SCULPTURES
Nous ne parlerons point dans ce chapitre des deux cheminées monumentales de la grande salle, exécutées par Biard, David de Villiers et par Thomas Boudin; elles existaient encore au moment de l'incendie, dans leur forme primitive peu sensiblement modifiée. La principale œuvre de sculpture qui décorait le palais municipal avant la Révolution était la statue équestre de Henri IV, placée au-dessus de la principale porte d'entrée. Pierre Biard en était l'auteur. Sauvai a donné de cette œuvre une description très détaillée :
AVANT LA RÉVOLUTION
La statue équestre de Henri IV sculptée au-dessus du portail est de pierre de Trouin aussi bien que la meilleure partie de l'édifice. Biart le père Fa taillée dans la masse. L'ouvrage est si beau que non seulement il passe pour son chef-d'œuvre, mais même pour la meilleure figure équestre de Paris, et une des plus excellentes de l'Europe. Le cheval est si vivant et si actif, on remarque dans son action tant de vie et de force, qu'il semble^marcher ; ses jambes sont si belles et si bien proportionnées la croupe est si ronde et si grasse, si bien nourrie; son cavalier est si naturellement assis dessus, que c'est un parfait original du visage et de l'attitude de ce grand prince. Quant à la tête, outre que jamais cheval ne l'eut si fière, la beauté en est incomparable et presque inimitable. Son œil gauche est si vif, ses narines si naturelles qu'elles semblent jeter feu et flammes. Il mord avec tant de feu son mors, on voit par la juste et naturelle disposition des nerfs, muscles et artères et des veines qui paraissent le long de la tête que c'est un cheval vigoureux et fougueux tout ensemble, qui veut prendre l'essor et faire tous ses efforts pour s'échapper des mains de son maître. Enfin c'est une figure où Biart n'a rien oublié; tout ce qu'il y a, c'est que le roi est en danger d'avoir la tête cassée et d'être renversé, pour si peu que le cheval se remue et se cabre, à cause de l'espace étroit où cette figure est, qui remplit l'arcade tout entière. Ce cheval, au reste, est fait d'après celui de Marc-Aurèle, quoique Biart ait tâché de le déguiser de la meilleure grâce qu'il lui a été possible. Il lui a même donné un peu plus d'esprit, afin qu'on crût qu'il ne l'avait point modelé. Le fils a depuis si misérablement et si notablement gâté l'ouvrage de son père, que la jambe du côté du montoir qu'il a retouchée est tout estropiée et ressemble à la jambe d'un chien, au lieu que l'autre qu'il n'a point touchée est tout d'esprit.
Cette statue équestre de Henri IV fut enlevée à la Révolution. En i836, Lemot, de l'Institut, en exécuta une reproduction en bronze sur fond de marbre, laquelle reproduction a été préservée de la destruction dans l'incendie du monument.
En février 1734, un buste de Louis XV, par Coustou jeune, fut posé dans la chambre qui servait de bureau aux magistrats municipaux'.
En 1786, l'on plaça un buste de La Fayette à l'Hôtel de Ville dans les circonstances suivantes, que rapporte Thierry (Guide des amateurs et des étrangei's voyageurs à Paris) :
I. Leroux de Lincy. — Coustou indiqua luimême la place que devait occuper le buste qu'il avait fait. Son choix dut être blâmé par quelques personnages importants, car il se crut obligé de faire la note justificative suivante : « Raison pour quoy M. Coustou n'a pas élevé plus haut le buste du Roy : i° c'est qu'il n'auroit pas reçu le jour comme il le reçoit; i" s'il avoit été élevé plus
haut, de la grandeur dont il est, parce que les traits se seroient perdus à la veue; 3° il a été obligé de s'assujettir à la hauteur de la corniche du lambris, et si le buste avait été plus haut ou plus {sic), cela auroit coupé ou le buste ou la console. )i
[Archives générales du département de la Seine. )
Les États de Virginie, en reconnoissance des services du major général, le MARQUIS DE La Fayette, ayant résolu de placer son buste dans leur capitale, et étant dans l'intention d'ériger un monument à ses vertus, et aux sentiments qui lui sont voués, dans le pays auquel ils sont redevables de sa naissance, chargèrent M. Jefferson, ministre plénipotentiaire des États-Unis à Paris, de solliciter MM. les prévôt des marchands et échevins de la ville de Paris, pour les engager à accepter le buste de ce brave officier, comme un second témoignage de leur reconnoissance, et de les prier de le placer dans un lieu qui puisse rappeler toujours cet hommage honorable et attester le dévouement des alliés de la France.
Le corps municipal à qui M. le baron de Breteuil fit savoir que le roi, à qui il en avoit rendu compte, approuvoit que ce buste fût accepté, s'étant assemblé le 28 septembre 1786, M. Short, ancien membre du conseil des États de Virginie (M. Jefferson étant retenu chez lui par une indisposition), est arrivé à l'Hôtel de Ville, pour y présenter le buste exécuté par le sieur Hoiidon, sculpteur du roi, et pour remettre à MM. les prévôt des marchands et échevins une lettre de M. Jefferson, ainsi que les délibérations des États de Virginie. M. Le Pelletier de Morfontaine, conseiller d'État, prévôt des marchands, ouvrit la séance par en annoncer le motif et l'objet, et remit à M. Vej'tard, greffier en chef, toutes les pièces dont il s'agit, pour en faire lecture. Après quoi M. Éthis de Corn}', avocat et procureur du roi, et chevalier de l'ordre de Cincinnatus, prononça un discours dans lequel il rappela, d'une manière très intéressante, les services de M. de La Fayette dans l'Amérique septentrionale, la confiance de l'armée et l'attachement des peuples pour ce général.
Ce discours, fini et très applaudi, M. Éthis de Corn}' donna les réquisitoires et conclusions nécessaires pour la réception de ce buste, conformément aux intentions du roi, et, en conséquence de ces conclusions, le buste a été placé, au bruit d'une musique militaire, sur la cheminée qui est à droite de la grande salle de l'Hôtel de Ville.
Cette cérémonie aussi nouvelle qu'intéressante a produit les plus vives impressions de plaisir et d'attendrissement sur les spectateurs. Un homme de lettres qui en était témoin a appliqué heureusement à M. de La Fayette ce que Tacite dit de Germanicus : Frnctus fama siii.
herculr tue lk centaure, l'ar delacroix {salon de la paix).