‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 48 sur 355 · Ibid., U. 132, n° 7, p · texte numérisé non relu

Ibid., U. 132, n° 7, p

l'Université que ne l'aura iL été la juridiction civile, à cause des excommunications dont l'évoque de Paris se montrait parfois trop prodigue à l'égard de la population turbulente des écoles1. Aussi, sur ses instances, en 1340, Philippe de Valois plaça l'Université sous la garde et protection du prévôt de Paris, qui devint dès lors le Conservateur de ses privilèges royaux. Mais les juges du duché de Normandie n'acceptèrent pas ce nouvel étal de choses et rerusèrent d'obéir aux lettres royales, en prétextant des chartes contraires. L'Université demanda alors au roi de nouvelles lettres patentes qui lui furent accordées en 1345. Il y était déclaré de la manière la plus explicite que la connaissance des causes des maîtres, suppôts et écoliers était attribuée désormais au prévôt de Paris ou à son lieutenant, et « ce malgré tous privilèges, accordés ou a accorder à nos sujets Normands ou de quelque autre province * ».

A celte époque l'Université et ses collèges se ressentaient du contre-coup des événements politiques qui troublaient la France entière. On était, en 1357, au lendemain du désastre de Poitiers; le roi Jean II avait été Tait prisonnier par les Anglais, et son fils aine, le dauphin Charles, duc de Normandie, administrait à sa place avec le titre de lieutenant général du royaume. La bourgeoisie de Paris, mécontente de n'avoir pu obtenir les réformes demandées par les États généraux, s'insurgea contre le pouvoir sous la direction du prévôt des marchands Etienne Marcel. Nous n'avons pas à raconter les conséquences tragiques de cet événement, il nous suffit de signaler l'effet qu'il produisit dans l'Université et au sein de ses écoles. Disons d'abord à la louange de la corporation enseignante que, tout en réclamant aussi la réforme des

1. II est rraique les écoliers s'attiraient bien les foudres de l'Église par leur conduite. L'évêque de Paris, Etienne Tempier, en 1269, leur reproche « quod de die et nocte multos vulnerant, atrociter interficiunt, mu lier es rapiunt, obprimunt virgines, hospicia frangunt, neenon latrocinia et muta a lia enormia Deo odibilia sepe et sepius committendo *. (Statutum episcopi Parisiensis contra scholares, dans le Cartuiairt de Notre-Dame de Paris, pub. par Guérard, 1. 1, p. 162).

2. Recueil des privilèges de V Université; Paris, Thiboust et Esclassan, 1674, p. 8 et 9.

abus, elle sépara nettement sa cause de celle des factieux. Non contente de faire bon accueil à leur adversaire le chancelier de France, Pierre de Laforét, archevêque de Rouen, que le pape venait de créer cardinal, en allant en procession au-devant de lui avec les collèges et les ordres religieux, l'Université refuse de porter le chaperon rouge et bleu des partisans du prévôt et défend à ses écoliers de revêtir aucun signe de révolte. Bien plus, elle envoie une députation au dauphin pour l'assurer que tous ses suppôts lui seront dévoués jusqu'à la mort. Cela ne l'empêche pas d'accompagner le prévôt et les bourgeois quand il s'agit de réconcilier le duc de Normandie avec le roi de Navarre, et de se charger, sur les instances d'Etienne Marcel, de la mission de solliciter du dauphin la grâce des Parisiens révoltés. Si l'Université ne réussit pas à rétablir la paix, elle la désirait vivement, car la guerre civile qui se préparait allait nuire aux études et faire le vide dans les écoles. C'est ce qui inspirait cette lettre à Pétrarque, témoin de la situation : « Que sont devenus les « bataillons pressés des étudiants et l'ardeur qu'ils raon- « traient pour l'étude, et la gaieté qui les animait? Ce n'est « plus le bruit des controverses, mais des bruits de guerre • qui retentissent; ce ne sont plus des amas de livres, mais « des monceaux d'armes qui frappent la vue : il n'y a plus « ni syllogismes, ni sermons, mais la voix des sentinelles qui « font le guet, près des machines de guerre, sur les remparts « de la ville. » Les intérêts matériels des collèges, comme ceux des maisons religieuses, eurent beaucoup à souffrir du régime organisé par Etienne Marcel. Plusieurs furent inquiétés et pillés par les soldats du prévôt. Aussi, ne se sentant pas suffisamment protégée à Paris, l'Université s'adressa, en 1358, au dauphin pour faire respecter ses écoles de la rue du Fouarre. Elles étaient toujours fréquentées par les étudiants de la Faculté des arts et, à cette époque, ou avait sans doute réussi à les délivrer du mauvais voisinage que signalait au siècle précédent le cardinal Jacques de Vitry. Nous apprenons, en effet, par la lettre du dauphin, que cette rue était alors entièrement réservée aux maîtres pour enseigner et aux

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écoliers pour écouter leurs leçons et en profiter : « viens dic- « tus du Fouarre magistris ad legendum, scolaribus vero au- « diendum et perficiendum fuerit assignâtes . » Hais il parait que la population dissolue qu'on en avait écartée se vengeait, la nuit sur les écoles, de son expulsion. On remplissait la rue d'immondices, immunditias et fecosa portando; on s'introduisait dans les salles de classe, et on souillait la chaire des professeurs et la paille destinée à servir de siège aux étudiants, comme si on eût voulu les empêcher de recueillir, suivant l'expression du temps, la fleur et la perle de la science, florem et margaritam scientiae. Au lieu de ces parfums, les écoliers trouvaient, en arrivant le matin, des ordures telles, tam enormia, turpia ac fetida reperientes, que les classes étaient inabordables. Le régent Charles répondit à la requête de l'Université et l'autorisa à établir aux extrémités de la rue du Fouarre des portes qui seront fermées le soir après les classes. Sa lettre est des plus affectueuses, elle fait Téloge de la Faculté des Arts, fondement, origine et principe des autres sciences, fundamentum, originem ac principium aliarum scientiarum, en un mot elle témoigne des bons rapports que le corps universitaire entretenait avec le représentant de l'autorité royale. C'est ce qui permit à l'Université de reprendre les négociations pour la paix, et elle l'aurait obtenue si Etienne Marcel, en repoussant ses conseils, n'avait compromis la cause de la réforme des abus en même temps qu'il se perdait lui-même4.

En 1369, Marin de Marigny eut pour successeur Richard Barbe, qui parait avoir administré le collège d'HARcourt jusqu'en 1380. Nous disons qui parait, parce que nous sommes encore plus dépourvus de renseignements sur le second proviseur que sur le premier. On ne connaît même pas son diocèse d'origine, comme l'avoue, en 1620, le proviseur Turgot, qui ne peut en dire que ces mots : « Quo

1. Y. du Boulay, JBist. Univ. Paris, t. IV, p. 336-354; et Crévier, ffist. de VUniv. de Paris, t. V, p. 68. — Ch. Jourdain, V Université de Paris au temps d'Etienne Marcel.— T. Perrons, Etienne Marcel, p. 167 et BuiT. — Ordonnances des Rois de fronce, t. III, p. 237.

« quidem anno (1369) provisoris munere fungebatur M. Ai- « char dus Barbe, cujus diœcesis ignoratur; ideo hic M. Ri- • chardus Barbe, ab anno 1369 ad annum 1380*. » Nous savons seulement par un ancien factura* que sous ce proviseur les étudiants conservaient longtemps leurs bourses. Ainsi, on parle, en 1369, de six ans pour Gilles des Champs, et de douze ans pour Nicolas de Hezerey; en 1380, de treize ans pour Guillaume Dujardin, et de seize ans pour Nicolas Pitemen. Nous ne devons pas nous en étonner, car, au commencement du uv* siècle, il ne fallait pas moins de seize ans pour arriver à la licence ou à la maîtrise en théologie. Cette faculté exigeait quatorze ans d'études et d'épreuves préalables, sans compter deux ou trois ans pour la licence ès-arts auparavant. On n'était docteur qu'à trente-cinq ans8. Hais ces longues études conduisaient souvent ceux qui les couronnaient par le doctorat aux plus hautes dignités. Ainsi nous verrons Gilles des Champs devenir chanoine de Rouen, proviseur du collège de Navarre, confesseur et ambassadeur de Charles VI, évëque de Coutances, enûn cardinal, sous le pape Jean XXIII4.

Nous sommes un peu mieux renseignés au sujet de Jean Boutin, qui administra le collège, après Richard Barbe, de 1380 à 1383. Nous apprenons, en effet, par une pièce de l'époque que nous citons aux documents annexes*, qu'il était du diocèse de Coutances, maître ès-arts et en médecine, archidiacre d'ÀvRAitCHEs, premier physicien ou médecin de Charles VI, et proviseur du collège des théologiens et des artiens d'HAiicouHT, en 1383. Un historien des médecins des rois de France dit également que « le premier médecin qui fut mis sur les états de la maison de Charles VI, dès que ce prince parvint à la couronne, c'est-à-dire le 22 septembre 1380, est maître Jean B ou tin, qui entra à la cour aux appointements

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