurs ! — ici tout le monde est aimable;

— Cette gloire je ne l'ai pas !

Quelquefois aussi la mort enlève ces vieux serviteurs avant qu'ils aient pu atteindre cette retraite ou en jouir. Leurs collègues leur font alors cortège jusqu'à leur dernière demeure, et le chef de la maison, interprétant les sympathies de tous, salue les défunts d'un cordial souvenir et d'un suprême adieu. C'est à l'occasion de ces deuils pénibles que nous avons entendu H. Joubin rendre hommage, en 1885, « à l'ardeur, au travail et au dévouement sans bornes » de H. Périgot, professeur d'histoire ; en 1886 « à la science et à l'infatigable assiduité » de M. Harant, professeur de troisième ; en 1890, à la générosité de M. G. Feugôre, professeur de rhétorique, « ce cœur d'or qui donnait sans compter, à ses élèves, les trésors de son esprit ; aux autres, autour de lui, le fruit de son travail. » Les plus humbles collaborateurs ne sont pas moins honorés. Ainsi, en 1886 et 1890, il payait un juste tribut de regrets à deux maîtres répétiteurs, MM. Gallois et Gosse. Le premier comptait quarante ans de services au lycée, dont vingt-sept comme surveillant général. Notre proviseur rappelait avec raison « son dévouement, sa discrétion, son égalité d'humeur, son affabilité », et signalait tout le bien qu'il avait fait aux élèves par ses encouragements et ses conseils. Le second, « laborieux, honnête et bon, » mourait après dix ans d'efforts pour conquérir le grade de licencié es sciences physiques, afin de se consacrer avec plus de fruit

à renseignement. Nous qui avons pu apprécier les mérites de ces deux hommes, nous sommes heureux que l'occasion se présente de joindre nos hommages à ceux de noire chef et de glorifier en eux les services importants bien que moins connus des surveillants généraux et des maîtres répétiteurs du lycée Saint-Louis. Aussi tenons-nous à inscrire ici les noms de MM. Leca, Courcot et Ortolo, qui s'acquittent aujourd'hui si dignement de leurs fonctions dans cet établissement.

Quant aux élèves, longue serait la liste qu'il faudrait dresser si nous voulions seulement énumérer ceux qui sont sortis du lycée Saint-Louis pour occuper les situations les plus honorables et souvent les plus hautes dans le pays et à l'étranger. Nous ne pouvons que rappeler quelques-uns des plus marquants.

Voici d'abord la liste des prix d'honneur remportés au Concours général par le lycée Saint-Louis depuis son établissement sous le titre de collège royal de Saint-Louis (1820) jusqu'à ce jour (1890).

1823. Carette (Antoine-Auguste), né à Paris. Dissertation

latine.

1824. Duchesne (Joseph-Esprit), né à Nancy. Dissertation

latine. 1831. Groslambert (Henri), né à Baume-les-Dames. Discours

latin.

1834. Jacquinet (Paul-Marie-Augustin-Gabriel), né à Paris.

Discours latin.

1836. Despois (Eugène-André), né à Paris. Discours latin. 1839. Javary (Louis-Auguste), né à Paris. Dissertation

française.

1841. Burnouf (Louis-Emile), né à Valognes. Dissertation

française et Dissertation latine.

1843. Roger (Louis-Emile), né à Nimes. Mathématiques

spéciales.

1847. Caron (Jules), né à Gien. Mathématiques spéciales.

1848. Serret (Paul- Joseph), né à Aubenas. Mathématiques

spéciales.

1853. Petrôt (Alfred), né à Limoges. Mathématiques spéciales.

1855. Soyer (Charles- Victor-Jean-Baptiste), né à Orléans. Mathématiques spéciales.

1860. Fabre (Joseph-Alexandre-Léon), né à Limoges. Mathématiques spéciales.

1862. Renack (Auguste-Paul), né à Paris. Dissertation fran-

çaise.

1863. De Pistoye (Louis-Charles-Hyacinlhe), né à Paris. Ma-

thématiques spéciales.

1870. Harel-Delanoë, né à Saint-Brieuc. Mathématiques

spéciales. 1886. Olieu (Adrien), né à Anduze (Gard). Mathématiques

spéciales.

Pour compléter celte liste ajoutons-y la statistique des succès obtenus chaque année par les élèves du lycée Saint-Louis au Concours général depuis Tannée 1823 jusqu'à l'année 1890.

Prix. Accessits. Nominations.

nr

Prix. Accensita. Nominations.

Prix.

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Prix.

Accenta. N

ominal

Ce

qui donne pour

une période de 70 ans

prix

1 783 accessits,

2 £01 nominations.

L'Administration du lycée Saint-Louis nous a communiqué la statistique des élèves admis pondant les dix-neuf dernières années, de 1872 à 1890, aux Écoles spéciales : Normale, Polytechnique, Saint -Cyr, Ce n Ira le, Ponts et Chaussées, Mines, Forestière, Navale, Cluny, Saint-Cloud, Al fort. Leur nombre s'élève au chiffre de 2 591, dont 952 de 1885 à 1891.

En voici la répartition par année et par école :

163 élèves.

— 160 élèves.

École

Normale i PolytechD Saiut-Cyr

et Chausi

tupérieure

École

École

École

Ponts

secs,

Mines,

Forestière, etc.

Parmi ceux qui sont le plus en vue dans le passé et encore dans le présent, après les noms des d'HARcouRT qui, suivant la tradition de leur famille, tiennent à honneur de s'instruire dans la maison fondée par leurs ancêtres, et d'y figurer souvent parmi les lauréats, enregistrons les suivants qui apparaissent au premier rang dans les palmarès du lycée Saint- Louis ou se sont fait un nom recommandable :

De Broglie, Busson-Billault, Bourbaki, Brame, Bochet, du Boisgobey, Baudelaire, Bravais, Briot, La Bédoyère, Burnouf, Beudant, Brouardel, de Brézé, Bouillet, Carrel, Corvisard, de Champagny, Croiset, Cauchy, de Chabrol, Challemel-Lacour, de Ghennevières, Maxime Du Camp, Coppée, Damiron, Despois, Desjardins, Doucet, de Normandie, les Delalain1, Demidoff, Egger, Faye, Feugère, Floquet, Gauthier- Villars, Gounod, Père Gratry, Gaillardin, Gueneau de Mussy, Mgr Gay, de Gallifet, abbé Gayrard, Gontaut-Biron, Gerusez, Hamelin, Haton de la Goupillière, Havet, Hachette, de Hubner, Janet, Jaurès, Keller, Leviez, Leplay, Laboulaye, de Ladoucette, Labiche, de Lagrenée, de Luynes, Leverrier, Lahure, de la Moricière, Meissonnier, Massenet, Maze, de Montesquiou, Nettement, de Noailles, Nourrit, Pasteur, MgrPerraud, abbé Perreyve, dePongerville, Pron, Rendu, Regnault, de la Rochefoucauld, de Talleyrand, Thurot, Sappey, Toppfer, Waddington, Verconsin, Vulpian, Zola, etc.

Plusieurs de ces élèves, ont été l'objet des éloges de leurs camarades ou de leurs maîtres. Ainsi M. Bochet rappelle le

1. M. Jules Delalain et son frère Léon Delalain, portaient les numéros 1 et 2 sur le Registre d'Inscription des élèves, à l'ouverture du collège Saint-Louis, eu octobre 1820.

précoce talent musical de l'élève Gonnod (1829-1835), qui remplaçait parfois l'organiste de la chapelle. Noos apprenons à ce sujet qu'à cette époque le chaut de la chapelle était très soigné, comme en fait foi un livre de musique spécialement à l'usage des élèves du lycée Salvt-Louis. Ces élèves amateurs, non contents d'exécuter le dimanche au lycée de brillantes messes, allaient quelquefois les chanter dans les grandes églises de Paris aux jours de sortie.

H. Bochet célèbre encore les prix d'honneur qu'il entendit proclamer : en 1854 et 1836, Jacquinet et Despois, en rhétorique ; en 1839 et 1841, Javary et Burnouf, en philosophie4. Mais sa modestie l'a empêché de parler de ses propres succès au lycée où son nom figure plus d'une fois parmi les lauréats de ce même temps.

En 1886, H. Lacour-Gayet, professeurvd'hisloire au lycée Saint-Louis, énumérant les élèves illustres qui peuplent l'Institut, disait : « Comptez à l'Académie des sciences les Faye et les Pasteur; à l'Académie des inscriptions, les Desjardins et les Waddington ; à l'Académie des sciences morales, les Havet et les Janet ; à l'Académie des beaux-arts, les Gounod ; à l'Académie française, les de Broglie, les Doucet, les Du Camp, les Perraud, les Coppée, et une (ois encore les Pasteur*. »

En 1887, M. Dufet, professeur de physique, maître de conférences à l'École normale, rappelait, à l'honneur du lycée Saint-Louis, les explorations de Bravais au Spitzberg, ses expériences au Faulhorn et ses études sur la cristallographie. Il redisait également les magniûques découvertes de M. Pasteur3.

Les collèges de l'Université n'étant plus mêlés comme autrefois à la vie nationale et politique du pays, nous n'avons que peu de chose à rappeler, sous ce rapport, en ce qui concerne le lycée Saint-Louis. Nous savons seulement, comme l'a mentionné dans son discours M. Pierron, que la « Révo-

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