Auberlin, VEsprit public au dix-huitième siècle, p
« personnes qui aient la véritable foi ou qui croient «môme en Notre Seigneur. Cela fait frémir.... » Déjà, dans le monde, le rôle d'un ecclésiastique est difficile; il semble qu'il y soit un pantin ou un plastron*. « Dès « que nous y paraissons, dit l'un d'eux, on nous fait dis- « puter; on nous fait entreprendre par exemple de prou- « ver l'utilité de la prière à un homme qui ne croit pas en « Dieu, la nécessité du jeûne à un homme qui a nié toute « sa vie l'immortalité de l'âme ; l'entreprise est labo- « rieuse, et les rieurs ne sont pas pour nous. » — Bientôt le scandale prolongé des billets de confession et l'obstination des évêques à ne point souffrir qu'on taxe les biens ecclésiastiques soulèvent l'opinion contre le clergé et, par suite, contre la religion. « Il est à craindre, dit Barbier « en 1751, que cela ne finisse sérieusement; on pourrait tt voir un jour dans ce pays-ci une révolution pour em- « brasser la religion protestante^. « La haine contre les « prêtres, écrit d'Argenson en 1753, va au dernier excès. « A peine osent-ils se montrer dans les rues sans être « hués.... Comme notre nation et notre siècle sont bien « autremerit éclairés » qu'au temps de Luther, « on ira «jusqu'où on doit aller; on bannira tous prêtres, tout « sacerdoce, toute révélation, tout mystère.... » «On n'ose « plus parler pour le clergé dans les bonnes compagnies ; « on est honni et regardé comme des familiers de l'in- « qu?sition.... Les prêtres ont remarqué cette année une « diminution de plus d'un tiers dans le nombre de leurs « communiants. Le collège des jésuites devient désert; « cent vingt pensionnaires ont été retirés à ces moines si « tarés.... On a observé aussi pendant le carnaval de Paris « que jamais on n'avait vu tant de masques au bal contre-
1. Montesquieu, Lettres persanes. (Lettre 61). — Cf. Voltaire {Dîner du comte de Boulainv illier s).