Marquis de Mirabeau, Traité de la population
« ils périssent par milliers dès l'enfance, et, dans l'ado- « loscence, ils cherchent à se placer partout ailleurs qu'où u ils devraient être. » En 1783, dans toute la plaine du Toulousain, ils ne mangent que du maïs, de la mixture, de menus grains, très-peu de blé; pendant la moitié de l'année, ceux des montagnes vivent de châtaignes; la pomme de terre est à peine connue, et, selon Arthur Young, sur cent paysans, quatre-vingt-dix-neuf refuseraient d'en manger. D'après les rapports des intendants, le fond de la nourriture en Normandie est l'avoine, dans l'élection de Troyes le sarrazin, dans la Marche et le Limousin le sarrazin avec des châtaignes et des raves, en Auvergne le sarrazin, les châtaignes, le lait caillé et un peu de chèvre salée; en Beauce, un mélange d'orge et de seigle; en Berry, un mélange d'orge et d'avoine. Point de pain de froment : le paysan ne consomme que les farines inférieures, parce qu'il ne peut payer son pain que deux sous la livre. Point de viande de boucherie : tout au plus il tue un porc par an. Sa maison est en pisé, couverte de chaume, sans fenêtres, et la terre battue en est le plancher. Même quand le terrain fournit de bons matériaux, pierre, ardoises et tuiles, les fenêtres n'ont point de vitres. Dans une paroisse de Normandie*, en 1789, « la plupart sont bâties sur quatre fourches ; » souvent ce sont des étables ou des granges « où l'on a élevé une « cheminée avec quatre gaules et de la boue. » Pour vêtements, des haillons, et souvent, en hiver, des haillons de toile. Dans le Quercy et ailleurs, point de bas ni de souliers, ni de sabots. « Impossible, dit Young, pour « une imagination anglaise de se figurer les animaux « qui nous servirent à Souillac, à l'hôtel du Chapeau « Rouge; des êtres appelés femmes par la courtoisie des « habitants, en réalité des tas de fumier ambulants. Mais