DÉDIÉ À MADAME VEUVE JOHN LANGELIER, AVEU SA RIENVEILLANTE PERMISSION
Nous avons à Québec une mine historique inépuisable, précieuse, et cette mine est placée dans les voûtes du Dépôt des archives, que nous nommons, ici, le Bureah du Registraire. Que de trésors renferment ces voûtes ! Vous avez là toute l'histoire du pays jusque dans ses plus petits détails.
Les plus anciens peuples ont eu leurs archives, considérées par eux comme un dépôt sacré Les Hébreux placerent d’abord leurs archives dans l'arche et le tabernacle. Plus tard, après la construction du temple par Salomon, les archives du “ peuple de Dieu ” furent placées dans cet édifice merveilleux.
Les Grecs, eux, mettaient aussi leurs archives dans le temple, à côté du trésor sacré, placés là, tous deux, à la garde des dieux.
Dans le pays de nos ancêtres, on voit que les rois, à venir jusqu'au XI[Le siecle, portaient avec
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eux les archives du royaume,‘ atfin,dit une charte, que les mêmes gardes posées pour la sûreté de leur personne missent aussi à couvert nn trésor aussi précieux” Lorsque, en 1194, Philippe Auguste, surpris par son ennemi le roi d'Angleterre, perdit ses archives, le sceau royal, ete, lon considéra cette perte comme on aurait considéré une calamité nationale.
À Québec, Athènes du Canada, on ne pouvait faire moins que ce que font, généralement, les wouverneme::s des autres pays. Nos archives sont non-seulement à l'épreuve du feu, mais elles sont, de plus, classées, étiquetées, arrangées de manière à ce que l'on puisse, en un instant, mettre la main sur un document dressé il y a deux siècles comme on le forait pour des papiers faits la semaine äernière, Sur tons ces rayons SUperposés et nombreux, s'étalent des milliers et des milliers de manuscrits proprement reliés et qu, semblables aux vins généreux, acquièrent de Ia valeur, la dé‘uplent et la centup ent, en vieillissant. Tout le monde, cependant, n'est pas tenu d'avoir une idée juste sur la valeur de ‘ ces vieux papiers ” jaunis par le Temps. Ily a quelques années, une Nociété du pays était à la veille de s'emparer de documents réellement importants de nos archives. Sans l'opposition vigoureuse de M. Chrysostome Langelier, les documents en question disparalssaient.
Les volumes surtout qui renferment la correspondauce des gouverneurs de Ja Nouvelle-France, sont au dessus de tout prix ou valent leur pesant d'or. Au moyen de ces volumes, on pourrait refaire presque toute notre histoire et y insérer une foule de détails intéressants qui ne paraissent pas chez nos historiens ; cette histoire serait l'histoire intime du régime français ; et, suivant moi, nos gouvernants, au lieu de faire publier à de si grands frais les Jugements et délibérations du 'onseil Supérieur, aurait dû mettre au jour la Correspondance des gouverneurs, des intendants, ete., dix fois et vingt fois plus instructive que les Jugements qui jettent fort peu de lumiere nouvelle sur ce que nous savons déjà.
Nos gouvernants, d'un autre côté, ont eu la main heureuse dans le choix des arehivistes. M. John Langelier, qu'une mort prématurée a enlevé à l'affection de ses nombreux amis, possédait le feu sacré où Famour sincere de tout ce qui touche à notre histoire Cet amour, exagéré aux veux de plusieurs, l'a poussé à un travail au-dessus de
ses forces et a accéléré sa dernière heure.
Non successeur et son frère, M. Chrysostome Langelier, est un autre archéologue distingué, C'est un de ces hommes assez rares que le travail le plus aride, Ie plus ardu, ne fatigue pas, ne rebute point, ne décourage jamais. Piocheur
des
infatigable, il est fait pour le travail tout comme le travail semble avoir été fait pour lui. De sorte qu'il a non-seulemeut succédé à son regretté frère, mais il l'a dignement remplacé. Que de nuits blanches ces den amis de notre Histoire ox passées à la recherche d'un point obscur, d'une date, d'un fait historique !
Sans être indiscret, je crois pouvotr dire ici que M. Chrysostome Langelier à des trésors historiques inesthnables sous forme de manuscrits pouvant former plusieurs in-folio imprimés : et ce trésor, fruit de longues veilles et d'un travail constant, il est certain qu'il ne s'en déferait point pour aucune considération matérieile.
Au sujet de ces archives de notre gouvernement et plus particulièrement de la Correspoudance des gouverneurs, ete, de la Nouvelle- France, je signalerat un fait fort peu connu et que l'on trouve dans eéette Correspondance volumineuse ; je la trie parmi des milliers d’autres faits tout auss: Importants.
Nous sommes à l'année 1728 : il v a 162 ans.
Le 16 octobre de cette année, le gouverneur d'alors, M. de Beauharnois, écrivait au roi de France :
Se
On a fait, le printemps dernier, la découverte d'une ardoisière que l’on dit très abondante, et qui sera d'une grande utilité dans eette colonie, à cause des fréquents incendies dont elle est atHigee, et dont nous venons d'avoir l'alarme tout récemment, le feu avant pris, avaut-hivr, au grand couvent des Révcolleis dont la maison est couverte de bardeau, aussi bien que leur église. Le voisinage de ce couvent, qui n'est éloigné du château que par nne place assez étroite, me fit craindre d'abord pour la poudriere qui est dans la cour ; j'allai aux Récollets, et avee le secours que je le de fs donner, on vint à bout d'éteindre le feu.”
Ces quelques lignes nous apprennent non-senlement la découverte d’une ardoistere, mais donnent, en même temps et à quelques pieds près, le site du couvent des Récollets et l'endroit où était située la poudrière du gouvernement, etc. I:
est ainsi de presque toutes ces lettres dont les renselonements sont multiples.
Cette ardoisière était ‘‘située sur Îles bords du Heuve Saint-Laurent. à cent lieues environ audessous de Québec et à la côte du sud de »e fleuve. Elle s'étend depuis le Grand-Etang, qui forme un port très commode pour la charger, Jusqu'à la rivière de lu Petite Vallée, ce qui fait environ.huit lieues de ce pays.”
Le Grand Etang, que j 1 visité plusieurs fois,
a été, durant plusieurs années, un poste de pêche (D
PR: 0 ou
important appartenant à M. Lespérance, de Montmagny.
D'après M. de Beauharnois, cette ardoisière pouvait fournir de l’ardoise ‘à tout le Canada,” et l’on devait ‘en employer à couvrir le Palais.” (le Palais de lIntendant).
Le 50 d'avril de 1729, le même gouverneur écrit qu'il ne fait pas ‘‘armer une goëlette pour ouvrir l'ardoisière,” craignant d’avoir été trompe par l'ouvrier qui lui avait fait l'annonce de cette découverte et aussi parce que cet ouvrier nevoulait pas y aller travailler ‘à moins de 100 livres par mois,” à peu près $16 de notre monnaie actuelle. ce qui était considéré, à cette époque, comme un salaire d’un prix ectravagant. Cependant, une des ardoises apportées à Québec par cet ouvrier et qu'il disait venir du Grraud-Etang, et pareille à celle qui, l'année précédente, avait été envoyée en France à titre d'échantillon, fut “ mise sur la maison des Jésuites où elle à passé tout l'hiver, qui a été long et très froid, sans qu'elle soit altérée, et même quelques mots qu'on v avait tracés légèrement s'y sont trouvés aussi entiers que quand on les a éerit (sc) ce qui ferait présumer de la bonté de cette ardoise, si effectivement elle a été prise à la dite Ance des Monts Notre-Dame.” {ou les Chickehâks) qui traversent la péninsule æaspésienne et finissent à Percé, où 1ls forment le mont Sainte-Anne.
SU
La seigneurie de la Petite-Vallée, dans laquelle se trouvait enclavé le Grand-ft: ang, appartenait à M. Sarrazin, conseiller du roi, à € Juébee.
Au printemps de cette année, le gouverneur enVOya au Grand-Etang “un tireur d’ardoise :
cet homme a resté trois mois dans son voyage ; ilen a apporté quelques-unes qu'iltrouve bonnes : il en tiré sur les lieux dix-huit milliers.”
M. de Beauharnois se proposait d'envoyer chercher ces ardoises laissées au Grand-Ltano, et il termine comme suit : “ j'en achèterai pour couvrir une maison."
ÉDIÉ À L'HONORABLE F, LANGELIER, EN DES MAIRES LES PLUS HAHILES ET LES PLES INTÈGRES QUE QU'ÉBE(