‹ L'ancien régime (volume 2)Chapitre 33 sur 192 · D'Hézecques. Ib, 253. — Arlhur Young. I · texte numérisé non relu

D'Hézecques. Ib, 253. — Arlhur Young. I

« dire à trois heures du matin. » — Cette habitude invétérée finit par se tourner en manie et même en quelque chose de pis. « Il n'y a pas d'exemple, écrit Arthur Young, « le 26 juin 1789, d'une nonchalance et d'une stupidité « pareilles à celles de la cour ; le moment demanderait « la plus grande décision, et hier, pendant qu'on discu- « tait s'il serait doge de Venise ou roi de France, le roi « était à la chasse. » Son journal semble celui d'un piqueur. Lisez-le aux dates les plus importantes, et vous serez stupéfait de ce qu'il y note. Il écrit rien aux jours où il n'a pas chassé; c'est que pour lui ces jours-là sont vides. « n juillet 1789, rien, départ de M. Necker. « 12, vêpres et salut, départ de MM. de Montmorin, de « Saint-Priest et de la Luzerne. 13, rien. 14 juillet, rien, « 29 juillet, rien, retour de M. Necker.... 4 août, chasse du a cerf à la forêt de Marly, pris un, aller et revenir à « cheval.... 13 août, audience des États dans la galerie. Te « Deum pendant la messe en bas; l'équipage a pris un cerf « à Marly.... 25 août, audience de compliment des États, « grand'messe avec les cordons rouges, serment de « M. Bailly, vêpres et salut, grand couvert.... 5 octobre, » tiré à la porte de Châtillon, tué quatre-vingt-une « pièces, interrompu par les événements; aller et re- « tour à cheval. 6 octobre, départ pour Paris à midi et « demie, visite à l'hôtel de ville, soupe et couché aux Tui- « leries. 7 octobre, rien, mes tantes sont venues dîner. « 8, rien.... 12, rien, le cerf chassait à Port-Royal. » — Enfermé à Paris , captif de la multitude, son cœur suit toujours sa meute. Yingt fois, en 1790, on lit sur son journal que tel jour le cerf chasse à tel endroit; il souffre do n'y pas être. Nulle privation plus intolérable; on retrouve la trace de son chagrin jusque dans la protestation qu'il rédigera avant de partir pour Varennes : transporté dans Paris, sédentaire aux Tuileries, « où, loin de trouver « les commodités auxquelles il était accoutumé, il n'a

« pas même rencontré les agréments que se procurent les « personnes aisées, » il lui semblera que sa couronne a perdu son plus beau fleuron.

Tel général, tel état-major; les grands imitent le monarque. Comme une colossale effigie de marbre précieux érigée au centre de la France, et dont les copies réduites se répandent par milliers d'exemplaires dans toutes les provinces, ainsi la vie royale se répète, en proportions moindres, jusque dans la gentilhommière la plus reculée. On représente et on reçoit; on fait figure et on passe son temps en compagnie. — Je vois d'abord, autour de la cour, une douzaine de cours princières ; chaque prince ou princesse du sang a, comme le roi, sa maison montée, payée en tout ou en partie sur le Trésor, distribuée en services distincts, avec gentilshommes, pages, dames pour accompagner, bref, cinquante, cent, deux cents et jusqu'à cinq cents charges. Il y a une maison de ce genre pour la reine, une pour madame Victoire, une pour madame Adélaïde, une pour madame Elisabeth, une pour Monsieur, une pour Madame, une pour le comte d'Artois, une pour la comtesse d'Artois; il y en aura une pour Madame Royale, une pour le petit Dauphin, une pour le duc de Normandie,' tous les trois enfants du roi, une pour le duc d'Angoulème, une pour le duc de Berry, tous les deux fils du comte d'Artois : dès six ou sept ans, les enfants représentent et reçoivent. Si je prends une date précise, en 1771 ', j'en trouve encore une pour le duc d'Orléans,

1. État des pensions payées aux personnes de la famille royale en 1771. Duc d'Orléans, 150000; Prince de Condé, lOOOOOj Comte de Clermont, 70000; Duc de Bourbon, 60 000; Prince de Conté, 60 000; Comte de la Marche, 60000; Douairière de Conti, 60 000, Duc de Penthièvre, 50 000;

une pour le duc de Bourbon, une pour la duchesse de Bourbon, une pour le prince de Condé, une pour le comte de Clermont, une pour la princesse douairière de Conti, une pour le prince de Conti, une pour le comte de la Marche, une pour le duc de Penthièvre. — Chacun de ces personnages, outre son appartement chez le roi, a son château et son palais où il tient cercle, la Reine à Trianon et à Saint-Gloud , Mesdames à Bellevue, Monsieur au Luxembourg et à Brunoy, le comte d'Artois à Meudon et à Bagatelle, le duc d'Orléans au Palais -Royal, à Monceaux, au Raincy, à Villers-Cotterets, le prince de Conti au Temple et à risle-Adam, les Condés au Palais-Bourbon et à Chantilly, le duc de Penthièvre à Sceaux, Anet et Châteauvilain ; j'omets la moitié de ces résidences. Au Palais-Royal, toutes les personnes présentées peuvent venir souper les jours d'opéra. A Châteauvilain, tous ceux qui viennent faire leur cour sont invités à dîner, les nobles à la table du duc, les autres à la table de son premier gentilhomme. Au Temple, les soupers du lundi rassemblent cent cinquante convives. Quarante ou cinquante personnes, disait la duchesse du Maine, sont « le particulier d'une princesse*. » Le train des princes est si inséparable de leur personne qu'il les suit jusque dans les camps. « M. le « prince de Condé, dit M. de Luynes, part demain pour a l'armée avec une grande suite : il a deux cent vingt- « cinq chevaux, et M. le comte de la Marche cent. M. le « duc d'Orléans part lundi; il a trois cent cinquante che- « vaux pour lui et sa suite*. » — Au-dessous des parents

Princesse de Lamballe, 50000; Duchesse de Bourbon, 50000. (Archives Nationales, 0' 710 bis).

1. Beugnot. 1,77. — Mme de Genlis, Afémotrcs, ch. xvn. — De Goncourt. La femme au dix-huitième siècle, 52. — Champfort. Caractères et anecdotes.

2. De Luynes., XVI, 57 (mai 1757). — A l'armée de Westphalie, le général en chef, comte d'Eslrées, avait vingt-sept secrétaires et Grimm fut le vingthuitième. — Quand le duc do Richelieu partit pour son gouvernement de Guyenne, il lui fallut sur toute la route des relais de cent chevaux.

du roi, tous les grands qui figurent à la cour figurent aussi chez eux, dans leur hôlel de Paris ou de Versailles, et dans leur château à quelques lieues de Paris. De tous côtés, dans les mémoires, on aperçoit en raccourci quelqu'une de ces vies seigneuriales. Telle est celle du duc de Gèvres, premier gentilhomme de la chambre, gouverneur de Paris et de l'Ile-de-France, ayant en outre les gouvernements particuliers de Laon, de Soissons, de Noyon, de Crespy, du Valois, la capitainerie de Mousseaux et vingt mille livres de pension, véritable homme de cour, sorte d'exemplaire en haut relief des gens de sa classe, et qui, par ses charges, sa faveur, son luxe, ses dettes, sa considération, ses goûts, ses occupations et son tour d'esprit, nous représente en abrégé tout le beau monde'. Sa mémoire est étonnante pour les parentés et les généalogies; il possède à fond la science précieuse de l'étiquette; à ces deux titres, il est un oracle et très-consulté. « Il a beau- « coup augmenté la beauté de sa maison et de ses jardins « à Saint-Ouen. » « Au moment de mourir, dit M. de Luynes, il venait d'y ajouter vingt-cinq arpents qu'il avait « commencé à faire enfermer dans une terrasse revêtue.... « Il avait une maison considérable en gentilshommes, « pages, domestiques de toute espèce, et faisait une dé- « pense prodigieuse.... Il avait tous les jours un grand « dîner.... Il donnait presque tous les jours des audiences « particulières. Il n'y avait personne à la cour ni à la ville « qui ne lui rendît des devoirs. Les ministres, les princes «du sang eux-mêmes lui en rendaient. Il recevait du « monde pendant qu'il était encore dans son lit. Il écrivait, « dictait au milieu d'une compagnie nombreuse.... Sa « maison, à Paris, et son appartement à Versailles, ne « désemplissaient point depuis qu'il était éveillé jusqu'à « ce qu'il se couchât. » — Deux ou trois cents maisons à

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