‹ L'ancien Hotel de Ville de ParisChapitre 48 sur 68 · BAS-RELIEFS DE LA PORTE DU ZODIAQUE · texte numérisé non relu

BAS-RELIEFS DE LA PORTE DU ZODIAQUE

rats, me fait faire cette observation à laquelle je n'attache néanmoins pas plus d'importance qu'elle n'en mérite. »

Les chefs hiérarchiques de M. de Propiac ne partagèrent heureusement pas cette pitié indifférente. L'un d'eux apostilla même ce singulier rapport de cette réflexion : On n'a déjà que trop détruit; et c'est ainsi que ces documents, préservés de destruction au commencement du siècle, restèrent, comme une foule d'autres, enfouis dans la poussière d'archives que l'on avait intérêt à tenir sous le boisseau. Pourquoi? Pour mettre un terme aux spoliations diverses effectuées par plusieurs administrateurs et particulièrement par les Archives de l'Etat. Ce motif est consigné formellement dans un rapport adressé par le préfet de la Seine en 1819 et caractérise une situation que le premier fonctionnaire du département, dès le 19 janvier 1809, révélait au ministre de l'intérieur dans les termes suivants :

« Votre Excellence s'étonnera sans doute que ces prétendues archives ne renferment aucunes parties intéressantes sous le rapport historique. Votre étonnement cessera, monseigneur, lorsque vous saurez qu'à différentes époques, antérieures à l'établissement de la préfecture, des commissaires des Archives nationales vinrent enlever sans formalités, sans inventaires, sans donner de récépissé, tout ce qui leur parut intéressant, et notamment beaucoup de pièces et de titres relatifs aux anciens édifices et établissements de Paris, à l'histoire de cette ville, aux fêtes et cérémonies célébrées à l'Hôtel de Ville et honorées de la présence des souverains. Beaucoup de pièces utiles à l'administration lui ont été enlevées à cette époque. Il n'est resté que ce dont personne n'a voulu. »

Si l'on rapproche de ce document d'autres rapports adressés par l'archiviste, cette même année 1809, et constatant le dépouillement de 5,000 cartons, 3, 000 liasses et g, 000 registres, on est amené à conclure que le préfet de la Seine voulait simplement

prévenir une nouvelle dispersion des archives municipales en cachant la vérité au ministre. Le subterfuge réussit à ce point que Ton insérait officiellement, peu après, dans VA7îniiai?'e de l'Archiviste, la déclaration suivante : // n'existe aux archives de la Seine aucun document antérieur à i/8g. Nul historien, nul chercheur ne songea ainsi à s'aventurer de ce côté-là. Les amoncellements de papiers modernes versés par l'administration, la

(. ALEKIE DES FETES

Peinture de H. Lehmaiin,

centralisation, en 1860, des documents trouvés dans les mairies suburbaines annexées et dans celles de Paris remaniées, eurent pour résultat d'enfouir plus profondément encore cet ancien dépôt, dont l'existence même ne fut révélée qu'en 1868, par M. Saint-Joanny.

A cette époque, l'administration municipale avait entrepris la publication de l'Histoire générale de Paris. Un service spécial, composé d'érudits, fut chargé de compulser dans tous les dépôts publics ou privés les matériaux utiles à cette œuvre. M. Saint- Joanny fut ainsi appelé officiellement à procéder à l'exhumation

des richesses historiques dont la garde venait de lui être confiée. Dans le cours de l'année 1868, le secrétaire de la préfecture annonçait au conseil général du département que le dépouillement, commencé depuis six mois, avait produit déjà 3,ooo fiches analytiques de documents concernant exclusivement la corporation des merciers de Paris.

Le registre de cette corporation était fort remarquable.

Peinture de H. Lehmann.

La reliure, en maroquin avec de superbes fers représentant les armoiries de la corporation, et garnie de gardes en argent ciselé, pouvait être considérée à juste titre comme un chef-d'œuvre. Plusieurs pages étaient ornées de miniatures de la plus belle exécution, représentant des épisodes de la vie de saint Louis, le patron de la corporation : son départ de Paris pour la croisade, son embarquement à Aigues-Mortes, son débarquement en Egypte, et sa mort. La finesse du dessin et l'éclat de la couleur faisaient de ces miniatures des oeuvres artistiques de haute valeur. Le registre de la corporation des apothicaires était également

lyo L'ANCIEN HOTEL DE VILLE.

orné à la première page d'une très belle miniature, représentant la passion du Christ, sur laquelle les apothicaires, à leur réception à la maîtrise, juraient de conserver fidèlement et de défendre, au péril de leur vie, les privilèges et les droits de la corporation. La fraîcheur de la miniature s'était ressentie des opérations fréquentes de la prestation de serment.

Un autre registre fort précieux était celui qui contenait les marques et scels des membres de la corporation des marchands drapiers. A son entrée dans la maîtrise, chaque marchand était tenu d'apposer sur ce registre sa signature sociale et sa marque de fabrique. Le plus grand nombre de ces marques étaient des miniatures très délicatement exécutées; les autres consistaient en scels à la cire, de diverses dimensions. Ce registre constituait un véritable armoriai de la corporation des drapiers.

Les procès-verbaux des assemblées électorales d'où sortirent les députés de Paris et de l'Ile-de-France à la Constituante, à la Législative, les comptes rendus des séances des districts et des sections, les actes de la Commune et du Directoire, étaient là en minutes originales, avec des documents nombreux sur l'organisation de l'Eglise constitutionnelle et les listes d'émargement du clergé parisien assermenté. Les terribles journées de gS, les massacres de septembre en particulier, tenaient une grande place dans les archives, par des reçus, des bons, des réquisitions de diverse nature en faveur de ceux qui avaient « travaillé » dans les prisons. Tous les registres d'enrôlement au tambour sur les. places publiques au jour de l'invasion s'y trouvaient, et l'on pouvait écrire l'histoire des guerres de la Révolution au moyen des rapports adressés par les chefs et par les soldats des légions parisiennes aux sections de la capitale.

Venaient ensuite les actes administratifs de la préfecture de la Seine créée en l'an "VIII, les papiers de Frochot, la correspondance de la ville avec le premier consul pour la reprise des grands

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