JEAN MARTEL
On a parlé beaucoup, ici et à l'étranger, des vertus prolifiques de notre race, et Ton a eu raison ; car, dans l'histoire des peuples, on n'en trouve pas un seul qui ait donné des preuves de qualités proligères comparables à celles du peuple acadien et canadien. Pour ne parler que dec3luici, je désire citer le nom d'un vrai Canayen du bon vieux Temps : Jean Martel. Cet exemple est de nature à désespérer tous les francophobes de l'espèce des McCarthy, des Meredith, etc.
Jean Martel était le fils d'Honoré Martel, venu au pays vers le milieu du 17me siècle.
Cet Honoré Martel, qui parait être le premier de son nom établi dans la Nouvelle-France, se fixa d'abord à Québec. (Voir Dictionnaire Généalogique de Mgr Tanguay). En 1668, il se mariait à Québec, avec Marguerite L'Admiraut ou Lamiraud. Ils eurent 14 enfants, dont les sept premiers naquirent à Québec, quatre à la Pointe-aux- Trembles de Québec, et les trois autres à Québec même. Ceci nous porte à croire qu'il revint à la ville après avoir été demeurer à la Pointe-aux- Trembles, de 1680 à 1689.
Devenu veuf, il se remariait, en 1707, avec Marie Marchand, veuve de Jean Labbé. Il n'y eut point d'enfants de cette seconde union.
Jean, le sujet de cet article, était le deuxième enfant de cette famille de quatorze ; il naissait le 4 janvier de 1671. Il se fixait à Québec, où il était marchand, et, en 1703, à l'âge de trente et un ans et quelques mois, il se mariait à Marie- Anne Souville. La date du contrat de mariage est du 1er mai de cette année.
Ce contrat, d'après le Greffe du Saguenay, fut passé par le père Michel Bruslé, missionnaire, recollet, qui déservit Contrecœur, Rimouski et autres lieux, de 1706 à 1718. Il était venu au pays, en
De cette première femme, Jean Martel eut neuf enfants, tous nés à Québec, et, chose assez remarquable, tous des garçons, dont deux furent prêtres : François, né en 1706, et Joseph-Nicolas, né en 1721. Le premier fut ordonné en 1731. Il fut nommé, quelques jours après, curé de Saint-Laurent, île d'Orléans, où il demeura jusqu'à sa mort, le 12 février 1762, âgé de 58 ans. Il fut inhumé dans l'église de sa paroisse par M. de Yoble, curé de la paroisse voisine : Saint-Jean.
Au sujet du curé François Martel, voici une fort jolie légende.
" Lorsque tous les habitants de l'île d'Orléans désertèrent leur île, en 1759, le curé Martel resta seul dans son presbytère. Un officier anglais entra chez lui et fut charmé de son aménité et de ses manières polies ; il le fit bientôt connaître au général Murray, qui voulut lui-même le visiter. On dit que le général fit bâtir à ses frais le bout nord-ouest de son presbytère, pour mettre le curé plus à l'aise." (Répertoire du Clergé.)
L'autre fils de Jean Martel (Joseph-Nicolas) fut ordonné prêtre vers 1756. Il entra chez les Jésuites et passa en France.
Il revint au pays, en 1764, et fut chargé, la même année, de la paroisse de Saint- Laurent, où était mort son frère, comme nous venons de le voir. Il se noyait, le 4 d'août 1772, et fut inhumé à Contrecœur.
. Vers 1722, Jean Martel devenu veuf, paraît avoir quitté Québec pour aller s'établir à la Baie Saint-Paul, où il se mariait pour la deuxième fois à Anne Simard, en 1724 ; il avait alors 53 ans, et sa nouvelle femme 23 ans. De cette deuxième union naquirent cinq enfants, dont trois garçons et deux filles, tous nés à la Baie Saint-Paul.
Eedevenu veuf en 1731, il se remariait en 1732,
pour la troisième fois, à la Baie Saint-Paul, avec
Marie- Joseph de Lavoye, âgée de 21 ans, et il avait,
lui alors, 61 ans. De cette troisième union, il y
eut cinq enfants : un garçon, trois filles et un anonyme, nés tous les cinq à la Baie Saint-Paul.
Encore veuf pour la troisième fois, en 1*741, il prenait sa quatrième femme, en 1742 : il avait alors 72 ans. Cette quatrième femme se nommait Marie-Clotilde Debien, de l'Ile-au&-Coudres ; elle n'était âgée que de 18 ans !
Vers cette année de son quatrième mariage (1743), il semble que Jean Martel alla s'établir aux Eboulements, car le premier enfant de cette union fut baptisé à cet endroit, et les autres à Tlsle-aux-Coudres, où il alla s'établir, vers 1745.
De cette quatrième et dernière union sortirent dix enfants : trois garçons et sept filles. La dernière, Marie-Louise, naissait le 1er janvier 1761, et son père, à cette date, était âgé de 90 ans ! Il mourait l'année suivante, le 22 septembre, et fut inhumé à la Baie Saint-Paul.
Ce vigoureux Martel eut donc vingt-neuf enfants de ses quatre femmes et faisait baptiser lorsqu'il n'avait plus que dix ans pour finir son siècle. Où est la nation qui peut montrer un exemple de vigueur sénile comme celui que nous offre Jean Martel?