‹ L'ancien Hotel de Ville de ParisChapitre 4 sur 68 · LA MAISON AUX PILIERS · texte numérisé non relu

LA MAISON AUX PILIERS

ville plus spacieux et plus monumental. Le i3 novembre 1629, dans une assemblée du bureau de la ville présidée par le prévôt des marchands, Gaillart (Spifane), les magistrats municipaux en manifestèrent le désir au gouverneur de Paris. Ils lui remontrèrent, en outre, que «plusieurs maisons avoisinant l'ancienne Maison aux Piliers seroient grandement nécessaires » pour ériger leur nouvelle construction ; qu'on ne pouvait s'entendre avec les propriétaires de ces maisons, parce qu'il y avait plus de « cinquante particuliers y prétendans ». En conséquence, le gouverneur était prié d'obtenir du roi des lettres patentes pou:r avoir « par justice lesdictes maisons, en les récompensant de leur juste valleur ». Le bureau de la ville décida, au mois de mars suivant, sans doute après que les lettres patentes du roi eurent été délivrées, que l'on offrirait aux propriétaires « maison pour maison, selon la prisée qui en seroit faite ». Il fit ces acquisitions, pour lesquelles la ville se vit condamner plus tard par le parlement à payer diverses rentes à des établissements religieux ou civils, entre autres trente-cinq livres tournois à la Sainte-Chapelle du Palais et un écu quarante sols tournois à l'hospice royal des Quinze-Vingts'. En vertu de l'autorisation du roi, on construisit donc, à partir de cette année i53o, des bâtiments dont faisaient partie, d'une manière incontestable, la façade sur la place de Grève, telle que l'a dessinée grossièrement Jacques Cellier, Rémois,

I. Ce ne fut pas tout : les propriétaires et administrateurs d'un petit hospice établi sous l'invocation du Saint-Esprit, sur le même plan que l'ancienne Maison aux Piliers, au fond de la place de Grève, prétendirent que l'érection du nouvel Hôtel de Ville devait leur porter préjudice, endommager leur chapelle, et les priver du profit qu'ils retiraient d'une maison en saillie, louée par eus à des particuliers; le 23 avril i533, les magistrats municipaux obtinrent de François I"'' des lettres patentes qui les autorisaient à l'achat de cette maison, moyennant un prix raisonnable déterminé par des experts. Un arrêt du parlement, rendu le 26 juillet de la même année, enté-

rinait ces lettres patentes, mais avec des conditions favorables à l'hôpital du Saint-Esprit. Le prévôt des marchands et les échevins pouvaient acquérir la maison avoisinant l'hôpital et la démolir, mais à condition qu'ils feraient construire un arc de 27 à 28 pieds de hauteur sur 28 de largeur, qui serait appliqué à l'accroissement de la chapelle « dudict Sainct-Esprit, avec un portail en pierres de taille, en forme d'angle, pour l'entrée de ladicte chapelle, auquel portail sera mis la représentation de la Trinité enlevée en taille, en forme et manière que un chascun puisse cognoistre ledict lieu estre sacré et dédié au Sainct- Esprit ».

ainsi que les substructions et le rez-de-chaussée, utilisés postérieurement dans les bâtiments neufs sur la ruelle Saint-Jean et sur la rue du Martroy. « Dans ce dessin", dit Leroux de Lincy, — dont nous citons la description parce que ce texte est un argument en faveur de la thèse que nous soutiendrons plus loin de la fausse attribution de l'hôtel de ville de i533 à Dominique de Cortone, — on remarque trois frontons de forme élevée qui semblent servir de couronnement à la partie gauche de cette façade, du côté du Saint-Esprit. Le premier, qui est le plus grand, surmonte la porte du Saint-Esprit; il est ouvert par cinq croisées circulaires; le second, un peu moins élevé, est traversé par une rosace et deux petites fenêtres, et surmonté d'une grosse fleur de lis; le troisième, enfin, se trouve immédiatement au-dessus de la porte d'entrée. Le manque de perspective du dessin de Jacques Cellier empêche de déterminer d'une manière précise la position de ces trois frontons ; on doit supposer cependant qu'ils appartenaient aux constructions placées en arrière de la façade dépendant de l'hospice du Saint-Esprit, ou de l'ancien Hôtel de Ville. Le dessin de Cellier indique aussi une horloge appuyée au pavillon de la porte Saint-Jean, et maintenue à gauche par une console semblable à celles qui décorent le pavillon à ce premier étage. Toutes les parties de cette façade, telles qu'on les voyait à la fin du XVI' siècle, existent encore aujourd'hui et peuvent être distinguées des parties qui ont été superposées. Un oeil exercé remarquera facilement combien l'ornementation primitive l'emporte par la finesse et la délicatesse des détails, et l'on ne peut trop regretter que Boccador n'ait pas terminé l'œuvre qu'il avait si bien commencée. »

On ne tarda point sans doute, avant que les travaux fussent

I. La reproduction de ce dessin, qui accompagne le texte, n'est point conforme à la description de Leroux de Lincy. Ce document précieux ayant été brûlé dans l'incendie de l'Hôtel de Ville,

nous n'avons eu à notre disposition pour le restituer que des gravures imparfaites où le caractère primitif du dessin de Jacques Cellier a dû être profondément altéré.

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fort avancés, à reconnaître que les nouveaux bâtiments étaient insuffisants; ou bien le bureau de la ville, François I" peut-être, ne furent-ils point satisfaits de l'œuvre de Dominique de Cortone. Quoi qu'il en soit de ces deux hypothèses, le prévôt des marchands et les échevins se préoccupèrent de modifier l'Hôtel de Ville sur des plans nouveaux. Comme il était d'usage, la question dût être portée devant le roi, qui acquiesce à la requête des magistrats municipaux et ordonne en conséquence que « l'hostel commun de ladicte ville de Paris soit élargi et reédiffié y>. C'est évidemment à cette requête que se rapporte le document suivant, en date du 23 avril i533 (Archives nationales), dont on trouvera le texte intégral aux annexes : « François, par la grâce de Dieu roy de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Comme pour la décoration de nostre bonne ville de Paris, ville cappitalle de nostre royaulme, nous eussions pieçà oj'donné à noz très chers et bien-amez les prevost des marchans et eschevins de nostre dicte ville, faire croistre, eslarg-ir, bâtir et reediffier de nouveau l'Hostel commun d'icelle, en suivant laquelle ordonnance, ledict prevost des marchans et eschevins auroient faict faire ung portraict de la forme et devys du bastiment dudict Flostel, lequel ils nous auroient monstre, et l'ayant trouvé agréable, nous leur aurions derechef commandé y faire besongner en toute dihgence; et pour ce que oultre les maisons qu'ils ont puis naguères acheptées pour l'eslargissejiient dudict bastiment, il leur est encore besoing- avoir et recouvrer la saillye de l'église du Sainct-Esprit, qui est joignant la saillye dudict hostel, estant de largeur jusques au portail de ladicte église,... pour ces causes et autres à ce nous mouvans, avons permis et octroyé, permettons et octroyons, voulions et nous plaist qu'ilz puissent et leur loise prandre et appliquer audict bastiment et ediffice d'icelluy Hostel commun les saillyes et maisons ci-dessus déclarez, spécifiez et désignez, etc., etc. »

La réédification de THôtel de Ville dans des proportions plus considérables et dans des conditions artistiques qui, suivant l'expression de François I", devaient en faire « un édiffice somptueux et des plus beaulx que Ton saiche », correspondait d'ailleurs à un ensemble de grands travaux d'édilité destinés à modifier complètement la physionomie de Paris, « la plus fameuse, populeuse et louable ville et cité, non seulement de nostre royaulme, ajoutait le roi, mais de toute la Chrestienté, et où afliuent et viennent ordinairement gens et estrangers de toutes nations, les uns pour y demeurer et résider, les autres pour y traffiquer et marchander. )> Clément Marot, chroniqueur et poète à la fois, rimait une fine épigramme sur i ordoniiance que le roy fist de bas tir à Paris avec proportion :

Le roy aimant la décoration

De son Paris, entr'autre bien ordonne

Qu'on y bâtisse avec proportion,

Et pour ce faire argent et conseil donne,

Maison de ville, y construit belle et bonne;

Les lieux publics devise tous nouveaux,

Entre lesquels, au milieu de Sorbonne

Doit, ce dit-on, faire la place aux veaux.

SALON DE LA TAIX

Peinture de Delacroix.

SALLE DES CARIATIDES

Peinture de L. Benouvîlle.

L'histoire de la Renaissance française a été, jusqu'à la seconde moitié de ce siècle, écrite de la manière la plus bizarre et la plus erronée. Toutes les grandes œuvres architecturales, toutes les merveilles d'art dont elle a couvert notre pays, ont été attribuées presque exclusivement aux artistes italiens, que Charles VIII, Louis XII et François I" avaient amenés ou appelés en France, au retour de leurs campagnes au delà des Alpes. Vignole avait bâti Chambord qui est de Trinqueau et de Jean Marchant; le Giocondo, Gaillon, l'œuvre collective de Guillaume Senault, Pierre Fain, Pierre Delorme, etc. ; nous devions à Serlio Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, dont les architectes sont Gilles le Breton et Pierre Chambiges. Les portes de Saint-Maclou, ce chef-d'œuvre de Jean Goujon, aussi dignes que les portes du Baptistère de

Florence de servir de portes au paradis, avaient été sculptées par Michel-Ange et apportées à Rouen par le diable! Tout était légende. La critique contemporaine, moins légère et moins crédule que ces historiens, dont le siège était toujours fait et qui se transmettaient ainsi la tradition an panitaliaiiisme, de générations en générations, a fouillé courageusement les archives, compulsé, étudié avec science et perspicacité les documents originaux, inventaires, livres de comptes royaux, registres de municipalités, et a rendu à la France ce qui était à la France, c'est-à-dire presque tout, à l'Italie ce qui était à l'Italie, le reste, fort peu de chose. Elle a prouvé que, contrairement aux légendes, il avait existé une renaissance française , efflorescence éclatante du génie national, dont l'influence puissamment féconde avait eu une expansion dans toutes nos provinces qu'elle couvrait presque simultanément de chefs-d'œuvre incomparables, de monuments de tout genre, où l'originalité la plus vive, la fantaisie la plus charmante s'allient à une pureté antique de lignes, à une fierté majestueuse de formes. Chaque jour amène une restitution à l'art français; l'inventaire déjà considérable de ses merveilles s'accroît continuellement de quelque nouveau joyau. Nous avons l'ambition patriotique d'apporter une contribution aux travaux de nos illustres maîtres et devanciers, en entreprenant, sinon de résoudre, du moins de soulever une question nouvelle de fausse attribution, à propos d'une des plus belles créations de la Renaissance française, l'ancien Hôtel de Ville de Paris.

En i533, le i5 juillet, écrivait le vieux chroniqueur Jacques du Breuil dans son Théâtre des Antiquités de Paris, fut posée' la première pierre du « nouveau bastiment de l'hostel de ville par messieurs maistre Pierre Viole, sieur d'Athis, conseiller du roy, nostre sire en sa cour du parlement à Paris, prévost des mar-

I. François I"' ne put assister à cette cérémo- 1 voyage qui se termina par le mariage de son fils nie. Il faisait avec la reine, dans le midi, le long | Henri avec Catherine de Médicis.

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