‹ L'ancien Collège d'Harcourt et le Lycée Saint-Louis. Notes et documents pour la plupart inéditsChapitre 55 sur 355 · Statuts dCHarcourt, art. LXV · texte numérisé non relu

Statuts dCHarcourt, art. LXV

aux docteurs normands. A son retour, il est nommé Grand Maître du collège de Navarre et, peu après, aumônier du roi Charles VI, en 1404. C'est en celte qualité qu'il est chargé de plusieurs négociations importantes à Avignon et à Rome pour mettre fin au Grand Schisme par voie de cession, c'estràdire en obtenant la démission des deux papes, afin de pouvoir en nommer un seul qui serait accepté par toute la chrétienté. Gilles Deschamps, dit un biographe, fit admirer à Rome son éloquence dans vingt discours qu'il prononça devant la cour pontificale1. Ce fut le duc d'Orléans, l'ami du pape d'Avignon, qui par deux fois fit échouer la combinaison au moment où elle allait aboutir. Ce prince n'aimait pas d'ailleurs voir les universitaires contrarier sa politique. Bien que lettré et maniant habilement la langue des écoles, il traitait assez cavalièrement la docte corporation. Un jour que plusieurs membres de l'Université étaient venus le sermonner sur les abus de son administration, il leur dit d'un ton bourru, digne du bâton noueux2 qu'il avait pris pour emblème : « Régents, retournez à vos écoles. A chacun son métier. « Vous n'appelleriez pas apparemment des gens d'armes pour « opiner sur la foi... L'Université est appelée la fille du roi, « soit; mais il ne lui appartient pas de s'entremettre dans le • gouvernement du royaume. » Il ne manquait non plus aucune occasion d'être désagréable à l'Université. Les Armagnacs continueront cette mauvaise politique qui leur aliénera les docteurs de Paris. Tout au contraire, le duc de Bourgogne se montrait favorable au pape de Rome et poussait à l'extinction du Schisme. De là, les sympathies qu'il trouva plus tard du côté de l'Université. Deschamps est encore envoyé en ambassade aux deux papes Grégoire XII de Rome et Be-

1. L'abbé Guiot, dit le Moréri des Normands. Guillebert de Metz, Description de la ville de Paris; du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. IV, p. 947.

2. On sait que le duc d'Orléans faisait figurer dans son ècusson de fantaisie un bâton noueux, comme une menace à l'adresse de son ennemi le duc de Bourgogne, qui riposta en prenant un ècusson sur lequel on voyait un rabot. C'est ce qui a fait dire, lors de l'assassinat du prince d'Orléans, que le bâton noueux avait été raboté* .

nott lin d'Avignon, en 1407. lise rencontre dans cette mission avec le fameux cordelier Jean Petit, encore un docteur normand, qui sera l'apologiste du meurtre du duc d'Orléans par Jean sans Peur. A son retour, Gilles Deschamps est fait évêqne de Coutances, en 1408, et il devient cardinal, en 1411. Ses efforts pour rendre à l'Église la paix et l'unité méritaient bien cette récompense. Il n'est pas d'ailleurs le seul docteur normand sorti du collège d'HÂRCouRT, qui ait travaillé à cette grande œuvre1.

Ursin de Talvende, ou plutôt de Tallbvendb, près Vire, fut neuf ans boursier du collège d'HARCouRT, puis principal des Artiens, et nous trouvons son nom sur la liste des maîtres es arts qui signèrent à Vobitde la fondation Boutin, en 1384. 11 devient peu après docteur en théologie et archidiacre d'ÉvRBux, sous l'épiscopat de Guillaume de Gantiers. Sa science et son éloquence, disons-le aussi, son caractère ambitieux et violent, l'appelaient à prendre part aux affaires politiques et religieuses qui agitaient l'Église et la France, au temps du Grand Schisme et de la folie de Charles VI.

En 1412, le collège d'HARcocRT participa le 4 juin à la procession de l'Université, ordonnée pour le succès de l'expédition de Charles VI contre le duc de Bcrry. « On vit, dans cette circonstance, dit le Journal d'un bourgeois de Paris, les petits enfants des écoles tous nu-pieds, un cierge allumé à la main, se rendre des Machurins à Sainte-Calherine-du-Valdes-Écoliers, portant de saintes reliques, afin d'obtenir la paix entre le roi et les princes* ».

En 1413, Talvende intervient, aujiomde l'Université, dans les efforts qui sont tentés par l'Assemblée des Notables pour rétablir la paix dans le royaume troublé par les factions des Armagnacs et des Bourguignons, et l'ordre dans les finances dilapidées par les ministres du roi.

« On connut, dit le continuateur de Fleury, les bonnes

1. L. Poiseux, les Docteurs normands au commencement du XI* siècle.

2. Journal <fun bourgeois de Paris, publié par A. Tuetey, p. 21.

« intentions de l'Université par le discours que fit, en pré-» « sence du roi, le docteur Ursin de Talvende, sur le sujet « de la paix au nom des facultés. Il y marque fortement tous* « les désordres qui étaientdans l'administration des finances, « dans le choix des officiers, dans la fabrique des monnaies. « Il n'épargna point les personnes coupables, non pas même

• le chancelier Arnaud de Corbie, quoiqu'il n'y fût pas

• nommé. Hais le roi protégeait ce magistrat f. »

Les réformes demandées par l'assemblée furent accordées; mais l'Université et la bourgeoisie de Paris voyaient avec déplaisir que leur idole, le duc de Bourgogne, fût l'objet des défiances de la cour. Le jeune dauphin commit alors l'imprudence d'accorder sa protection au prévôt de Paris, Pierre des Essarts, l'ennemi de Jean sans Peur. Il n'en fallut pas davantage pour déterminer une émeute, que le moindre incident ferait éclater. L'incident vint précisément, qui le croirait? du côté du collège d'HARCouRT. C'est pourtant l'exacte vérité.

Au mois de février 1413, quand on ouvrit un matin les portes du collège d'IlARCouRT, on les trouva obstruées par un cheval mort que les gens d'un hôtel voisin étaient venus y déposer pendant la nuit. Les écoliers, furieux de cette mauvaise plaisanterie, transportèrent la bête devant l'hôtel d'où elle venait et brisèrent la vaisselle de l'hôtelier. Ce fut au tour de l'hôtelier de se mettre en colère, et, comme il était sergent du Chàtelet, il fut soutenu par le prévôt des Essarts, qui fit remettre le cheval mort à la porte du collège. Les écoliers en vinrent aux mains avec les sergents du Chàtelet et eurent le dessous. 11 n'en fallut pas davantage à un moment où les esprits étaient déjà surexcités, pour troubler l'Uni versilé. Un grand rassemblement se produisit auprès du corps du délit, et une vive querelle s'engagea entre les suppôts de l'Université, le prévôt de Paris et ses sergents *. Pierre

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