‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 174 sur 192 · Beugnot, I · texte numérisé non relu

Beugnot, I

2. Archives Nationales, procès verbaux et cahiers des États-Généraux, T. XIII. p. 405. (Lettre du marquis de Fodoas commandant de l'Armagnac à M. Neeker, du 29 mai 1789.)

« ils feraient accorder au Tiers-état tout ce qu'il voûte drait, parce que les curés, gens du Tiers, étant con- « venus de se détacher du haut clergé et de s'unir à eux, a la noblesse et le clergé, unis ensemble, ne feraient « qu'une voix contre deux du Tiers.... Si le Tiers avait « choisi de sages bourgeois ou négociants, ils se seraient « unis sans difficulté aux deux autres ordres. Mais les as- « semblées de bailliages et de sénéchaussées ont été farte cies de gens de robe qui absorbaient les opinions et « voulaient primer sur tout le monde, et chacun, de son « côté, intriguait et cabalait pour se faire députer. » « En a Touraine, écrit l'intendant*, l'avis de la plupart des « votants a été commandé ou mendié. Les affîdés mette talent, au moment du scrutin, des billets tout écrits tt dans la main des votants, et leur avaient fait trouver, tt à leur arrivée aux auberges, tous les écrits et avis (i propres à exalter leurs têtes et à déterminer leur choix « pour des gens du palais. » — «t Dans la sénéchaussée tt de Lectoure, une quantité de paroisses et de commu- « nautés n'ont point été assignées ni averties pour entt voyer leurs cahiers et leurs députés à l'assemblée de t< la sénéchaussée. Pour celles qui ont été averties, les tt avocats, procureurs et notaires des petites villes voisi- « nés ont fait leurs doléances de leur chef, sans assemet bler la communauté.... Sur un seul brouillon, ils faite saient pour toutes des copies pareilles qu'ils vendaient tt bien cher aux conseils de chaque paroisse de campaee gne. » — Symptôme alarmant et qui marque d'avance la voie que va suivre la Révolution : l'homme du peuple est endoctriné par l'avocat, l'homme à pique se laisse mener par l'homme à phrases.

Dès la première année, on peut voir l'effet de leur as-

1. Archives Nationales, Tome CLj p. 174. (Lettre de l'intendant deToun du 25 mars 1789.)

sociation. En Franche-Comté*, sur la consultation d'un nommé Rouget, les paysans du marquis de Chaila « se « déterminent à ne plus lui rien payer et à se partager le « produit des coupes de bois, sans y appeler la maî- « trise. » Dans son papier « l'avocat avance que toutes les « communautés de la province sont décidées à en faire au- « tant.... Sa consultation est tellement répandue dans les « campagnes que beaucoup de communautés sont con- « vaincues qu'elles ne doivent plus rien au roi ni à leurs « seigneurs. M. de Marnésia, député à l'Assemblée (natia- « nale), est venu (ici) passer quelques jours chez lui pour « sa santé; il y a été traité de la manière la plus dure et « la plus scandaleuse; l'on a même agité si on ne le con- « duirait pas à Paris sous escorte. Après son départ, son « château a été attaqué, les portes ont été brisées et les « murs de son jardin abattus. (Pourtant) aucun gentil- « homme n'a autant fait pour les habitants de ses terres a que M. le marquis de Marnésia.... Les excès en tout genre « augmentent; j'ai des plaintes perpétuelles sur l'abusque « les milices nationales font de leurs armes, et je ne puis y « remédier. » D'après une phrase prononcée à l'Assemblée nationale, la maréchaussée croit qu'elle va être dissoute et ne veut pas se faire d'ennemis. « Les bailliages « sont aussi timides que la maréchalssée; je leur ren- « voie sans cesse des affaires, et aucun coupable n'est pu- « ni.... » « Aucune nation ne jouit d'une liberté si indé- « finie et si funeste aux honnêtes gens ; il est absolument « contraire aux droits de l'homme de se voir perpétuel- « lement dans le cas d'être égorgé par des scélérats qui « confondent toute la journée la liberté et la licence. » — En d'autres termes, les passions, pour s'autoriser, ont recours à la théorie, et la théorie, pour s'appliquer, a

1. Archives Nationales. H. 784 (Lettres de M. de Langeron, commandant mi'ilair» à Besançon. 16 et 18 octobre 1789. — La consultation y est annexée.)

recours aux passions. Par exemple, près de Liancourt, le duc de Larochefoucauld avait un terrain inculte; « dès le « commencement de la Révolution*, les pauvres de la « ville déclarent que, puisqu'ils font partie de la nation, i< les terrains incultes, propriété de la nation, leur appar- « tiennent,» et tout de suite, « sans autre formalité, » ils entrent en possession, se partagent le sol, plantent des haies et défrichent. « Ceci, dit Arthur Young, montre « l'esprit général... Poussées un peu loin, les conséquen- « ces ne seraient pas petites pour la propriété dans ce « royaume. » Déjà, l'année précédente, aupris de Rouen, les maraudeurs, qui abattaient et vendaient les forêts, disaient que « le peuple a le droit de prendre tout ce qui « est nécessaire à ses besoins. » — On leur a prêché qu'ils sont souverains et ils agissent en souverains. Étant donné leur état d'esprit, rien de plus naturel que leur conduite. Plusieurs millions de sauvages sont ainsi lancés par quelques milliers de parleurs, et la politique do café a pour interprète et ministre l'attroupement de la rue. D'une part la force brutale se met au service du dogme radical. D'autre part le dogme radical se met au service de la force brutale. Et voilà, dans la France dissoute, les deux seuls pouvoirs debout sur les débris du reste.

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