Les trois précédents étaient aussi grands boursiers
arche, sous quatre clefs, confiées chacune à la garde du proviseur, du prieur et des deux procureurs.
Enfin le collège possédait no sceau particulier, qu'il ne faut pas confondre avec les armes ou l'écusson du fondateur, qu'il avait aussi le droit d'arborer. Le sceau que nous avons retrouvé au bas de la fondation Boulin, et que nous reproduisons ici, représente la Vierge portant l'Enfant Jésus sur te bras
jMrttcnliar dn Collépe d'BKoottrt.
gauche et tenant un sceptre en forme de lys de la main droite; de chaque coté trois étudiants, à genoux, implorent sa protection ; aux pieds de la Vierge, l'écusson de Robert d'Harcoart, évêque de Coctàkcbs, de gueules à deux fasees d'or, traversé par une crosse ; a droite de la Vierge, le même écus-son sans crosse, mais brisé en haut d'une fasce vivrée d'argent, qui est encore d'HuiicooRT, et a gauche la reproduction de l'écusson du bas. Autour on lit : Sioillii* scouriom DOHoituM db Harcdria Pahisics, ce qui confirme l'existence des deux maisons du collège d'H.mcouRT, à droite et a gauche de la rue de la Harpe.
Thomas de Saint-Pierre imita son prédécesseur, en donnant par testament, le 29 juillet 1416, aux boursiers des deux communauté» « 594 écus d'or a la couronne avec une cédule
% de 1400 autres écus d'or aussi à la couronne et 600 livres
• tournois en monnaie, ainsi que tous ses meubles et con-
« quêts, sa bibliothèque, et même sa maison située rue de la
- Harpe, près de la rue des Deux-Portes (Porte Saint-Michel),
« laquelle a été ensuite aliénée par le collège à la charge de
« 26 livres de rente foncière à son profit. Ce proviseur laisse
« encore aux boursiers une rente de 3 livres 8 sols 9 deniers
« à prendre sur les anniversaires du chapitre de Notre-
« Dame1
Notons encore, au temps de Thomas de Saint-Pierre, quelques troubles qui agitèrent l'Université et durent avoir leur retentissement au collège (THàrcourt, par suite de l'émotion qu'ils causèrent parmi la jeunesse des écoles.
En 1387, un sergent du Chàtelet, Richard de Metz, viola les privilèges universitaires en s'emparant de deux écoliers qui, pour échapper à la justice, à cause de quelque méfait, s'étaient réfugiés dans l'église du couvent des Carmes, situé alors près de la place Haubert. Aussitôt grand émoi dans l'Université, qui menaçait de suspendre ses cours, si elle n'obtenait une réparation éclatante. Richard de Metz fut obligé de s'exécuter et de venir, en chemise, pieds nus, une torche à la main, accompagné de deux huissiers du Parlement, faire amende honorable, à genoux, devant les religieux carmes, qui relevaient de l'Université par les grades qu'elle leur conférait. Et, pour perpétuer la mémoire de cette réparation, un tableau qui représentait Richard de Metz dans son attitude de suppliant fut placé près du grand portail de l'église des Carmes, où il se voyait encore au xvue siècle, quand du Breul l'a mentionné dans ses Antiquitex de Paris*.
En 1404, l'affaire devint plus grave. Comme la procession de l'Université, présidée par le Recteur, se rendait au sanc-
1. Archives de Wniv. à la Bibl. de la Sorb., U. 132. N« 1 et 3.
2. Édition de 1612, p. 375. On conserve à l'École des Beaux-Arts, et nous en donnons ici un dessin, le bas-relief d'une réparation analogue accomplie en 1440 par trois sergents du prévôt de Paris qui avaient maltraité plusieurs religieux augustins, docteurs en théologie de l'Université (V. du Breul, Antiquité* de Paris, p. 554).
tuaire de Sainte-Catherine-du-VaUde^Ècoliert ou de là Couture, dans le faubourg Saint-Antoine, pour demander à Dieu l'extinction du Grand Schisme et laguérisondu roi, un incident se produisit devant l'hôtel de Savoisy, rue du Roi-de-Sicile. Un des valets de l'hôtel, en faisant galoper son cheval à travers les rangs des écoliers, couvrit de boue quelques-uns d'entre eux. Ceux-ci ripostèrent en frappant le valet, qui courut chercher ses camarades et, avec eux, poursuivit à coups de flèches les écoliers jusque dans l'église. Il y eut bientôt de nombreuses victimes, et des traits vinrent même tomber sur le maître-autel pendant qu'on y célébrait la messe. Le service divin fut interrompu, les chantres s'enfuirent, les officiants eurent leurs ornements percés, l'assemblée se dispersa et le prêtre put à grand'peine achever le sacrifice. L'Université réclama contre ce scandaleux outrage, avec d'autant plus d'énergie que Charles de Savoisy, chambellan et favori de Charles VI, avait encouragé la conduite de ses gens, croyant que sa situation leur assurerait l'impunité. Le Conseil du roi fut saisi de l'affaire, puis le Parlement, qui, après avoir entendu les plaidoyers du cordelier Pierre aux Bœufs et du chancelier Gerson, résolut de donner pleine satisfaction aux plaignants. Il fut décidé que l'hôtel de Savoisy serait démoli, et le chambellan condamné à une forte amende envers l'Université et les victimes, ainsi qu'à la fondation de cinq chapelles. Quant aux valets coupables de profanation et de meurtre, ils durent faire publiquement amende honorable, en chemise et nu-pieds, puis recevoir le fouet de la main du bourreau.
Les écoliers n'attendirent pas l'exécution de la sentence: ils démolirent de leurs mains l'hôtel de Savoisy. Le chambellan de Charles VI rentra en grâce auprès de l'Université, en 1406; mais il ne put obtenir son consentement pour rebâtir 3on hôtel qui ne fut relevé qu'en 1517, et encore à la condition qu'une plaque commémoralive de l'événement serait placée au-dessus de la porte d'entrée pour le signaler à la réprobation des âges futurs • .
1. V. du Breul, Antiquité* de Paris, p. 613; du Boulay, Sist.
Mais ce fut bien pis, en 1407, quand le prévôt de Paris, Guillaume de TignonYille, Gt pendre deux écoliers» l'un Normand et l'autre Breton, qui l'avaient, du reste, bien mérité pour les vols et les meurtres dont ils s'étaient rendus coupables. Les privilèges universitaires se trouvaient compromis par cette exécution; mais l'Université réclama en vain une réparation. L'année suivante elle recourut à son arme favorite, la suspension des cours; en même temps que l'évéque interdisait la prédication de l'Avent et du Carême. La cour ne cédait pas, le prévôt ne s'humiliait pas davantage. L'Université menaça alors d'émigrer à l'étranger, là où ses privilèges seraient mieux respectés. Devant cette menace, le prévôt dut se soumettre à la réparation qu'on exigea de lui. Il s'agissait de détacher lui-même du gibet les cadavres des écoliers, de les baiser sur la bouche et de les conduire en grande pompe sur un char drapé de noir au parvis de Notre- Dame, pour les présenter à l'évéque, et ensuite au couvent des Mathurins pour les remettre à la dépulationde l'Université, afin de leur donner une sépulture honorable. Après cela TignonYille fut révoqué de ses fonctions et ne put arriver plus tard à une autre charge qu'après avoir obtenu de l'Université le désistement de son opposition. Voilà comment, en ce temps-là, la Fille aînée des rois savait maintenir et défendre ses privilèges1 . Disons cependant, avec l'historien Cousinot, que l'Université avait d'abord désavoué les écoliers sous l'administration du duc d'Orléans, et qu'elle ne fit ensuite tout ce tapage en leur faveur que sous l'administration du duc
Univ. Paris, t. V, p. 95; Crévier, Hist. de VUniv. de Paris, t. III, p. 222. Le Journal de Nicolas de Baye, publié par A. Tuetey, t Iv, p. 100, résume le bizarre plaidoyer de Pierre amz Bœufs, tout farci de textes latin» et de souvenirs mythologiques dans le goût de l'époque. Il termine en conjurant la Cour de punir Savoisy qui a battu la fille du roi, c'est-à-dire l'Université de Paris, et de vérifier la sentence Mane, Teeel, Phares, que Daniel vit écrire sur la muraille du palais de Balthazar par trois doigts qui signifient les trois états du Parlement : présidents, conseillera, avocats et notaires.
1. Y. du Breul, Antiquité* de Paris, p. 613; du BouUy, Hist. Univ. ParU. t, V, p. 146; Crévier, Hist. de l'Univ. de Paris, t. III, p. 295.
de Bourgogne1. C'est que Tignonyille avait insinué que Jean sans Peur n'était pas étranger au meurtre du duc d'Orléans. Il n'en fallut pas davantage pour provoquer sa disgrâce.
Les boursiers du collège d'HARCOuRT durent concevoir une haute idée de la force et de la vigilance de l'Université, en la voyant contraindre les plus puissants à respecter ses privilèges et couvrir si efficacement de sa protection les moindres deses écoliers. Quel encouragement pour de pauvres étudiants à conquérir ces grades qui leur permettraient, à leur tour, de faire la loi aux grands de la terre ! Mais, en attendant, n'avaient-ils pas à se réjouir de vivre sous une discipline bienfaisante qui les préservait des dangers de l'indépendance auxquels étaient exposés leurs camarades moins favorisés ? Le fondateur d'HARcooivr avait donc sagement fait d'interdire à ses pensionnaires la fréquentation des processions de l'Université, source de tant de désordres1.
Les jeunes Harcuriens pouvaient encore se glorifier d'appartenir à un collège qui possédait alors à sa tête des hommes aussi distingués que ceux dont nous venons de rappeler le souvenir, Jean Boutin et Thomas de Saint-Pierre. Nous ne connaissons pas toutes les illustrations qui en sortirent au xv* siècle; mais nous pouvons invoquer ici les noms de Gilles Deschamps et d'Ursin de Talvende, qui jouèrent un rôle assez important à cette époque.
Gilles Deschamps, né à Rouen, était fils de Robert Deschamps, sieur de Tourville, qui fut maire de cette grande cité. Boursier au collège d'HARCOURT, il y devint docteur en théologie en 1383, et telle était sa réputation que son contemporain Guillebert de Metz le qualifie de souverain docteur en théologie. Sa science et son éloquence lui valurent d'être désigné parmi les députés du clergé de France envoyés à Avignon, sous le pontificat de Clément VII, pour y soutenir la doctrine de l'Immaculée Conception particulièrement chère
1. Cousinot, La Geste des nobles, XCVI, et Pniseuz, Docteurs normands.