‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 117 sur 192 · Auberlin. Ib · texte numérisé non relu

Auberlin. Ib

défilent hors du palais « au milieu d'un monde infini^ « le public dit : Voilà de vrais Romains^ les pères de la « patrie; on bat les mains au passage des deux conseil- « 1ers Pucelle et Menguy et on leur jette des couronnes. » — Incessamment rallumée, la querelle du Parlement et de la Cour sera l'une des flammèches qui provoqueront la grande explosion finale, et les brandons jansénistes qui couvent sous la cendre trouveront leur emploi en 1791 lorsqu'on attaquera l'édifice ecclésiastique. — Mais, dans cet antique foyer, il ne peut y avoir que des cendres chaudes, des tisons enfouis, parfois des pétillements et des feux de paille; par lui-même et à lui seul, il n'est point incendiaire. Sa structure emprisonne sa flamme et ses aliments limitent sa chaleur. Le janséniste est trop fiJèle chrétien pour ne pas respecter les puissances instituées d'en haut. Le parlementaire, conservateur par état, aurait horreur de renverser l'ordre établi. Tous les deux combattent pour la tradition et contre la nouveauté; c'est pourquoi, après avoir défendu le passé contre le pouvoir arbitraire, ils le défendront contre la violence révolutionnaire et tomberont, l'un dans l'impuissance et l'autre dans l'oubli.

Aussi bien, l'embra-sement est tardif dans la classe moyenne, et, pour qu'il s'y propage, il faut qu'au préalable, par une transformation graduelle, les matériaux réfractaires soient devenus combustibles. — Un grand changement s'opère au dix-huitième siècle dans la condition du Tiers-état. Le bourgeois a travaillé, fabriqué, commercé, gagné, épargné, et, tous les jours, il s'enrichit davantage*. On peut dater de Law ce grand essor des

1. Voltaire, Siècle de Louis XV, ch. xxxj; Siècle de Louis XIV, ch. ixx. l'ancien régime. 2B

entreprises, du négoce, de la spéculation et des fortunes ; arrêté par la guerre, il reprend plus vif et plus fort à chaque intervalle de paix, après le traité d'Aix-la-Chapelle en 1748, après le traité de Paris en 1763, et surtout à partir du règne de Louis XVI. L'exportation française qui en 1720 était de 106 millions, en 1735 de 124, en 1748 de 192, est de 257 millions en 1755, de 309 en 1776, de 354 en 1788. En 1786, Saint-Domingue seul envoie à la métropole pour 131 millions de ses produits et en reçoit pour 44 millions de marchandises *. Sur ces échanges, on voit, à Nantes, à Bordeaux, se fonder des maisons colossales. « Je tiens Bordeaux, écrit Arthur Young, pour plus « riche et plus commerçante qu'aucune ville d'Angle- « terre, excepté Londres.... Dans ces derniers temps, les « progrès du commerce maritime ont été plus rapides « en France qu'en Angleterre même. » Selon un administrateur du temps, si les taxes de consommation rapportent tous les jours davantage, c'est que depuis 1774 les divers genres d'industrie se développent tous les jours davantage *.Et ce progrès est régulier, soutenu. « On peut « compter, dit Necker en 1781, que le produit de tous les « droits de consommation augmente de deux millions a par an. » — Dans ce grand effort d'invention, de labeur et de génie, Paris, qui grossit sans cesse, est l'atelier cen-

« L'industrie augmente tous les jours; à voir le luxe des particuliers, ce « nombre prodigieux de maisons agréables bâties dans Paris et dans les « provinces, celte quantité d'équipages, ces commodités, ces recherches « qu'on appelle luxe, on croirait que l'opulence est vingt fois plus grande « qu'autrefois. Tout cela est le fruit d'un travail ingénieux encore plus que « de la richesse.... Le moyen ordre s'est enrichi par l'industrie.... Les gains « du commerce ont augmenté. Il s'est trouvé moins d'opulence qu'autrefois « chez les grands et plus dans le moyen ordre, et cela même a mis moins « de distance entre les hommes. Il n'y avait autrefois d'autre ressource pour « les petits que de servir les grands; aujourd'hui l'industrie a ouvert milla • chemins qu'on ne connaissait pas il y a cent ans. »

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