‹ L'ancien Hotel de Ville de ParisChapitre 10 sur 68 · GRAND ESCALIER DES SALONS MUNICIPAUX · texte numérisé non relu

GRAND ESCALIER DES SALONS MUNICIPAUX

Dessin de Victor Calliat.

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situation assez difficile. D'un côté en présence de l'insuccès que M. Godde avait obtenu, il ne voulait point lui conserver exclusivement la mission dont il l'avait chargé. De l'autre, le conseil municipal prétendait lui imposer deux autres architectes, fort puissamment patronnés par des personnages politiques. Un matin, M. Lesueur, ancien pensionnaire de Rome, attaché aux travaux du ministère de l'intérieur, aujourd'hui membre de l'Institut, fut mandé au cabinet du secrétaire général de la préfecture qui l'informa de l'intention définitive de M. de Rambuteau de l'adjoindre à M. Godde.

Invité à présenter personnellement un plan, M. Lesueur demanda trois semaines; au bout de ce temps, il soumit au préfet et au conseil municipal une esquisse qui fut acceptée. La collaboration des deux architectes n'était que nominale; M. Lesueur n'avait pas tardé, en présence des tiraillements incessants qui se produisaient entre eux deux, à réclamer la direction effective des travaux, qui lui fut accordée par l'administration. Les opérations de démolition, comprenant une superficie considérable, durèrent environ dix-huit mois. Le 20 août iSSy on posa la première pierre des nouveaux bâtiments. Les travaux commencèrent par l'aile droite, au coin de l'arcade Saint-Jean, se continuèrent par le corps de bâtiment sur le quai, dont le premier étage fut divisé en salons de réception et l'entresol réservé aux appartements du préfet. Vinrent ensuite l'aile gauche et la façade sur la rue de la Tixeranderie. Ce fut par l'admirable et vaste galerie des fêtes, sur la place Lobau, que se termina cette œuvre considérable, qui donnait à l'édifice municipal une superficie de dix mille cinq cents mètres. Les crédits affectés à ces travaux, complètement terminés en 1846, avaient dépassé douze millions. L'ancien Hôtel de Ville avait été religieusement respecté; l'aménagement intérieur seul en avait été modifié pour l'installation des nouveaux services. Les cours avaient également subi

quelques transformations dans leur physionomie primitive. Un architecte de grand talent, Duc, a porté sur l'oeuvre de M. Lesueur un jugement sévère :

L'Hôtel de ^'ille de la fin du xvi" siècle, écrivait-il dans un rapport adressé, en (872, au conseil municipal, était un joli monument complet, bien proportionné, flanqué adroitement de deux pavillons avec échauguettes et surnionté d'un beffroi. Les adjonctions que l'on fit à cet édifice, il y a trente-cinq ans, eurent le tort de détruire l'harmonie parfaite de la composition première et de présenter un ensemble assez peu compréhensible de corps de bâtiments et de pavillons sur lesquels le style de l'architecture primitive, convenable en un petit espace, se développait indéfiniment et sans que ces détails fussent, dès lors, en rapport avec l'échelle de l'ensemble.

Mais cet édifice présentait des défauts plus graves : les bureaux s'enchevêtraient avec les appartements de réception; ces bureaux étaient aussi mal disposés que possible, obscurs, étroits, juchés les uns sur les autres avec des escaliers de communication d'une raideur telle que l'ascension en était très pénible. Pendant le jour, il fallait maintenir, dans les galeries qui donnaient accès dans ces bureaux, de la lumière. Quant à l'aération, elle était nulle. La plupart de ces bureaux étaient disposés dans l'aile du nord, qui reproduisait exactement comme architecture l'aile du sud consacrée aux appartements de réception. Et cependant d'autres bureaux s'intercalaient dans les bâtiments consacrés à d'autres services. Il fallait bien connaître les êtres pour ne pas se perdre dans ces corridors et ces escaliers sans fin.

Si la destruction de tout ce que contenaient ces bâtiments est à jamais regrettable, il faut avouer que la ruine des bâtisses l'est beaucoup moins.

En 1868, le campanile, élevé en 1608, qui menaçait ruine, fut reconstruit par un architecte de la ville, M. Max Vautier, dans des proportions plus grandes que celles quil avait auparavant.

Le récit douloureux de lincendie qui a détruit de fond en comble IHôtel de Ville doit clore cet exposé historique de la construction et des transformations successives du vieux palais municipal.

Dès rentrée de l'armée de Versailles, peut-être même avant, la destruction de l'Hôtel de Ville avait été décidée par la Com-

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mune. Cette résolution faisait partie de l'ensemble des mesures incendiaires, adoptées pour retarder les troupes dans leur marche, et donner ainsi à la Révolution quelques heures de plus pour la résistance. Dans la nuit du 24 mai, l'Hôtel de Ville était abandonné par les membres de la Commune et par le général Eudes, qui prenaient quartier général à la mairie du boulevard du Prince- Eugène. Tous les préparatifs d'incendie étaient achevés depuis le matin. De distance en distance, on avait placé, dans la grande galerie des fêtes, dans les salons, des barils de poudre, des bonbonnes de pétrole, des amas considérables de papiers et de bois. Le commandant militaire, Pindy, monté dans le campanile, observait les environs pour donner l'ordre d'incendier, aussitôt que le premier soldat de l'armée de Versailles apparaîtrait. ce Les membres de la ligue des droits de Paris firent inutilement auprès du commandant une suprême démarche pour sauver le monument \ Le dernier qui lui parla, M. Bonvalet, vit, en se retirant, les zouaves de la Commune arroser de pétrole un énorme amas de papier dans la grande galerie des fêtes. A peine était-il à cent pas du monument, que tout flambait derrière lui, au bruit des canons de la place qui tonnèrent ainsi jusqu'au soir pour empêcher qu'on ne vînt éteindre l'incendie. Les canons ne se turent qu'après l'effroyable ébranlement qui fît tomber de son haut, dans le cratère, le campanile de fonte déjà rougi; cent barils de poudre amassés dans le sous-sol venaient de sauter. » L'incendie dura huit jours ; malgré le dévouement des corps de pompiers accourus de province et de Londres, tout fut consumé. Il ne restait plus du monument, de toutes les richesses artistiques qu'il renfermait, que des pans de mur éventrés, calcinés, branlants, et des cendres fumantes.

Et c'est aux cris sinistrement ironiques de Vive la Commune!

I. Edouard Fournier : V Hôtel de Ville de Paris. Paris à travers les âges. (F. Didot et G'", éditeurs.)

que l'Hôtel de Ville, ce berceau des libertés municipales, s'écroulait! Le souvenir des luttes fécondes contre le despotisme dont il avait été le théâtre, les glorieuses figures qui formaient autour de lui une ceinture d'honneur, images de presque tous hommes du peuple partis d'en bas pour arriver aux plus hauts sommets par le génie, par le travail et par les vertus civiques, n'avaient pu le protéger contre la barbare folie des hommes de cette révolution faite au nom de Paris et de la Commune !

Mais l'Hôtel de Ville, comme la liberté, renaît de ses ruines; le vieux symbole de la grande cité resplendit de nouveau sur le fronton du palais municipal avec sa belle et triomphante devise :

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