À TRAVERS NOS ARCHIVES
Il y a 180 ans (le 6 d'octobre 1710), Pierre Boucher, seigneur de Boucherville, présentait au Conseil Souverain, établi à Québec, en 1663, par Louis XIV, une " Requeste contenante qu'il a plu au Roy de luy accorder des lettres de noblesse pour luy et sa famille par L tires patentes données à Versailles le dix septième juin 1707, signées Louis et sur le reply par le Roy : Phelippeaux et scellées du grand sceau en cire verte sur lacet de soye verte et rouge addressées a ce Conseil pour estre enregistrées, tendante a ce qu'il plust a la Cour en ordonner lenregistrement, " etc.
Les délibérations du Conseil ajoutent :
" Lesd. lettres d'anoblissement soubz le Contrescel desquelles est attaché l'acte accordé aud. Sieur Boucher par le Sieur d'Hozier, juge général des armes et Blazons de France, le vingt sixième auril 1708 ".
Et le Conseil décide que u lerdittes lettres d'annoblissement accordées aud. Sieur Boucher seront registrées au greffe d'Iceluy pour Jouir par led. Sieur Boucher et ceux de sa famille des Contenus en Icelles ".
Ce Pierre Bouche^, auteur d'une descendance nombreuse et fort distinguée, était le fils de Gaspard Boucher et de Nicole Lemaine, venus de Langy, dans Pévêché de Mortagne, en Franee. Mgr Tanguay dit :
" Gaspard Boucher compte, parmi ses descendants, des gouverneurs, des évêques, des juges, etc., et un grand nombre des plus remarquables familles du Canada ".
Pierre Boucher se maria, en premier lieu et en 1648, à Marie-Madeleine Chrétienne ; elle ne vécut que peu de temps, n'ayant eu qu'un seul enfant, baptisé en 1649, le 11 de décembre.
Le 9 juillet de 1652, Pierre Boucher se remariait à Québec, avec Jeanne Crevier ; seize enfants naquirent de cette seconde union. Pierre, l'aîné des seize se maria à Charlotte Denys, à Québec ; Marie, à René Gauthier, aux Trois-Rivières ; Lambert, à Marguerite Yauvril, à Québec ; Joachim fut tué par les Iroquois, dans un combat ; il était âgé de 33 ans ; Ignace se mariait, à Montréal, avec Marie- Anne Marganne de la Valtrie ; Madeleine se maria, à Boucherville, avec Pierre le Grardeur ; Marguerite se mariait, au même endroit, à Nicolas Duneau-Dumuy ; Philippe, né au lendemain de Noël de 1665, fut ordonné prêtre en 1689 ; nous le reverrons plus loin, ainsi que son autre frère, prêtre aussi ; Jean se maria à
Lévis, avec Françoise-Claire Charest, en 1692, puis, en 1729, à Françoise G-odefroy ; René eut pour femme Françoise Mailhiot ; Jeanne se mariait, en 1695, à Jacques-Charles Sabrevois de Bleury ; Louise ne se maria point ; Nicolas, né en 1672, fut ordonné prêtre en 1696 ; Jean-Baptiste épousa Thérèse de Hertel ; Jacques mourut à l'âge de 15 ans, et Geneviève, la dernière de cette nombreuse famille, née en 1676, se fit religieuse ursuline, à Québec, sous le nom de sœur Saint-Pieyre : elle fut inhumée aux Ursulines, en 1766, à l'âge avancé de 90 ans.
Quant au prêtre Philippe, mentionné plus haut, il devint curé du cap Saint-Ignace, Tannée même de son ordination, en 1689. L'année suivante, il fut nommé curé de la Pointe-Lévis (Saint- Joseph), qu'il desservit jusqu'au 8 d'avril 1721, jour de sa mort. Il est inhumé dans le sanctuaire de l'église Saint- Joseph de Lévis, du côté de l'Evangile. Les registres de cette ancienne paroisse (fondée en 1679) disent : " Son zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, surtout de celles de ses paroissiens, mettront sa mémoire en bénédiction auprès de tous ceux qui en auront connaissance."
Ce saint prêtre fit don de sa bibliothèque et d'une terre de 5 arpents sur 70, à ses successeurs
à la cure de Saint- Joseph ; c'est sur cette terre qu'a été construit le Monument de Tempérance.
Quant à sa bibliothèque léguée, il y a 169 ans, elle existe encore. On la conserve avec soin dans une des pièces du presbytère actuel, et le curé d'aujourd'hui, Messire Edouard Fafard, le digne successeur de Messire Boucher, se fait un véritable plaisir de montrer cette relique aux curieux. Avis aux amateurs de livres anciens et reliés d'après la mode de cette époque reculée.
Nicol&s- Michel Boucher, le frère de Philippe, devint curé de Sainte- Anne de Beaupré, en 1698, ou deux ans après son ordination. En 1707, il était curé de Saint- Jean, île d'Orléans, et il mourut curé de cette paroisse, à l'Hôtel-Dieu de Québec, le 30 juillet 1733. Il fut inhumé dans la cathédrale.
A la même date (le 6 octobre 1710), on lit ce qui suit dans le cahier des Délibérations du Conseil Souverain :
" Veû par le Conseil les lettres de naturalité accordées par Sa Majesté à Jean Thomas, Anglois de nation et à plusieurs autres Anglois et Angloises nommez ausdittes lettres présentées par Monsieur l'Intendant addressées à ce conseil auecq mandement de les faire registrer et Jouir
du Contenu en icelles Lesd. Thomas et autres y nommez, données a Versailles au mois de may dernier signées Louis et plus bas par le Roy Phelippeaux et scellées du grand sceau en Cire verte Sur Lacet de soye rouge et verte, etc.
Le Conseil faisant droit sur led. requisittoire a ordonné et ordonne que les dittes lettres de naturalité seront registrées au greffe d'ieeluy pour Jouir par les impetrans y dénommez du Contenu en icelles.
Signé : Raudot.
Il n'y a pas de doute que ces Anglais et Anglaises, en demandant leurs " Lettres de naturalité," n'avait d'autre objet en. vue que de jouir des droits civils accordés aux citoyens nés français. Il est fort probable aussi que la plupart de ces naturalisés étaient des ci-devant prisonniers capturés pendant les guerres incessantes de l'époque, et qu'il se décidèrent, après un certain temps, à demeurer au pays, comme cela se voit aujourd'hui parmi nos compatriotes de l'autre côté de la frontière, qui se font naturaliser citoyens américains, afin de jouir des bénéfices civils que confère ce titre.
Une autre question surgit ici. Ce Thomas, " Anglois," nommé dans l'acte ci-dessus, ne seraitil pas Thomas Le Golden, dont le nom parait^ sur le recensement de Québec de 1716 ?
Aux chercheurs à répondre.