France médicale, n°* 53 et suW
3. Discours de M. Vincent, professeur de mathématiques, à la Distribution des Prix du 11 août 1848.
vouement exceptionnel. Quant aux professeurs, ils ne restèrent pas inactifs, ils s'enrôlèrent dans les bataillons de marche de la garde nationale et formèrent le vaillant 21% dont l'histoire écrite par l'un d'eux, M. Asselin, mériterait d'être publiée. Quand la Commune fit ses perquisitions d'armes, le lycée Saint-Louis reçut la visite de ses délégués comme les autres établissements. Le vestibule fut ensuite occupé militairement par un détachement du 151e bataillon de fédérés qui y campa paisiblement jusqu'à la fin de l'insurrection, grâce au tact d'un intelligent concierge, F. Barnouin, digne de figurer à côté de J. le Fauconnier, de l'ancien collège d'HincooRT. A l'entrée des troupes de Versailles, un certain de Katow, de nationalité russe, élève renvoyé Tannée précédente, qui s'était enrôlé dans la Commune, vint sommer le proviseur de mettre à sa disposition tous les élèves, environ une centaine, qui étaient restés au lycée, afin de les employer aux barricades. H. Joguet reçut ce polisson comme il le méritait et lui enjoignit de déguerpir au plus vite. De Katow partit furieux, en proférant des menaces et en cassant les vitres avec l'escouade qu'il commandait. Il envoya un délégué du Comité central pour réquisitionner les élèves. Le proviseur raisonna cet homme et lui fit comprendre qu'il ne pouvait permettre qu'on disposât de ces jeunes gens, parce qu'il en était responsable devant les familles qui les lui avaient confiés. Il termina l'entretien en déclarant qu'il se laisserait plutôt tuer que de céder. Le délégué de la Commune se rendit à ces justes représentations et on n'inquiéta plus le lycée, qui fut d'ailleurs bientôt délivré des fédérés qui l'occupaient, par l'arrivée des soldats de l'ordre. Quelques instants après, un autre ancien élève de Saint-Louis, qui avait préludé au rôle de procureur de la Commune, en organisant, en 1865, une révolte au lycée, pour laquelle il avait éléaussi renvoyé, Raoul Rigault fut arrêté et fusillé à quelques pas, rue Gay-Lussac, au moment où il revenait de donner des ordres aux fédérés du Panthéon. Quant à de Katow, muni d'un passeport bien en règle, il s'était éclipsé au moment du danger, et on n'entendit plus parler de lui.
Au dehors du lycée, les anciens élèves avaient fait bravement leur devoir pendant la guerre, ainsi que l'atteste la plaque commémorativc de la chapelle dont nous avons parlé plus haut.
Nous laisserons ici parler M. P. Denormandie l :
« La supériorité de notre lycée pour les études mathématiques, ses derniers succès, et le grand nombre de ses admissions aux Écoles Polytechnique et Saint-Cyr, notamment dans les trois dernières années, étaient un gage assuré de la part que les anciens élèves de Saint-Louis prendraient aux événements de la guerre. Citons d'abord les entreprises extraordinaires de notre camarade Deschamps, a C'était pendant le siège. La terre et l'eau nous étaient interdites! Il nous fallait franchir les airs. Par ses soins un premier ballon quitta Paris le 48 novembre 4870. Le 24 novembre, il en frétait un autre dont les deux aéronautes devaient arriver un mois après à Bordeaux, après avoir pris terre à cent lieues au nord de Christiania, sous le 63e degré de latitude nord. Enfin Deschamps lui-même sortit de la ville assiégée avec un troisième aérostat. Poussé par les courants aériens il traversa l'atmosphère au-dessus et pendant l'action de la bataille de Nuits, à quatre lieues de Beaune. Des uhlans le suivirent; mais il put atterrir hors de leurs atteintes. Nullement guéri de son audace, il alla prendre part à un combat près de Laval : on le crut tué; et les journaux de Bordeaux, ayant donné la nouvelle de sa mort, il choisit ce moment favorable entre tous pour essayer de rentrer dans Paris. On atteignait janvier; il parvint jusqu'à Épinay, près de Saint-Denis, et ne put, hélas! franchir les lignes prussiennes! » Mais avant de s'éloigner tout à fait il s'arrêta à Franconville, et voulant du moins narguer l'ennemi dont il n'avait pu tromper la vigilance, il se fit donner l'hospitalité par un major prussien sous la tente duquel il passa plusieurs jours, absolument inconnu, et qu'il put mystifier à son aise en faisant sa partie tous les soirs. Et c'est à cinquante ans passés que M. Deschamps, bibliographe et écrivain distingué, risquait ainsi sa vie pour encourager les uns par les autres les assiégés et les exilés.
Et que d'autres, mes chers camarades, qui méritent nos sérieux hommages :
< Pron, préfet de Strasbourg, qui depuis le 40 août jusqu'au jour où il fut renversé par le mouvement populaire, avait organisé la défense à outrance avec la plus grande énergie et qui la soutint personnellement jusqu'à la témérité 1
« De Langsdorff, cité à l'ordre du jour de l'armée, après la charge des cuirassiers de Reichshoffen ; De Broglie, si grièvement