LA RUE DE MEULLES
Ce nom lui fat donné en l'honneur du quatrième intendant de la Nouvelle France, qui succéda à Duchesneau, en 1682. On eut, plus tard, le bon esprit de remplacer ce nom par celui du
fondateur de Québec (Chaniplain), nom qu'elle porte encore.
La population de cette rue était alors de 319 âmes, avec 77 feux.
A l'époque où nous sommes, cette rue semble être le rendez-vous favori des aubergistes, probablement à cause de sa proximité du port, car on sait que les matelots ont un goût très prononcé pour l'esprit qui rend bête. Sous ce rapport, les matelots n'ont point dégénéré, si l'on en juge par les équipages des frégates anglaises que nous avons actuellement dans notre rade : ces Jacks of tar sont la terreur de Québec et font peu d'honneur à leurs officiers.
Les cabaretiers et cabaretières de la rue De- Meulles, en 1716, étaient : Eobert Foucher dit Saint-Aubin. Joachim Marec dit Lamontagne, Agnès Maufait, veuve Lefebvre, Marie Lenoir, veuve de Nicolas Durand, et Marguerite Bluté, veuve de Jean Robitaille. On voit que les veuves monopolisaient la vente des liqueurs abrutissantes, sur cette rue ; elles devaient être remplacées, sous le régime anglais, par des Irlandaises à désinvolture masculine et à face rubiconde.
Parmi ces aubergistes de 1716, on trouve trois chirurgiens, placés là probablement pour remettre
les luxations produites par le tafia d'alors ou le rhum des colonies anglaises. Ces chirurgiens étaient : Jourdain Lajus, Pierre du Verger et Pierre Landiran ou plutôt Handiran.
Lajus était major des médecins de Québec ; il venait du Béarn. A la prise du recensement (en janvier 1717), il venait de perdre sa première femme : Marie-Louise Roger, dont il avait eu 14 enfants. De son second mariage avec Louise-Elisabeth Moreau, le 8 septembre 1717, il eut 10 autres enfants, en tout : 24. Il méritait d'être Canadien. Il mourut le 12 mars de 1742, à l'âge de 70 ans, et fut inhumé dans l'église de la paroisse de Québec.
On comptait encore, sur cette rue, 2 marchands : Pierre Lefèvre, aussi interprète des Sauvages, et Claude Barolet ; 1 menuisier ; 4 cordonniers ; 1 fourrier ; 1 pâtissier ; 5 navigateurs ; 4 charpentiers de navire ; 1 serrurier ; 1 tailleur ; 1 tourneur ; 1 tonnelier ; 1 brasseur ; 1 chapelier et 1 maçon.
Aucun nom de la haute aristocratie sur cette rue, qui avait pour limites le haut de l'escalier, vers le nord, et le bout du cap Diamant, au sud.
On serait curieux de savoir si cet escalier était, du temps des Français, aussi mal entretenu qu'il l'est depuis au moins un demi-siècle.