‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 170 sur 192 · Archives nationales, H · texte numérisé non relu

Archives nationales, H

5. De Rochambeau, Mémoires, I, 427. — D'Argeiwon, 24 décembre 1752. « On compte plus de 30 000 hommes suppliciés pour désertion depuis la paix < de 1748] l'on attribue cette grande d^ertion au nouvel exercice qu fati-

la société, on ajoute la balayure des dépôts et maisons de force. Parmi les vagabonds qui les remplissent, lorsqu'on a évacué ceux qui peuvent faire connaître leur famille ou trouver des répondants, « il n'y a plus, dit un « intendant, que des gens absolument inconnus ou dan- « gereux; dans ce nombre on prend ceux qu'on regarde « comme les moins vicieux, et l'on cherche à les faire « passer dans les troupes*. »— Dernier affluent, l'embauchement demi-forcé, demi-volontaire, qui le plus souvent ne verse dans les cadres que l'écume des grandes villes, aventuriers, apprentis renvoyés, fils de famille chassés, gens sans asile et sans aveu. L'embaucheur, payé à tant par homme qu'il recrute et à tant par pouce de taille au-dessus de cinq pieds, « tient ses assises dans « un cabaret, régale » et fait l'article : « Mes amis, la « soupe, l'entrée, le rôti, la salade, voilà l'ordinaire du « régiment; » rien de plus, « je ne vous trompe pas, le « pâté et le vin d'Arbois sont l'extraordinaire» ». Il fait boire, il paye le vin, au besoin il cède sa maîtresse ; « après quelques jours de débauche, le jeune libertin qui « n'a pas de quoi s'acquitter est obligé de se vendre, « et l'ouvrier, transformé en soldat, va faire l'exercice « sous le bâton. » — Étranges recrues pour garder une société, toutes choisies dans la classe qui l'attaque, paysans foulés, vagabo^nds emprisonnés, gens déclassés, endettés, désespérés, pauvres diables aisément tentés et de cervelle chaude, qui, selon les circonstances, deviennent tantôt des révoltés et tantôt des soldats.

Qui des deux a le meilleur lot? Le pain du soldat n'esl pas plus abondant que celui du détenu, et il est pire; car

. gue et désespère les soldats, surtout les vieux soldats. » — Voltaire, Dict.

hil. article supplices. « Je fus effrayé un jour en voyant la liste des'déser-

teuis depuis huit années seulement; on en comptait 60000. »

L Archives Nationales, H. 554, (Lettre de M. de Bertrand, intendant de

■ennes, du 17 août 1785).

2, Mercier, XI, 121.

on ôte le son pour faire le pain du vagabond enferme, et on le laisse pour faire le pain du soldat qui l'enferme. — En cet état de choses, il ne faudrait pas que le soldat réfléchît, et voilà justement que ses officiers l'invitent à réfléchir. Eux aussi, ils sont devenus politiques et frondeurs. Quelques années avant la Révolution*, « on parti lait déjà » dans l'armée, « on raisonnait, on se plai- « gnait. et, les idées nouvelles fermentant dans les têtes, « une correspondance s'établit entre deux régiments. On « recevait de Paris des nouvelles écrites à la main; elles « étaient autorisées par le ministre de la guerre, et coû- « talent, je crois, douze louis par an. Bientôt elles prî- . « rent un ton philosophique, elles dissertèrent, elles par- « lèrent des ministres, du gouvernement, des change- « ments désirés, et n'en furent que plus répandues. » Certainement, des sergents comme Hoche, des maîtres d'armes comme Augereau, ont lu plus d'une fois ces nouvelles oubliées sur la table, et les ont commentées le soir même dans les chambrées de soldats. Le mécontentement est ancien, et déjà, à la fin du dernier règne, des mots accablants ont éclaté. Dans un festin donné par un prince du sang *, la table de cent couverts, dressée sous une tente immense, était servie par les grenadiers, et l'odeur qu'ils répandaient offusqua la délicatesse du prince. « Ces braves gens, dit-il un peu trop haut, sentent « diablement le chausson. » Un grenadier répondit brusquement : « C'est parce que nous n'en avons pas, » et « un profond silence suivit cette réponse. » — Pendant « les vingt ans qui suivent, l'irritation couve et grandit : les soldats de Rochambeau ont combattu côte à côte avec les libres milices de l'Amérique et s'en souviennent. En 1788*, le maréchal de Vaux, devant le sou-

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