PORTR.A.ITS
Janet Clouet (attribué à . — Grand portrait d'Éléonorc d'Autriche ^vente Robinson, de Londres\
Nanteuil (copie d'après . — M"" de Sévigné [M. Verdot).
Mignard (copie d'après). — M"'^^ de Grignan (vente publique).
Porbus (école dé). — Portraits de deux magistrats parisiens.
Lebrun (école de\ — Portrait de Molière ^acheté par l'intermédiaire de W. Burger.
^'anloo (Carie). — M. de Choiseul M. Francis Petit).
Tocqué. — M. de Marigny (vente dirigée par M. Ferai). M. Lenormant de Tournehem (vente dirigée par M. Horsin-Déon).
LE MUSÉE MUNICIPAL. 14g
Ant. Coypel. — Le peintre et sa famille (vente dirigée par M. Ferai).
A'anloo (Michell — Duchange, graveur parisien (coll. Boittelle).
Porbus jeune et Zeghers. — Marie de Médicis (vente d'Azeglio'.
Mignard. — M'"" de Montausier, médaillon entouré de fleurs (M. Warneck).
Duplessis. — L'abbé Arnauld (vente Ruhier).
Drouais. — Le comte dArtois (vente Opigez).
David. — Le baron Alquier, un des fondateurs du Conservatoire des arts et métiers (M. Gaucher).
Vincent. — Janvier, horloger et astronome parisien (coll. Boittelle).
Aved. — Portrait de M'"" de Sène, actrice \coll. Boittelle;.
Poerson. — Servandoni, architecte (M. Récappé).
Chardin (attribué à). — Moreau, graveur (M. F. Petit).
Gu3'ard-Labille (M'""). — Janvier, astronome (^L Basset).
Vanloo (Michel). — Le marquis de Saint-Florentin (vente Ruhier).
Rigaud. — Portrait de Samuel Bernard, en pied (vente Hédouin).
Phihppe de Champaigne. — Lemaistre de Sacy (vente Ruhier).
Frère André. — Le frère Romain, architecte du Pont-Ro3fal.
De Troy. — Portrait en pied du grand Dauphin (vente Ruhier).
Largillière. — Jean-Baptiste Rousseau (vente Horsin-Déon).
Coj'pel. — L'abbé SoUin (vente Ruhier).
Latour. — ■ Cupis, père de la Camargo icoll. Boittelle\ — ■ M. de Marigny jeune (M. F. Petit\
Inconnus. — • Le général Augereau (vente publiquei. — ^'adier, président du Tribunal révolutionnaire (col. Boittelle'. — ^ Germain, orfèvre parisien (M. Basset). — L'abbé Lenglet du Fresnoy (vente Ruhier\
École française (xiv^ siècle). — Bal sous Charles VI i^collection Gailhabaud).
Michel. — Grande vue du port de Bercy (l'auteur).
Prud'hon. — Projet de colonne commémorative.
Swebach. — Projet pour la décoration du Pont-Neuf (M. Forgeais).
La collection de gravures était fort importante. Le premier fonds provenait de Tacquisition faite par la ville de Paris de la collection Gailhabaud (achetée 1 25 ,000 francs), où se trouvaient environ vingt mille gravures, entrées de rois, représentations de ballets, trésors d'église, etc. Elle comprenait une série de portraits extrêmement curieux de personnages nés à Paris, ou ayant joué un rôle quelconque dans son histoire, série achetée à la vente Soliman-Lieutaut. De nombreuses acquisitions faites aux ventes
i5o L'ANCIEN HOTEL DE VILLE.
Gilbert, Wellesley, P. D... avaient permis de compléter cette partie de la collection.
Le musée possédait, en outre, une collection curieuse d'objets divers trouvés dans les fouilles faites à Paris : vases gallo-romains en verre irisé, bouteilles en verre, instruments en silex; un cabinet de numismatique comprenant une série de médailles romaines découvertes pendant les travaux de dérivation de la Vanne (forêt de Fontainebleau'; une collection de plombs historiés trouvés dans la Seine et recueillis par M. Forgeais; une collection de médailles et de jetons parisiens donnée par M. Legras; une suite considérable de médailles parisiennes formée par Tadministration; une bourse de jetons en argent de divers prévôts des marchands, acquise par l'intermédiaire d'un notaire; de nombreux objets de Fâge de pierre et de la période antédiluvienne, rassemblés par M. Belgrand. Fort heureusement avant 1870, il avait été publié sur le cabinet de numismatique, et notamment sur les plombs historiés de M. Forgeais, plusieurs études. A défaut des originaux qui ont été fondus dans l'incendie, il nous reste donc de la plupart de ces pièces rares et fort précieuses des reproductions assez habilement exécutées.
Dans les magasins de l'Hôtel de Ville se trouvaient trois tableaux de Paul Delaroche, Léon Cogniet et Schnetz, commandés pour la salle du Trône, en i83o, et qui furent remplacés plus tard par les compositions de Séchan. Ces tableaux représentaient la Proclamation de Bailly comme maii'e de Paris (Cognietl , le 28 juin i83ù sur la place de Grève Schnetz, le Retour de la Bastille P. Delaroche . Ils ont été détruits.
GALERIE DES FETES
Peinture Je H, Lebmann.
LA BIBLIOTHEQUE
La bibliothèque de l'Hôtel de Ville, installée dans les combles du palais municipal, dans la partie des constructions nouvelles élevées sur l'emplacement de la vieille église de Saint-Jean en Grève et de l'hôpital du Saint-Esprit, a été cornplètement incendiée ; pas un seul volume n"a pu être sauvé. L'ossature en fer des plafonds sur lesquels la bibliothèque était placée a formé pendant l'incendie comme un immense gril; tout ce qu'elle supportait a brûlé jusqu'à la dernière parcelle.
La création de la bibliothèque remontait à 1760. Nous en trouvons, pour ainsi dire, Tacte de naissance dans une délibération prise par le prévôt des marchands et par les échevins de la ville,
i52 L'ANCIEN HOTEL DE VILLE.
en date du 2 septembre 1760. Il convient, en cette considération, de publier le texte de cette délibération :
Ce jour, nous prévôt des marchands et échevins de la ville, assemblés au bureau de la ville avec le procureur du roy et de la ville, pour les affaires d'icelle,' ayant considéré que feu Antoine Moriau, décédé le 20 mai 1759, procureur et avocat du roy et de la ville, honoraire, avoit, par la singulière considération qu'il avoit pour la ville, légué à ladite ville par son testament des i r et 14 may audit an lyôg, dont copie est jointe à la minute des présentes, sa bibliothèque, manuscrits, recueils de pièces fugitives tant imprimées que manuscrites, de toutes les cartes, estampes, dessins exécutés à la main, des médaillers et médailles qui y sont renfermées ou éparses dans quelques tiroirs des bureaux des cabinets, le tout sans aucune exception ni réserve, son désir ayant toujours été qu'il y eût en l'Hôtel de Ville de Paris une bibliothèque publique, comme il y en a une en l'hôtel de ville de L^'on, et ayant légué de plus à ladite ville tous les jettons qu'il avoit rassemblés et quijormoient partie du médailler, et en outre tous les deniers comptants qui se trouveroient luy appartenir au jour de son décès, comme aussy toutes les sommes qui pourroient luy être dues par la ville pour honoraires, jusqu'au jour de sa démission par luy donnée le 27 décembre 1708, son intention ayant été par là de mettre la ville en état d'accélérer l'établissement de ladite bibliothèque publique; et dans la vue de suivre les intentions dudit feu sieur Moriau, et lui donner pour la ville une marque de notre reconnoissance, nous aurions accepté ledit legs, dont nous auroit été fait délivrance par acte passé devant Bellanger et son confrère, notaires au Chàtelct de Paris, le 22 juillet dernier; en conséquence, aurions cru ne pouvoir mieux faire quant à présent, ne se trouvant pas un vaisseau à l'Hôtel de Ville propre à former ladite bibliothèque publique, que de renouveler le bail de l'hôtel de Lamoignon, appartenant à M. le chancelier, dans lequel ledit feu sieur Moriau faisoit sa résidence et est décédé, ce qui a été exécuté; et nous serions d'autant plus portés à renouveler ledit bail, que la bibliothèque se trouvoit toute placée et en état d'être utile plus tôt au public, qu'il ne s'agissoit plus à présent que de former cet établissement dans ledit hôtel de Lamoignon, jusqu'à ce qu'il pût être fait par la suite dans l'intérieur des bâtiments de l'Hôtel de Ville, qu'il paroissoit d'abord essentiel d'y établir un bibliothécaire dont les talents nous seroient connus, pour vivre dans ladite bibliothèque, faire le choix des éditions nouvelles, vendre les anciennes éditions, suivant que ledit sieur Moriau y a consenty par sondit testament, compléter ladite bibliothèque, suivant les ordres qui lui seront donnés par le Bureau, ouvrir ladite bibliothèque au public, les jours qui seront par nous ordonnés, et avoir par nous la charge et la garde de tout ce qui y est renfermé; qu'il paroissoit avant tout de la dernière conséquence qu'il fût fait, par celuy qui sera choisi par nous pour remplir ladite place de bibliothécaire, un recueil général de tous lesdits livres et
I LA BIBLIOTHÈQUE. i53
du temps de leurs éditions, de tous les dessins, estampes, médailles, jettons et de toutes les autres pièces renfermées dans les cabinets, lequel recueil par nous reconnu sera déposé au greffe de ladite ville; qu'il paroissoit encore nécessaire de fixer une habitation au bibliothécaire dans ledit hôtel, ainsi qu'à celuy qui seroit sous ses ordres, tant pour le travail journalier à ladite bibliothèque que pour le service du pubhc, et d'avoir pour la garde et la sûreté dudit hôtel un portier ou suisse, qui seroit chargé en même temps du nett03'ement et balayage nécessaires; tant dans ledit hôtel que dans toutes les pièces concernant ladite bibliothèque, que, quelque envie que nous ayons de satisfaire le public par l'ouverture de cette bibliothèque, il ne nous paroissoit possible de l'exposer au public qu'au i^"" avril de l'année 1762, tant à cause de la confection du recueil général de tout ce qui y est renfermé, que des autres dispositions essentielles pour qu'elle puisse être exposée au public; qu'il sembloit que nous ne pouvions faire choix, pour remplir la place de bibliothécaire, plus agréable, et dont nous puissions avoir plus de satisfaction, que de la personne du sieur Bonamy, pensionnaire de l'Académie ro3fale des belles-lettres, qui a déjà été nommé par nous précédemment à la place d'historiographe de la ville, et qui, par son travail assidu et ses lumières, a ramassé beaucoup de matériaux utiles à la ville, et dont il doit faire une collection; qu'il nous paroissoit également de l'intérêt de la ville, dans le service de ladite bibliothèque, de faire choix, pour la place de sous-bibliothécaire, de la personne du sieur Mulattier, qui, du vivant dudit feu sieur Moriau, avoit le soin et la suite de ladite bibliothèque; qu'avec le secours et la connoissance de ces deux personnes, nous ne pourrions manquer de commencer avec satisfaction cet établissement; qu'il nous paroissoit nécessaire que tant le bibliothécaire que le sous-bibliothécaire ayent une commission de nous, prêtent serment en nos mains, et qu'ils aient des appointements tels que nous les jugerons les plus convenables, et en même temps une connoissance de leurs devoirs et fonctions; qu'il devoit en être usé de même à l'égard du portier ou suisse dudit hôtel, dont les fonctions et les devoirs seront la sûreté et la propreté tant de ladite bibliothèque que de l'hôtel; sur quoy, la matière mise en déhbération, et oiiy sur ce le procureur du roy et de la ville à ce consentant, nous avons arrêté et délibéré, arrêtons et délibérons par ces présentes :
Article premier.
Que la bibliothèque et autres effets y renfermés, qui a été léguée à la ville par ledit feu sieur Moriau, décédé procureur du roy et de la ville, honoraire, demeurera établie dans l'hôtel de Lamoignon, rue Pavée, pendant le temps et espace de neuf années, qui ont commencé le i"' juillet de la présente année, suivant le bail qui en a été passé entre M. le chancelher et nous, le et plus de
i54 L'ANCIEN HOTEL DE VILLE.
temps ou ailleurs, s'il plaisoit à M. le chancellier de rentrer dans sondit hôtel, jusqu'à ce qu'il se trouve à l'Hôtel de Y'iWc un lieu propre pour cet établissement.
Art. 2.
Que pour la garde de la bibliothèque, la suite, pour la rendre plus complette, changer les éditions, il sera commis pour bibliothécaire la personne de Pierre-Nicolas Bonamy, pensionnaire de l'Académie royale des belles-lettres et historiographe de la ville.
Art. 3.
Que ledit bibliothécaire sera tenu de faire l'inventaire général et par matières, le plus tôt qu'il sera possible, de tous les livres, cartons, manuscrits, dessins, médailles, jettons et autres générallement quelconques, renfermés dans ladite bibliothèque, lequel sera signé de luy et par nous reconnu pour être ensuite déposé au greffe de la ville; et sera fourni un double dudit inventaire audit bibliothécaire.
Art. 4.
Que ledit bibliothécaire sera logé audit hôtel, afïin de veiller sans cesse à sa conservation et à son entretien, et sur la conduite du sous-bibliothécaire, et de ceux qui pourroient être commis en sous-ordre; et exécutera au surplus tous les ordres qui luy seront donnés par le bureau; il luy sera fait des appointements par ladite commission, et il prêtera serment en nos mains.
Art. 5.
Que le sous-bibliothécaire sera chargé, sous les ordres du bibliothécaire, du soin de la bibliothèque et de tous les objets qui la concernent, de proposer audit bibliothécaire ses observations sur le changement d'éditions, achapt de livres nouveaux pour compléter ladite bibliothèque, manuscrits ou autres, lesquels changements, ventes ou achapts lesdits bibliothécaire et sous-bibfiothécaire ne pourront faire qu'en vertu d'une délibération du bureau, et les devoirs attachés à la commission qui lui sera donnée par le bureau; dont sera donné un double audit bibhothécaire pour sa décharge, et de se concerter en tout avec ledit sousbibliothécaire pour les intérêts de la ville et le bien dudit établissement.
LA BIBLIOTHÈQUE. i55
Art. 6.
Que la commission de sous-bibliothécaire sera donnée à Jean-Baptiste Mulattier, lequel sera tenu de prêter le serment en nos mains, et jouira des appointements qui luy seront accordés par ladite commission, et sera tenu de se conformer aux devoirs qui luy seront prescrits par icelle, et jouira en outre d'un logement audit hôtel qui lu}' sera par nous fixé.
Art. 7.
Que la bibliothèque commencera à être ouverte au public au i" avril de l'ennée 1762; et avons fixé les jours où elle sera publique aux mercredy et samedy de chaque semaine, à moins que ces jours ne tombent sur des jours de fête, auquel cas elle restera fermée.
Art. 8.
Qu'il sera, en outre, étably audit hôtel un portier ou suisse pour veiller tant sur la sûreté desdits effets de la bibliothèque, que pour la sûreté et netteté de l'hôtel, auquel portier ou suisse sera assigné un logement, et sera tenu de faire et exécuter ponctuellement tous les devoirs qui lu}" seront indiqués par la commission qui luy sera donnée, et prêtera serment par-devant nous, et sera de même pourvu à ses gages par laditte commission.
Fait et arrêté au bureau de la ville, ledit jour 2 septembre 1760.
Signé : Camus, Chomel, Boyer, Le Blocteur, D.VRLU et Jor.LIVET.
A la date du 18 août 1763, le bureau de la ville prend une délibération pour Tacquisition de la bibliothèque du sieur Bonamy, historiographe et bibliothécaire de la ville, moyennant 600 livres de pension viagère, et à la date du i5 septembre 1768 une autre délibération pour Tacceptation de la bibliothèque de feu Tauxier, avocat au parlement et ordinaire de la ville. En 1772, le 23 septembre, intervient entre le bureau et le chapitre du prieuré royal de Saint-Louis de la Culture une convention pour
la jouissance du local de sa bibliothèque, rue Saint-Antoine, afin d"y placer celle de la ville. Installée, l'année suivante, dans l'ancien collège des jésuites et ouverte au public le iG juin, la bibliothèque, qui avait entre ces deux dates reçu une donation très importante de Nicolas de la Pinte de Livry, évêque de Callinique, y demeura sous la garde du bibliothécaire Ameilhon jusqu'au
GALERIE DES I-ETES, H. L
28 fructidor an V '5 septembre , époque où il fut décidé qu'elle serait transférée au Louvre pour être mise à la disposition de l'Institut. Le i5 vendémiaire an VI, Molinos, architecte et inspecteur des bâtiments départementaux, adressait, pour faire maintenir à Saint-Louis de la Culture tout au moins l'installation matérielle de la bibliothèque, un rapport aux administrateurs du département de la Seine, qui firent droit à ses conclusions. L'agencement des salles de la Bibliothèque demeura donc ce qu'il était, et
LA BIBLIOTHEQUE
servit à la troisième école centrale de Paris, installée dans la « cidevant maison de Louis-la-Culture. » Décrétées en 1794 et organisées en 1795, les écoles centrales n'eurent qu'une courte durée; elles furent supprimées en 1802. Un arrêté du gouvernement, du 8 pluviôse an XI '29 janvier i8o3), ayant ordonné que les bibliothèques de ces écoles fussent mises à la disposition et sous la sur-
GALERIF, DES FETES, H. L
veillance des municipalités, qui nommeraient et rétribueraient les conservateurs, Frochot, préfet de la Seine, s'empressa de reconstituer la bibliothèque de la ville et de la confier à Nicoleau, l'ancien président du Directoire exécutif du département, qui en avait eu soin depuis la nomination d'Ameilhon au poste d'administrateur de la bibliothèque de l'Arsenal.
Avec le désintéressement patriotique qui caractérisait la plupart des hommes de la Révolution, et dont nous trouvons
i58 LANCIEN HOTEL DE VILLE.
aujourd'hui dans des circonstances analogues un exemple fort admirable, Nicoleau avait consacré toutes ses ressources à l'accroissement de cette bibliothèque. On ajouta à ses collections les ouvrages appartenant aux dépôts des deux autres écoles centrales, et la municipalité parisienne entra définitivement en possession de sa bibliothèque.
L'arrêté suivant de Frochot, en date du 4 germinal an XII, consacra la nouvelle création :
Le conseiller d'État, préfet du département de la Seine,
Vu l'arrêté du gouvernement en date du 8 pluviôse an XL qui met à la disposition et sous la surveillance des municipalités les bibliothèques des écoles centrales supprimées ^
Article premier.
La bibliothèque faisant partie de l'école centrale de la rue Saint-Antoine, qui a été supprimée par l'arrêté du 23 fructidor an XI, portera à l'avenir le titre de Bibliothèque de la ville de Paris.
Art. 2.
La conservation en sera confiée à un bibliothécaire nommé par le préfet.
Art. 3.
Il 3' aura, en outre, pour le service de l'établissement un garçon de bibliothèque qui sera présenté par le bibliothécaire et nommé par le préfet.
Art. 4.
Il sera fait un règlement particulier pour l'ordre intérieur de la bibliothèque.
Fait à Paris, le 4 germinal an XII.
Sigiié : Frochot.
La nouvelle bibliothèque fut transférée à l'ancien hôtel des Viviers, rue Saint-Antoine, 287. Dans les premières années de la
LA BIBLIOTHÈQUE. iSg
Restauration, le comte de Chabrol, préfet de la Seine, l'installa dans les bâtiments dépendant de l'ancienne église Saint-Jean. Transportée ensuite provisoirement dans une maison privée du quai d'Austerlitz, pendant les travaux d'agrandissement de l'Hôtel de Ville, elle fut définitivement installée dans les combles du nouveau monument, où l'incendie l'a détruite.
Jusqu'en 1817, la Bibliothèque avait peu progressé. Ce n'est qu'à partir de cette époque que le comte de Chabrol alloua pour son entretien une somme de 7,000 francs. En 1841, le conseil municipal vota des crédits spéciaux pour l'acquisition d'anciens ouvrages relatifs à l'histoire de la Ville; mais la Bibliothèque ne prit une extension considérable et ne devint digne de la municipalité parisienne qu'après la Révolution de 1848.
Au moment de son incendie, la Bibliothèque comprenait environ 80,000 volumes, dont plusieurs milliers de manuscrits et i5 à 20,000 monographies de Paris. Depuis la première plaquette de Gilles Corrozet, publiée en i532, jusqu'à la dernière brochure parue la veille même du 24 mai, toutes les éditions des ouvrages sur la capitale s'y trouvaient représentées.
Les catalogues de la Bibliothèque ayant été brûlés, il est difficile de donner des renseignements bien détaillés et très complets sur sa composition ; toutefois nous pouvons dresser un inventaire exact des grandes collections qui s'y trouvaient :
Plusieurs collections très importantes d'ouvrages théologiques et classiques d'un très grand prix, travaux inappréciables de haute érudition, des Martène, des Montfaucon, des d'Achery, des Mabillon, des bénédictins, des bollandistes, etc.;
Une collection rarissime de monographies des villes et des provinces de France;
Une suite complète et absolument introuvable aujourd'hui des almanachs royaux depuis 1700;
Une série d'ouvrages héraldiques et généalogiques ;
Le fonds Bonamy, dont le catalogue se trouve aux Archives nationales (série 4), et dans lequel nous remarquons plusieurs Elzéviers, entre autres le Novum Testamentum grœcum, plusieurs Plantin, des Robert Estienne et une collection nombreuse des Pères de l'Eglise;
Le fonds Tauxier;
GALERIE DES JETES, H. L
La collection Wattemare, renfermant 10,000 volumes environ, consacrés exclusivement au Nouveau Monde et particulièrement aux Etats-Unis ;
Une collection complète d'anciens plans de Paris, entre autres le célèbre plan monumental, maison par maison, qu'on avait mis soixante ans à établir; le plan dit de la Tapisserie, exécuté vers 1540 et divisé en neuf parties ; le plan attribué à Ducerceau (i56o\
LA BIBLIOTHEQUE
acheté par la ville 2,35o francs, et dont il n'existe qu'un autre exemplaire provenant de la célèbre bibliothèque de Saint- Victor, aujourd'hui à la bibliothèque de l'Arsenal; le plan de Paris et de ses environs, ordonné par Jouvin de Rochefort, trésorier de France sous Louis XIV;
Une série d'albums grand format, des plus précieux, compre-
GALERIE DES FETES, H. L
nant des monographies des monuments et des édifices religieux parisiens; les albums des places de Paris, des travaux de construction de quatre-vingt-dix églises : Saint-Eustache, Saint-Martin-des Champs, Saint-Nicolas-du-Chardonneret, Saint-Germain-l'Auxerrois, Saint-Roch, Saint- Germain-des-Prés, Notre-Dame-de- Lorette, Saint-Philippe-du-Roule, Saint-Vincent-de-Paul, Saint- Jean de Belleville, Saint-Leu, Saint-Étienne-du-Mont, etc., etc.;
i62 L'ANCIEN HOTEL DE VILLE.
plans signés : Duban, Lassus, Viollet-le-Duc, Baltard, Percier et Fontaine, Hitorff, Lebas, etc.;
Une collection de monographies de Notre-Dame de Paris, collection des plus rares, composée de 218 pièces sur ce monument, dessins, estampes, processions, confréries, armoiries nationales et religieuses, achetées à la vente Gilbert 2,200 francs;
L'album de Du Cerceau, acquis à la vente de l'architecte Callet, 32,000 francs;
Tous les procès-verbaux de la commission historique et les ouvrages manuscrits contemporains sur Thistoire de la ville, prêts à être publiés.
Le joyau de la Bibliothèque, l'ouvrage dont la destruction seule équivaut à un désastre, irréparable pour lart français et pour l'histoire de Paris, était le Missel de Juvénal des Ursins, cédé à la ville, le 3 mai 1861, par M. Ambroise-Firmin Didot. Ce missel « à l'usage de Poitiers » avait été exécuté de 1446 à 1457 pour Jacques Juvénal 'ou Jouvenel) des Ursins, septième fils du célèbre prévôt des marchands de Paris Jean Juvénal des Ursins, mort en iqSi à Poitiers. Il appartint ensuite à Raoul V du Faou ou du Fou, évêque d'Evreux, qui paraît en avoir fait don à son chapitre ou à quelque abbaye de cette ville. Devenu la propriété de M. Masson de Saint-Amand, préfet du département de l'Eure en l'an VIII, il fut acquis par M. de Bruges, qui le vendit en 1849 '^'-1 pi'ince Soltikoff pour 10,000 francs. A la vente de la collection de celui-ci, il fut acheté au prix de 3G,ooo francs par M. Ambroise-Firmin Didot qui le céda à la ville pour 35,962 francs, assurant ainsi à Paris la possession de ce monument unique de lart français.
Ce missel, qui renfermait 227 feuillets, était décoré de deux grandes miniatures à pleine page et de cent trente-huit autres, toutes encadrées avec de grandes lettres initiales. Les lettres historiées, en couleurs sur fond d'or enrichi de rinceaux, de fleurs
LA BIBLIOTHÈQUE. i63
et d'armoiries, étaient au nombre de 3,222: vingt-six avaient de 16 à 18 centimètres de dimension, soixante et onze de 10 à 11, et cent quarante et une de 6 à 8. Les marges étaient couvertes de rinceaux dont les ramifications figuraient un feuillage pittoresque, émaillé de fleurs, de fruits, rempli de personnages, d'animaux et de figures de fantaisie. Les armoiries des Ursins, répandues à profusion dans les ornements de chaque page, avaient été recouvertes par celles de 1 evèque Raoul du Fou; néanmoins elles étaient très visibles en certaines parties. Plusieurs miniatures contenaient le portrait de Jacques Juvénal, notamment Tune des plus belles qui représentait la procession de l'Hôtel de Ville, reproduite fréquemment dans les ouvrages concernant l'histoire de Paris.
« Ce manuscrit grand in-folio, dont la splendeur nous étonne et qui est un des plus beaux monuments que l'on connaisse de l'art français au milieu du xv' siècle, écrivait Ambroise-Firmin Didot, peut être considéré comme une encyclopédie des monuments, des costumes, des meubles, des armes et des instruments de toute espèce du temps. On y voit figurer la société dans ses diverses conditions, avec les costumes et les armes de l'époque. Les châteaux, les forteresses, les édifices avec leurs tuiles vernissées, l'intérieur des habitations, les meubles, les ustensiles de la vie privée y sont reproduits fidèlement. Les fonds présentent une ordonnance variée, remarquable surtout par l'élégance et la profondeur de la perspective; les détails et les ornements de l'architecture sont traités avec une délicatesse infinie, et reproduisent probablement en totalité ou en partie quelques monuments de l'époque...
« Le Missel de Juvénal des Ursins révèle l'histoire intime d'une époque tout entière. A lui seul, il est un véritable musée, où chaque tableau est encadré d'ornements qui le rattachent artistiquement aux marges du livre, et l'habile emploi de l'or, dont l'éclat rayonne au milieu d'une pluie de fleurs, offre un aspect plus séduisant que la bordure monotone des tableaux de nos musées. »
i64 L'ANCIEN HOTEL DE VILLE.
Parmi les plus belles miniatures de ce missel qui ne contenait presque que des merveilles, on citait particulièrement l'Ascension de la Vierge, qu'Eugène Delacroix jugeait digne de Raphaël; la Pentecôte, «un tableau de maître qui devance son époque et qui réunit toutes les conditions de l'art' » ; la Procession de la sainte hostie sur la place de Grève; le chœur de la Sainte-Chapelle, qui a servi de guide précieux à Lassus dans ses travaux de restauration de ce monument ; la Fête de tous les Saints; la Décollation de saint Jean-Baptiste, une page digne des plus grands artistes. De qui étaient ces miniatures ? On Tignore, et toutes les recherches faites pour découvrir les noms des peintres de génie qui les avaient exécutées n'ont produit aucun résultat. De tous ces chefs-d'œuvre, il ne reste plus aujourd'hui qu'un souvenir.
Une nouvelle bibliothèque de la ville de Paris a été constituée. Grâce aux crédits votés par le conseil municipal, aux libéralités de quelques éditeurs parisiens et de nombreux érudits, mais surtout à la générosité patriotique de son savant conservateur, M. Jules Cousin, qui a donné, comme premier noyau des collections, sa précieuse bibliothèque consacrée particulièrement à l'histoire de Paris et composée de plus de 8,000 volumes, elle a déjà acquis une très grande importance, et l'on peut espérer qu'avant peu d'années elle atteindra le nombre des volumes de la bibliothèque détruite en 1871. Malheureusement, il est des ouvrages précieux que l'on ne pourra remplacer et dont la perte est irréparable. Personne ne nous restituera, hélas! le Missel de Juvénal des Ursins!
I. Missel de Juvcnc.l des Ursins, par Ainbroise- ] Finnin Didot. Imprimerie A. -Firmin Didot (iS6i).
GALERIE DES FETES
Peinture de H. Lehraana.
Tous les érudits qui s'occupent de l'histoire de Paris ont gravi, de 1860 à 187 1, cet escalier noir, tourné en colimaçon, qui de l'avenue Victoria conduisait au sixième étage de l'annexe nord de l'Hôtel de Ville. Sous les combles écrasés de cet édifice, construit cependant à une époque où l'on se flattait de faire grand, on avait eu l'idée malencontreuse de transporter, pour la plus grande incommodité du public et des travailleurs, les archives de la ville de Paris, comprenant l'inappréciable série des actes de l'état civil depuis le xv" siècle jusqu'à 1860. L'installation de ces collections au sommet d'un bâtiment peuplé d'une quantité de bureaux pourvus d'une multitude d'appareils de chauffage et d'éclairage, contigu à plusieurs habitations particuHères, faisait naître chaque
i66 L'ANCIEN HOTEL DE VILLE.
jour des craintes d'incendie et dans le cas dun sinistre général, comme celui du 24 mai 1871, devait rendre tout sauvetage impossible. Si les événements n'ont que trop, hélas! justifié ces prévisions, nous devons féliciter les administrateurs d'aujourd'hui de s'être montrés plus vigilants conservateurs du dépôt confié à leur garde, en installant les archives nouvelles dans un hôtel isolé, construit et aménagé en vue de cette destination spéciale. Nous devons faire connaître l'importance de ces anciennes archives, dont la ruine fut une catastrophe, non seulement au point de vue social, puisque tous les titres de la grande famille parisienne ont été complètement détruits, mais encore au point de vue historique, l'incendie de 187 1 ayant anéanti une quantité de documents inédits du plus grand intérêt et de la plus haute valeur.
Indépendamment de plusieurs centaines de cartons bondés de pièces concernant les corps de métiers, il existait, dans l'ombre la plus épaisse de l'ancien dépôt, 691 registres des délibérations de toutes les corporations de l'ancien Paris, dont un entre autres, celui des Délibérations et Ordonnances des marcha^ids merciers de Paris (1596-1696), a fourni la matière d'un volume intéressant avec préface et notes, par M. Saint-Joanny, archiviste de la Seine. Le fait est certifié dans un rapport adressé le 4 août 1810 par l'archiviste, M. de Propiac, au secrétaire général de la préfecture. « Il y a aux archives du département, disait M. de Propiac, six cent quatre-vingt-onze registres provenant des ci-devant arts et métiers. La plus grande partie de ces registres est décidément inutile, et il ne serait vraiment essentiel de conserver que ceux qui renferment les délibérations des divers corps et les livres de réception de la maîtrise. Cependant il y a une observation à faire relativement à tous ces registres : si l'on rétablissait un jour les maîtrises, chaque corps de communauté serait bien aise de trouver de quoi se former des archives. Le plaisir qu'ont eu MM. de l'Ecole de droit à retrouver de vieux registres, mangés par les vers et les
Helioô. Duu-.
-mp A. Quantm