LA RUE SAINT-LOUIS
Cette rue s'étendait, dit le recensement de 1Ï16, depuis le fort jusque chez M. d'Artigny. Le fort était près du château Saint -Louis, là où se trouve aujourd'hui l'Ecole Normale- Laval. La maison de M. d'Artigny devait être près de son moulin à vent, érigé sur le site de la maison de M. Louis Bilodeau, Grande-Allée.
On comptait sur cette rue, rendez-vous de l'aristocratie, alors et aujourd'hui, 255 âmes et 51 feux.
Le marquis de Vaudreuil, gouverneur-général et le père de Vaudeuil-Ca vaguai, le dernier gouverneur du régime français, demeurait sur la rue Saint-Louis, près du fort. Sur cette rue demeuraient : François Clairambaut, sieur d'Aigremont, commissaire de la marine et député de la cour pour visiter les postes avancés du Canada ; Rey-G-aillard, commissaire de l'artillerie ; Micliel Sarrazin, botaniste et médecin du roi et membre tlu Conseil Supérieur de Québec ; Eustache Ohartier de Lotbinière, aussi conseiller ; Hilaire Bernard de la Rivière, huissier au même conseil et arpenteur ; Messire Thierry-Hazeur, chanoine ; Noël le Vasseur, sculpteur ; Marie-Catherine Ruette d'Auteuil, veuve de M. de Celles (son frère Ruette d'Auteuil de la Malotière, demeurait avec elle) et
Louis Royer ou Rouer d'Artigny, faisant les fonctions de lieutenant particulier de La Prévôté.
Eustache Chartier de Lotbinière appartenait à une famille dont " l'origine est la plus ancienne qu'il soit possible de retracer "; elle remonte à 1374. iaww-Eustache ci-dessus était né à Québec, en 1688; il épousait, en 1711, Mlle Renaud d'Avesne des Meloises, dont il eut plusieurs enfants. Devenu veuf, en 1723, il fut fait prêtre, en 1726, et fit partie du chapitre de Québec. Un de ses fils, Eustache, fut ordonné prêtre en 1741, et mourait curé de Lorette, en 1786. Un autre de ses fils, Michel, épousa Mlle Chaussegros de Léry, en 1747, et Marie-Françoise, l'aînée de ses enfants, épousait, en 1737, Antoine Juchereau-Duchesnay, seigneur de Beauport. Détail assez curieux, son père, devenu prêtre comme on vient de le voir, bénit son mariage.
Le nom Des Meloises a été illustré par Kirby, dans son roman historique Le Chien <$Or, si bien traduit par M. Pamphile LeMay.
Messire Hazeur-Delorme (Pierre- Joseph-Thierry), mentionné plus haut, était né à Québec, en 1680. Ordonné prêtre en 1706, il devint curé de Champlain Tannée suivante ; fut fait supérieur des Ursulines des Trois-Rivières en 1722, et fut créé grand pénitencier du chapitre de Québec.
Le 20 juin de 1740, il prit possession du siège épiscopal de Québec pour Mgr de l'Auberivière. Il mourait à l'Hôpital Général de Québec, en 1757, et fut inhumé dans le chœur de la cathédrale, aujourd'hui la Basilique.
Il avait un autre frère (Pierre), né en 1675 et prêtre lui aussi. Ordonné en 1700, il fut curé de la Pointe-aux-Trembles de Québec, de 1716 à 1725, et mourut vers Noël de cette dernière année. Michel Sarrazin, dont il est fait mention ci-dessus, était marié à une des sœurs de ces deux prêtres : Marie-Anne-Ursule.
Ces deux abbés avaient aussi un frère marchand à la plateforme, Basse- Ville, à l'endroit où se trouvent, aujourd'hui, les magasins des honorables MM. Garneau et Shehyn. Lorsque la Sœur Bourgeoys vint à Québec, vers la fin de 1600, pour y établir une succursale de sa maison fondée a Montréal, en 1659, elle acheta de ce marchand Hazeur le terrain nécessaire à son établissement québécois.
On sait que les Dames de la Congrégation transportèrent, en 1844, leur couvent de la rue Saint- Pierre à l'endroit où il est aujourd'hui : en face de l'église Saint-Roch. Disons, en passant, que la Sœur Bourgeoys, déclarée Bienheureuse en 1878, avait fait le voyage de Montréal à Québec,
à pied, à la fonte des neiges (en avril) et à une époque où nos chemins publics s'entretenaient pour bien dire seuls !
Les d'Auteuil ont donné leur nom à une des plus belles rues de Québec. La veuve dont il est parlé plus haut, était la fille de François-Madeleine d'Auteuil et de Marie- Anne Juchereau. Le recensement de 1716 lui donne pour prénoms : Mane-Catherine, et M. Tanguay ceux de Madeterne-Catherine. A l'âge de 24 ans, le 12 décembre de 1713, elle épousait François de Celles ou de Selles, sieur de Marbrelle, lieutenant. Six mois après leur mariage, il mourait d'une chute accidentelle ; il fut inhumé dans l'église. Le 5 octobre (1714), naissait Jean-François, enfant posthume. A l'âge de 28 ans, (vers 1717) la veuve de Celles épousait Charles Potier, chevalier de Courey, enseigne de vaisseau du roi et officier d'artillerie.
La rue Saint-Louis, outre ces gens de la haute volée, était habitée par quelques familles d'un état plus modeste. Il y avait, en 1716 : 1 ramoneur et 2 couvreurs ; 2 cabaretiers : Jean Cretot dit l'Espérance et Juste Evenet ou plulôt Crenet dit Beauvais ; celui-ci était de plus sergent des troupes ; 3 menuisiers ; 7 charpentiers, dont deux de navire ; 2 tailleurs dont la femme de l'un était couturière , 1 charretier, et 1 meunier.
Chose digne de remarque, le seul musicien de cette rue, et probablement de Québec, se nommait Pierre du Mesnil dit La Musique
Enfin, les domestiques des PP. Récollets demeuraient sur la rue Saint-Louis, sur remplacement du Palais de Justice actuel, à quelques pas du couvent de ces Religieux, ainsi que les domestiques des Dames Ursulines, à proximité de la rue du Parloir.