Mot du marquis de Mirabeau
3. Archives nationales. G, 300, lettre d'un directeur des aides à Coulommiers (13 août 1781).
« mangent et dorment à leurs heures*. » Ils ne se plaignent pas, « ils ne songent pas môme à se plaindre * ; » leurs maux leur semblent une chose de nature, comme l'hiver ou la grêle. Leur pensée, comme leur agriculture, est encore du moyen âge. — En Toulousain *, pour découvrir l'auteur d'un vol, pour guérir un homme ou une bête malade, on a recours au sorcier qui devine au moyen d'un crible. Le campagnard croit de tout son cœur aux revenants, et, la nuit de la Toussaint, il met le couvert pour les morts. — En Auvergne, au commencement de la Révolution, une fièvre contagieuse s'étant déclarée, il est clair que M. de Montlosier, sorcier avéré, en est la cause, et deux cents hommes se mettent en marche pour démolir sa maison. Aussi bien leur religion est de niveau* : « Leurs a prêtres boivent avec eux et leur vendent l'absolution. « Tous les dimanches, aux prônes, il se crie des lieute- « nances et des sous-lieutenances (de saints) : à tant la « lieutenance de saint Pierre! — Si le paysan tarde à meto tre le prix, vite un éloge de saint Pierre, et mes paysans « de monter à l'envi. » — A ces cerveaux tout primitifs, vides d'idées et peuplés d'images, il faut des idoles sur la terre comme dans le ciel. « Je ne doutais nullement, « dit Rétif de la Bretonne * , que le roi ne pût légalement « obliger tout homme à me donner sa femme ou sa fille, a et tout mon village (Sacy en Bourgogne) pensait comme a moi. » Il n'y a pas de place en de pareilles têtes pour les conceptions abstraites, pour la notion de l'ordre social; ils le subissent, rien de plus. « La grosse masse du « peuple, écrit Gouverneur Morris en 1789', n'a pour reli-