L ARCADE SAINT-JEAN
chans et maistres Gervais Larchier, Jacques Bourcier, Claude Daniel et Jean Barthélémy, eschevins, lesquels avoient chascun une truelle argentée pour prendre du mortier fait de sable et de chaux. Sur laquelle pierre estoit une lame de cuivre, où estoient gravées les armes du Roy et aux deux costez les armes de la ville avec cet escrit : Facta fue7~unt hœc fundainenta anno Domini M. D. XXXIII die i5 lulii, sub Francisco primo, Francorum Reg-e christianissimo, et Petro Viole, eiusdem Régis consiliario, ac mercalorum hiiiusce civitatis Parrhisiœ, prefecto, œdilibus, consulibus ac scabinis Cervasio Larchier, Jacobo Boursier, Claudio Daniel et Joan. Bartholomœo .
« Pendant que Ton faisoit l'assiette de cette pierre, sonnoient les fiffres, tabourins, trompettes et clerons ; artillerie, cinquante hacquebutes à crocq de la ville, avec les hacquebutiers d'icelle ville qui sont en grand nombre. Et aussi sonnoient à carillon les cloches de Saint-Jean-en-Grève, du Saint-Esprit et de Saint- Jacques-de-la-Boucherie. Aussi au milieu de la Grève, il y avoit vin défoncé, tables dressées, pain et vin pour donner à boire à tous venans, en criant par le menu peuple à haute voix : Vive le Roy et messieurs de la ville. Au-dessus de la grand'porte dudit Hostel fut escrit en marbre ce qui s'ensuit. » Voici, d'après Gilles Corrozet qui la donne plus complète que Jacques du Breuil, cette inscription : Senatui, populo, eq.uitibusq.ue parisien. Pie de se
MERITIS, FrANCISCUS PRIMUS FrANCORUM REX POTENTISSIMUS HAS iEDES A FUNDAMENTIS EXTRUENDAS MANDAVIT, ACCURAVIT, CONGENDISQUE PUBLICE CONSILIIS ET ADMINISTRAND^ REPUBLICiE DICAVIT. AnNO A SALUTE CONDITA. M. D. XXXIII, IDIBUS JuLII InCISUM M. D. XXXIII IDIBUS SEPTEMBR. PeTRO ViOLA PREFECTO DeCURIONUM. CLx\UDIO
Danielle, Joanne Bartholom.eo, Martino Bragelonio, Joanne CuRTiNO Decurionibus. Dominico Cortonensi architectante.
Cette dernière partie de l'inscription forme le point de départ
delà légende qui a fait attribuer jusqu'à ce jour à Dominique de Cortone THôtel de Ville de Paris et plus particulièrement la façade toujours dénommée populairement et historiquement, la façade du Boccador. Cette attribution est-elle incontestable? Nous
ne le croyons point et nous espérons pouvoir démontrer par l'analyse des rares documents relatifs à la construction de cet édifice qui nous ont été conservés, par une étude minutieuse des anciens bâtiments, que l'Hôtel de Ville n'était point l'œuvre de Dominique de Cortone.
Qui était ce Dominique de Cortone dont le nom figure dans l'inscription précitée avec la qualification d'architecte? Dans les Comptes des bâtiments royaux (archives de l'art français), nous trouvons deux passages qui le concernent et dont voici le texte :
Dépenses de Charles VIII. — A Domenico de Courtonne, faiseur de chasteaulx et menuisier de tous ouvrages de menuiserie', à la raison de xx L. t. par moys, valleur par an i^' xl L. t.
Dépenses secrètes de François I". — Dominique de Courtonne architecte, en don, la somme de neuf cens livres, pour le récompenser de plusieurs ouvrages qu'il a faitz depuis quinze ans ençà, par l'ordonnance et commandement du Roy, en patrons, en leve'es de bo\-s, tant de la ville et chasteaulx de Tourna}^ Ardres, Chambort, patrons de ponts à passer rivières, moulins à vent, à chevaulx et à gens que pour autres ouvrages qu'il a faitz et fait faire depuis ledit temps pour le service dudit seigneur où il a eu de grans pertes, et dont le Roy ne veult être icy fait autre déclaration, cy ixM.
D'après ces documents, Dominique de Cortone, au nom duquel n'est point, comme on le voit, accolé le surnom de Boccador ou Boccadoro, était donc depuis longtemps au service du roi, en
I. Il ne faut pas croire que ces expressions n'indiquent qu'un charpentier; chasteaulx, comme l'a noté Roquefort dans son Glossaire, signifie des tours de bois employées dans les attaques; ce Dominique de Cortonne serait donc au moins un ingénieur. Quant à ce nom de menuisier, il est, encore plus ici qu'ailleurs, synonyme de ces dési-
gnations de lignaiulo et de lignatore, que nous trouvons dans les documents italiens appliqués à certains architectes. On peut voir cette appellation donnée au Cecca dans les documents cites par les derniers éditeurs de Vasari. {Archives de l'Art français, t. l", i8bi, i" série. — Note de M. Anatole de Montaiglon )